‹ Histoire de GignyChapitre 210 sur 356 · CHAPITRE LV. Art · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV. Art

âge et le vouer à Dieu, pour être reçu dans le mciiasière. Ils en faisaient la demande ou la promesse pour lui par écrit, et l'enveloppaient dans ta nappe de soie de l'autel , avec la main de l'enfant et une offrande. C'est ce qu'on appelait un oblat ou un donné, qui recevait l'habit aussitôt qu'il était solennellement offert à Dieu. Parvenu h l'âge de raison, cet enfant devait confirmer la demande et tenir la promesse faite par ses parents , qui ne pouvaient lui faire aucune donation , mais seulement à rétablissement. On tenait une école a cause des oblats seulement , quoiqu'ils i; ne fussent que six au plus dans le monastère. Ils avaient au moins deux maîtres , pour les garder a vue et ne les quitter jamais. Ils couchaient au dortoir , dans un lieu séparé. Enfin on les élevait avec soin en novices , mais on différait leur profession jusqu'à quinze ans au moins.

Au reste, l'usage de recevoir des oblats, qui donne une idée de la puissance paternelle dans ces temps reculés , fut supprimé en 1132 par le chapitre général de Ctuny. Dèslors , il fut décidé qu'on ne donnerait l'habit et qu'on ne recevrait la profession monastique et les vœux prématurés d'aucun novice ou autre individu , avant l'âge de vingt ans réduit à seize par le concile de Trente.

Art. II. — Novices.

S 1. L'aspirant au noviciat n'était pas admis facilement, et seulement après différentes épreuves. On ne l'admettait même aucunement s'il était bossu , manchot , borgne , boiteux ou bûtard. Dans les cas contraires , on le laissait prosterné a terre, frappant inutilement pendant dix jours à la porte du monastère ; on lui opposait des difficultés ; on le rebutait, on allait même jusqu'à le maltraiter. Si cependant il persistait, on le faisait visiter par le chirurgien de l'établisse- c. m. ment, pour s'assurer qu'il n'était affecté d'aucune maladie

omilie , d'aucune infirmité ; on exigeait qu'il sût lire et écrire; enfin, on lui Taisait exhiber ses titres de noblesse qui étaient remis entre les mains du prieur. Ces formalités étant remplies convenablement, on admettait le postulant, pour quelques jours , dans le logement det hôlet , puis dans n T- la chambre ou mauon det novices. Un ancien moine lui était donné pour discuter sa vocation et pour lui expliquer combien le chemin du ciel était difficile. On l'obligeait à servir les autres religieux pendant quelques jours , et après diverses épreuves qui duraient au moins un mois, il renonçait h Satan et au monde ; on coupait ses cheveux en forme de croix, au sommet de latéle et au-dessus des deux oreilles; enfin on lui donnait l'habit de novice , mais on lui conservait le sien pour le lui rendre, en cas qu'il sortit ensuite.

Au bout de deux mois de noviciat , on lisait à l'aspirant la règle de saint Benoit , puis une seconde fois après six autres mois, enfin une troisième fois après les quatre derniers mois de son année de probation. Durant tout ce temps, les parents du novice étaient chargés de l'administration de ses biens ; lui-même était sous la surveillance d'un gardien ou custode ; il demeurait séparé des religieux >l7i. profès avec lesquels il ne se trouvait qu'a l'église; il préparait les autels et aidait à habiller le prêtre qui allait célébrer la messe. II ne lui était permis d'aller aux ordres sacrés que de l'exprès consentement du chapitre , et seulement quand il connaissait le plain-chant. Enfin , après l'année d'épreuves et de persévérance , si le novice était âgé de seize ans au moins, et si les religieux , a la majorité des voix , le trouvaient digne et capable, il était admis à faire profession, sinon renvoyé du monastère.

$ 2. Dans les derniers temps , l'admission au noviciat dans le prieuré de Gigny était laite avec bien moins de fprmabtés. On voit, par exemple, qu'en 1717 et en 1730 ,

Page 1