CHAPITRE XLV
On peut raisonnablement le penser, parce que : f.° en t824, on a découvert, à l'entrée de cette grotte, les fondements d'un mur construit à mortier calcaire, lequel servait sans doute de clôture ; 2.° de chaque côté de celte entrée, a la hauteur d'environ trois mètres, on voit des trous carrés pratiqués de main d'homme dans le roc, et destinés probablement a recevoir une poutre ou solive transversale ; 3.° enfin, cette grotte renferme un très grand nombre d'ossements humains qui se trouvent dans les chambres ou petites grottes au nord de la caverne principale. Ces petites grottes étaient comme les charniers des malheureux qui périssaient dans la grande. On a beaucoup parlé et disserté du squelette entier découvert et enlevé en 1835, et qu'on voulait faire passer pour un squelette fossile. Il en existe encore un second, enfoui également sous les incrustations pierreuses, et que l'auteur de cette histoire a visité en 1839. En outre, une multitude d'ossements non revêtus de couches calcaires sont rencontrés mélangés parmi les pierres, et celui qui écrit ces lignes y a aussi trouvé une dent de sanglier ou de cochon.
Au reste, ces divers ossements sont friables, amaigris, jaunâtres, nullement pétrifiés dans leur tissu ; car ils ne font point d'effervescence avec les acides, et la noix de galles constate encore une assez grande quantité de gélatine dans leur dé-
lotites ces grottes ont vomi des torreats d'eau, lors du grand cataclysme de la nature, et que celle eau a creusé alors les vallons voisins. En effet, elles donnent encore aujourd'hui naissance à quelque rivière ou ruisseau qui en sert immédiatement, comme a la Balme-d'Epy et ailleurs, ou seulement au bas de la grotte, i à Baume, Revigny, Gisia, Cuiteaux et Gigny. D'un autre côté on voit , dans quelques lieux, les immenses Us de pierres et de graviers que ces l'eau subitement ouvertes ont cntreiués a cette époque reculée. Ainsi/ on observe à Domblans, a Saint-Germain et à Àrlay, ceux que la Seille, sortant des grottes de Baume et de Sermu, a accumulés ça et là, à la hauteur de quatre à cinq mètres. On remarque de même, dans la belle plaine de Ruftcj, Bletterans, Desne et Villeviciix, l'uniforme lit de graviers, recouvert aujourd'hui d'une de terre végétale, que cette même rivière y a dépoté alor».
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1614 coction concentrée. A la vérité, l'épaisseur de l'incrustation calcaire extérieure du crâne d'un de ces squelettes, portée à un décimètre, a (hit penser que ces ossements remontaient à un grand nombre de siècles. Mais, quand on voit les stalactites et les stalagmites de cette grotte s'accroître de plusieurs millimètres dans moins d'un an; quand on voit aussi les dimensions de cette caverne diminuer sensiblement dans le laps d'un demi-siècle, on peut croire, sans crainte d'erreur, que deux cents ans ont plus que suffi aux gouttes d'eau qui tombent ça et là de la voûte calcaire, pour opérer cette incrustation extérieure, et que très probablement ces ossements appartiennent à l'époque du dix-septième siècle dont il est question. •
$ 8. Les établissements religieux se ressentirent, malgré leurs cloîtres, des calamités dont on vient de faire le récit. Les pauvres cénobites y furent donc victimes de la guerre et du typhus, comme les autres habitants du pays. L'abbaye des daines de Lons-le-Saunier, dit l'historien Dunod, fut rétablie après les guerres de 1636, ce qui indique qu'elle avait été dispersée. 11 en fut à peu près de même du prieuré de Gigny qui fut plus ou moins dépeuplé, et ne commença à se réorganiser qu'après la paix des Pyrénées. On en trouve la preuve dans une délibération capttnlairc, par laquelle nos religieux, au nombre de neuf seulement, renouvelèrent leurs
cm. statuts, le 20 juin 1664, en disant que : « les longues « guerres et les malignes pestes avaient causé de grands a désordres,.... avaient empêché de conserver les anciennes « et louables coutumes du prieuré de Gigny,.... que présen- « tement ils étaient délivrés de ces fléaux et grands mal- « heurs,.... que leur chapitre se voyait repeuplé,... etc. »
c tu. Une aulre de nos pièces établit encore mieux combien le prieuré de Gigny eut a souffrir dans ces années malheureuses. Il y est dit par nos religieux que les calamités commencèrent en 1636, et qu'elles duraient toujours en 1647 ; queleur
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église était tombée dans un tel état de ruine, qu'on ne pouvait plus y faire décemment les cérémonies religieuses ; que la châsse des reliques de saint Taurin avait été transportée au château de Gressia en 1636, pour la préserver de la spoliation et de la profanation, et que, ramenée en août 1646, on l'avait déposée dans une chambre de la maison prieurale plus décente que l'église même qui était comme abandonnée. On apprend par d'autres documents que les revenus du prieuré avaient été nuls pendant ces dix ou douze premières années de guerre, et que, pour réparer leur église et leurs maisons, nos moinesdemandaient, en 1648, au roi d'Espagne, les revenus des biens de l'abbaye du Miroir et du chapitre de Saint- Vincent de Mâcon, situés en Franche-Comté. D'un autre côté, on ne trouve aucun de leurs actes en 1637, 1638 et 1639; on n'en rencontre que quelques-uns aux dates de 1636, 1640, 1641, 1642, etc.... Quant aux religieux euxmêmes, ils furent certainement réduits à un bien petit nombre, et probablement chassés de leur cloître dans les trois années les plus malheureuses. Au lieu de dix-huit qu'ils étaient en 1612, et de treize en 1620, on n'a pu en constater que deux en 1637—1639, trois en 1640—1644, cinq en 1645—1648. Deux seuls de ceux qui existaient au monastère en 1635, MM. GuiUa ume de Thorv-Rantecliaux, et Guillaume du Pusqufcr, ont traversé ces temps de longues calamités.
Au reste, on ne peut aucunement douter que celles-ci n'aient gravement pesé sur les habitants de Gigny et du voisinage. En effet, 1/» il n'existe point de registres de l'état civil de celte époque, à Gigny, Grave, Loysia et Monnctay ; et ceux de Véria et de Louvenne, qui commencent dès les dernières années du seizième siècle, sont interrompus et offrent une lacune de 1636 à 1641;... 2.« les titres de Gigny parlent beaucoup des guerres qui accompagnèrent et suivirent le siège de Dole, et dont les habitants du Villars profitèrent pour usurper, défricher et dévaster les bois de Gigny ;
1644 3.* un autre titre inséré au nombre de nos preuves établit c> |TO< aussi que les biens dont la chapelle de Sainte-Croix, fondée dans l'église paroissiale, avait été dotée, furent dissipés et perdus par la longueur et rigueur de$ guerres; 4.» le curé de Loysia cessa d'entretenir un vicaire à Grave dès les guerres de 1636, et, sur sa requête en 1648, l'archevêque de Besançon l'en dispensa encore, à cause des misères publiques, est-il dit.
S 9. Le malheur des temps n'empêcha pas les intrigues ambitieuses de s'ourdir et de se développer contre le prieuré de Gigny ; il en fut plutôt l'occasion.
Après diverses tentatives faites sans succès, à la fin du seizième siècle, pour introduire la réforme dans les monastères de l'ordre de saint Benoit en Lorraine, Didicr-dc-la- Cour, prieur de Saint-Vanne de Verdun, autorisé à cet effet par un bref du pape, réussit h l'établir, en 1599 et 1600, dans son propre prieuré. Elle pénétra ensuite, par ses soins, dans l'abbaye de Moyen-Moutier, fondée par saint Hidulphe. Ces deux monastères ainsi réformés contractèrent, en 1602, une union qui prit bientôt le nom de Congrégation de saint Vanne et de saint ITidulphe, laquelle fut autorisée et approuvée par le pape, en 1604, pour tous les monastères de la Lorraine et des pays voisins qui embrasseraient par la suite la réforme <,38J. Cette congrégation eut, peu après, la satisfaction de donner naissance à la célèbre Congrégation de saint Maur, qui commença à Limoges en 1613, et fut approuvée en 1621 par le pape. Toutes les deux ont fait fleurir les études, cultivé la saine érudition et produit des hommes très recommandantes par leurs travaux, tels que L. d'Achery, J. Mabillon, Th. Ruinart, B. de Montfaucon, Augustin Calmct, II. Belhomme, Ed. Martennc, Massuet, Clément, Grappin,
OU) Celle Reforme contul.it a rétablir la règle 4e eaiat Benoit dans m* auatétité, notamment le travail des mains, l'abstinence cemplcte de la viande* excepté le cas de maladie, la lecture de la »ègle, l'habit régulier, le veau de sla-i btliié dauila c« agrégat ion, mais non pour une maison en particulier, etc.