CHAPITRE XLVI
aussi qu'en 1677 et 1682, le fermier général du prieur sous- 1701 louait cette banalité moyennant 100 francs et 120 francs par an , avec des réserves. Or, par acte du 4 janvier 1701 , Abr. de Thesut, en personne, pour répondre aux vœux des habitants, leur céda cette redevance féodale à laquelle ils étaient assujettis par les reconnaissances précédentes, et leur accorda liberté entière de bâtir des fours particuliers partout où bon leur semblerait. Il leur céda aussi en toute propriété les maisons et emplacements du four banal qui était construit près du pont actuel de la Sarrazine , avec pian a. toutes ses dépendances, même le bois de Biolière destiné au chauffage et contenant quarante poses ou journaux, non compris le beit de la Ladrerie contigu au midi. Celle concession fut faite moyennant : l.« une somme de 200 francs une fois payée» a cause des réparations nouvellement faites au four ; 2.9 une redevance annuelle et perpétuelle de 60 francs, et un cens aussi annuel de 12 deniers que les habitants ont payés jusque dans les derniers temps. Cependant , ceux-ci ayant abusé du bois en 1714, l'ayant dégradé et coupé h plain , sans y laisser de baliveaux, y ayant même mis le feu, le seigneur, en sa qualité de haut-justicier , réclama une grosse amende. Sur cette action , ils traitèrent avec lui et se soumirent à une autre rente de 100 francs par an. Mais le ministère public ayant poursuivi , nonobstant le traité, il y eut procès à la maîtrise de Poligny , lequel n'était pas encore jugé en 1720, et se termina probablement par une réduction de la dernière rente à 21 f* 13 4d*, que les habitants de Gigny ont aussi payés constamment.
S 19. Jusqu'à l'époque où nous nous trouvons . les 1701 prieurs comme nda ta ires de Gigny avaient eu l'habitude de louer leur mense prieurale a des fermiers généraux , au nombre desquels on trouve, dans le dix-septième siècle, J. Chrestin d'Anchay et H. Bachod, notaire. Mais, en 1704 , Abr. de Thesut la loua a tous les religieux du prieuré, pour
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vingt ans, à commencer au 1 janvier 1706. Les revenus de colle mense furent déclarés être « ceux des biens situés en « Bourgogne, Bresse et Franche-Comté, et consistant en prés, u terres, dîmes de blé et de vin, corvées, cens, rentes, « lods , vends , droits de retenue , mainmorte , commise , « épaves, four et moulins banaux ou autres, justice, amendes, « etc. o II ne se réserva que l'usage de la maison prieuralc et de ses dépendances , avec la nomination (aux bénéfices dépendants du prieuré et aux emplois judiciaires ou de police, plus le droit d'instituer les officiers claustraux et d'admettre les nouveaux religieux.
§ 20. Huit ans plus tard, le 15 novembre 1712, J.-B. de Chauvirey, chambrier du monastère , qui avait fondé, en 1678 , une messe quotidienne dans l'église prieuralc, convertit cette œuvre pie en fondation d'une mi$ntm décennale. 11 assura aussi les honoraires d'un religieux étranger, à l'eflet de venir prêcher et confesser à Gigny, chaque année , lors des quatre fêtes solennelles de Noël , Pâques , Pentecote et Toussaint. Mais la somme de 6000 francs qu'il avait donnée pour cet objet fut entièrement perdue, ensuite d'un remboursement en billets de banque de Law N**>. Cette fondation n'eut donc jamais d'exécution, et il n'y eut d'autre mission que celle que M.*rJ. de Mcalletde Fargucs fit faire, en 1776, moitié à ses dépens, et à l'occasion de laquelle fut érigée la croix dont il a été parlé. Ce premier évéque de Saint-Claude s'étant assuré que les fonds de cette mission
( i45) La banque de Law ou La*» commença ses opérations en mai 1 7 ifi, et devint banque royale en 17 it. Ses innombrables billets forent recherchés, en 1719, atec une faveur on plutôt une rage sans exemple. Ce célèbre agioteur écossais, après avoir a cet effet renoncé «a religion , fut nommé en 1720 contrôleur- général en France. Mais dans la même année, su billets perdirent leur crédit plus rapidement encore qu'ils ne Pavaient obtenu, et leur auteur après avoir, par son système, ruiné les un», enrichi les autres, bouleversé toutes les fortunes particulières, et doublé Ici dettes de l'état, fat obligé de s'enfuir. Il n'est resté de lui pour toat souvenir qu'un proverbe de mépris.
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n'existoient plus, dispensa le chapitre séculier de l'obligation 1712 a laquelle il était tenu. Cependant, soit par souvenir du Tondateur, mort en 1719, soit pour faire une aumône aux capucins de Saint-Amour , les nobles chanoines faisaient venir , chaque année , quelques-uns de ces religieux mendiants pour prêcher et confesser lors des quatres grandes fêles désignées.
S 21. Au commencement du dix-huitième siècle et déjà bien avant, il y availàGigny, comme dans beaucoup d'autres montagnes du Jura, ce qu'on appelait un ermite. Il est douteux que ces individus appartinssent a l'ordre religieux des ermites proprement dits, autrement des Augustins ou des Jéronymites. Il est plutôt à croire que c'étaient des individus étrangers à toute association religieuse qui se retiraient dans les lieux isolés et déserts, pour y vivre en anachorètes ou plutôt en mendianU, et pour y singer saint Jérôme, saint Antoine, et les anciens solitaires de la Thébaïde. Néanmoins on voit, par une de nos preuves, qu'un de ceux qui cm. ont résidé à Gigny était frère ermite mendiant et vivait régulièrement , ce qui indiquerait qu'il était effectivement de l'ordre des ermites de saint Augustin , dont un couvent existait à Saint-Amour, déjà avant 1650 d").
D'après une vieille tradition , l'ermite de Gigny aurait habité anciennement dans le voisinage de la Baume , dont nous avons parlé, c'est-à-dire, dans une espèce de petite grotte située dans le bois dit Soucia-Roche , de la commune de Gigny, aux confins immédiats de celle de Grave. Cette petite grotte, ouverte au plein midi, profonde seulement de cinq à six mètres , surmontée et abritée au nord par un
(146) Ces religieux faisaient, comme les antre* moines, les trois rœnx de pauvreté, de chasteté et d'obëisianec. Ils portaient «ne chemise de toile, étaient velu» d'une (unique et d'un scapulatre noirs, se ceignaient d'une ceinture de cuir attachée avec une agrafe de corne, et portaient des soulier* ou chaussures ordinaires, et non des Mndales.
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rocher à pic haut de quinze mètres an moins, et formant un grand arc de cercle, est divisée en deux chambres l une sur laulrc , séparées par une voûte naturelle en pierre. L'une, inférieure, est comme un rez-de-chaussée haut de deux mètres seulement ; mais on ne parvient dans la supérieure ou dans l'étage qu'au moyen d une échelle. A l'entrée de la chambre inférieure on voit une fosse oblongue , quadrilatère, profonde d'un mètre, qui parait avoir été creusée de main d'homme dans le rocher. Au-devant de cette petite grotte , règne une sorte d'esplanade ou de terrasse arliûciellc, longue de quinze mètres et large de cinq, qu'on appelle le Jardin de l'Ermite, et où croissent en effet naturellement quelques plantes potagères, notamment du cerfeuil de jardin en abondance. Pe ce manoir escarpé, où I on n'arrive que du haut de la montagne, par le défilé étroit dit le Pas de la Biche, on jouit d'un coup d'œil enchanteur. La vue aime à se reposer sur la vaste prairie inférieure que la rivière de Suran cl le Ruisseau de la tioclic sillonnent, en serpentant, à quatre-vingts mètres au-dessous du spectateur. Elle aime à se repaître d'un paysage embelli par Gigny et ses deux jolis clochers, Andelot et son vieux château historique, Morval, Avenans, Véria, Grave et Charhay. Lcqu'mh a parlé en 1801 , dans un style pittoresque et romantique, des sentiments que notre ermite devait éprouver lorsque , de ce point de vue, il se livrait à la contemplation de Dieu et à celle du néant des choses terrestres. Ce voyageur a parlé aussi du cerfeuil, du cresson alénois et de la valériane qu'il a vus dans le jardin potager de l'anachorète. Il va jusqu'à dire que ce dernier y habitait encore trente à quarante années auparavant, c'est-à-dire, un peu après le milieu du dix-huilième siècle. Or, en cela , il a été mal informé, car déjà bien avant celte époque , l'ermite de Gigny avait une .cellule, un oratoire et un jardin dans un lieu bien éloigné de la grotte en question. Cependant, un vieillard actuel de