CHAPITRE III
qu'après la mon de Bernon , les moines se choisiraient 895 parmi eux un nouvel abbé , selon Dieu et selon la règle de saint Benoit, et ainsi de suite à l'avenir, d'après l'usage; qu'au reste , leurs biens seraient exempts de toutes dîmes , juirce qu'il était écrit que les prêtres n'en devaient point.
Une année plus tard , le pape Formose était descendu 896 dans la tombe, et Élienne VII, son successeur, insultait cruellement à sa mémoire et à ses dépouilles mortelles. Par le uiotif , ou plutôt sous le prétexte que , de simple évéque , il était devenu pape sans avoir été cardinal , et pour le punir d'avoir quitté son épouse pour en prendre une autre, il fit déterrer son cadavre, le revêtit d'habits pontificaux, le plaça dans la chaire de saint Pierre , l'accusa d'avoir violé les règles de l'Église pour satisfaire son ambition, et le condamna comme s'il eût été vivant. Il fut ensuite dépouillé de ses ornements; on lui coupa les trois doigts de la main avec laquelle il avait donné la bénédiction ; son corps fut jeté dans le Tibre avec une pierre au cou ; tous les actes qu'il avait faits furent annulés, et un concile tenu à Rome approuva cette conduite barbare.
Si on ajoute que Formose lui-même avait acheté, en 891 , la papauté contre un nommé Sergius dont il avait fait décapiter les partisans; que Boniface VI, successeur immédiat de Formose , avait été mis a mort quinze jours après son élection , on reconnaîtra avec Pa radin que, dam ce temps, les papes faisaient un mesnage merveilleux à Rome.
La fondation de l'abbaye de Gigny se trouvait donc invalidée par la décision d'Étienne et de son concile. Mais Romain, qui lui succéda en 897 , révoqua et annula tout ce 897 que son prédécesseur avait prononcé. Quelques années après, Jean IX, successeur de Romain, cassa, dans un concile tenu à Ravenne en 901 , tout ce qui avait été fait contre Formose , excommunia ceux qui l'avaient exhumé, et condamna au feu les actes du concile de Rome.
10 HISTOIRE DE CIGNT.
897 Au reste , il résulte de ce qui précède , ainsi que de la comparaison des chartes et de la série des événements , que l'abbaye de Gigny n'a pu être fondée en Tannée 886 , commel'ont écrit les abbés Circaud et Baverel , ni en 889, comme on le lit dans quelques ouvrages de MM. Monnier et Pyot.
En effet , à l'une ou à l'autre de ces époques , Bernon ne pouvait se trouver qu'au monastère de Saint-Martin d'Autun ou a celui de Baume , et nullement à Gigny. 808 § 7. Malgré la défense expresse du pape Formose, les
c. sa. moines de Gigny ne tardèrenï pas a être troublés par un homme puissant qui , sans doute , portait déjà envie à leurs grands biens, par un nommé Bernard, vassal du royaume , qu'il ne faut pas confondre avec Bernard plante-velue, comte de Maçon , mort douze ans auparavant. Cet usurpateur fat cité, en Tannée 898 , par Bernon et ses religieux, h comparaître devant la reine Hermengarde , veuve de Boson , roi d'Arles et de Bourgogne, et tutrice du prince Louis son fils. Cette reine tenait alors le plaid à Varennc (lieu qu'on ne peut guère préciser maintenant), entourée des grands seigneurs ou comtes et des évêques. Elle y rendait la justice probablement sur la place publique et soiu l'orme, comme faisait à la même époque son beau-frère le duc Richard dit le Justicier, et comme, plusieurs siècles après, saint Louis sous les chênes de Vinccnnes W. Les plaignants s'écrièrent dans leur humilité monacale , pour parler comme la sentence , que Bernard s'était emparé injustement du monastère de Baume qu'ils tenaient de la libéralité du roi Rodolphe W. L'accusé
(8) « Je me souviens, di(«i( Malcsherbe» en 1775, que dans ma jeunesse j'en- « tendais souvent regretter le vhéne d* Vincennet. Ce souvenir cher au peuple « a engagé quelques successeurs de saint Louis a vouloir suivre un si bel « exemple. Ils donnèrent réellement quelques audiences i mais ils s'en ena noyèrent bientôt, et cela fut fort heureux, car s'ils avaient rendu beaucoup « de jugements dans cette forme, ils en auraient rendu de très mauvais »
(9) Rodolphe fui couronné roi de Bourgogne traitsjuisiie en 888, et ne mourut qu'en 91a. D'un autre côté, Boson fut roi d'Àrl«4 et de Bourgogne de 879 à