CHAPITRE LUI
S 8. Munies de cette pièce décisive , ces abbesscs formé- 1787 rent leur demande à Rome. Or, le pape Pie VI les accueillit favorablement, et par une bulle du 19 juillet 1787 qui n'est c. i;^ presque que la traduction du brevet royal, il nomma commissaire à cet effet l'abbé Émilien Bourdon , vicaire-général de l'évêque de Maçon , licencié en droit civil et canonique, prieur commendataire d'Uérival et chanoine honoraire de l'église de Maçon. Il donna même à ce commissaire apostolique des pouvoirs illimités , afin de régler le tout pour le mieux, dans sa sagesse et selon sa conscience, et d'après les vœux du roi de France. Enfin , il désigna, pour promoteur spécial, le promoteur-général du diocèse de Maçon , Charles-Camille Circaud , vicaire-général du même diocèse et aussi licencié en droit civil et canonique. Cette bulle fut approuvée par le roi, le 12 août de la même année, et enregistrée, le 30 du même mois, aux actes importants du parlement de Besançon.
Les religieuses des deux abbayes constituèrent , peu de jours après, pour leu; mandataire spécial, à l'effet de poursuivre l'exécution et fulmination de ladite bulle , et de les représenter en soutenant leurs intérêts , Cl.-Ét. llagmey , bourgeois de Lons-lc-Suunier , et en cas d'empêchement , L. Ragmey, son fils, avocat en la même ville. Or, ce mandataire ne tarda pas de présenter requête au commissaire apostolique , afin qu'il eût à procéder à l'extinction du chapitre deGigny et à l'incorporation de ses biens aux menses abbatiales et capilulaires de Lons-le-Saunier et de Migette. En conséquence , l'abbé Bourdon , accompagné du promoteur , se transporta , dans le mois d'octobre de la même année, à Migctte, a Salins, à Lons-le-Saunier et à Gigny, afin d'y faire une enquête d'opportunité, y prendre tous renseignements locaux sur les besoins et ressources de ces monastères, dresser les procès-verbaux convenables, faire procéder aux inventaires, aux expertises, etc..
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17S7 $ 9. Ces formalités furent remplies promptement et sans opposition , a Migette , à Salins et à Lons-le-Saunier. Il était naturel d'y trouver l'expression du vœu que les biens de Gigny fussent incorporés a ceux des deux monastères féminins. Il n'en fut pas de même à Gigny où tant d'individus profitaient des revenus du riche chapitre et vivaient pour ainsi dire a la table des chanoines.
La nouvelle certaine de sa suppression et de la démoli* tion de l'antique église de Bernon frappa les habitants de stupeur et de consternation. Ils jetèrent bientôt des cris de douleur , se hâtèrent de protester contre le projet désastreux , et envoyèrent des pétitions de toutes parts. Enfin , subsidiairement , en cas de suppression de l'établissement qui faisait toute leur richesse , ils réclamèrent , par une délibération du 30 septembre, en compensation de ce qu'ils perdaient :
1. * Tous les revenus de l'office d'aumônier, pour remplacer ceux de l'hôpital fondé en faveur de Gigny et du voisinage, que les religieux s'étaient approprié , comme encore afin d'établir trois sœurs de charité, pour l'éducation des jeunes filles et le soulagement des malades ;
2. - Une rente de 2,000 fr. destinée a faire aux pauvres de la seigneurie les aumônes auxquelles était tenu le prieur commenda taire;
3. • Tous les revenus de l'office d'ouvrier, à cause de l'entretien de la fontaine; en outre , l'exemption de la gerbo que chaque chef de ménage cultivateur livrait pour le gage du garde-messie r.
4. ° La conservation de l'église collégiale et de son mobilier, telles que cloches, horloges, orgues, etc., pour l'exercice du culte , d'autant mieux qu'elle était anciennement paroissiale;
5. * Tous les revenus del'office de sacristain, pour l'entretien de l'église et des ornements, vases sacrés, livres, etc.;
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6.° L'exemption de la dîme, ou sa réduction a la vingt- 1787 unième gerbe, au lieu de la onzième;
7/ La réduction du droit de lods ou de mutations au douzième de la vente, au lieu du sixième;
8. ° La maison canoniale la plus convenable pour loger le curé et le vicaire ;
9. ° Quatre prêtres, non compris le desservant ordinaire, pour acquitter les fondations , tous à la nomination de la commune, choisis entre les enfants du pays , logés dans la maison des chantres, avec un traitement de 1,000 fr. a chacun ;
10. ° La préférence des ecclésiastiques originaires de Gigny et de la seigneurie, pour les bourses et demi-bourscs du séminaire et pour les pensions de retraite ;