‹ Histoire de GignyChapitre 215 sur 356 · chapitre i. Y. Art · texte numérisé non relu

chapitre i. Y. Art

soutiennent que ce costume était celui qui était usité anciennement parles pauvres' gens, et que saint Benoît ne l'a prescrit à ses moines que par pur esprit de pauvreté et d'humilité. Ils disent qu'on ne peut douter que le linge de corps n'ait été inconnu aux malheureux de l'époque, ou du moins inusité pour eux, comme il l'est encore aujourd'hui chez plusieurs peuples de l'Europe. Ils ajoutent que les auteurs latins de l'antiquité, comme Horace, Columelle, Juvénal, Martial et autres, parlent de la tunique ou de la cuculle comme d'un vêtement propre à la classe inférieure du peuple ; que cette cuculle, qu'on croit être d'origine gauloise plutôt que romaine, devint le manteau généralement usité dans toutes les classes de la société, durant le moyen âge ; que ce manteau porta alors les noms de coule, chape, cape, capote, capot, capuce, capuchon, coqueludum et coqueluche; que c'est même par ce dernier mot qu'on a désigné la toux épidémique qui parut dans le quinzième siècle, parce qu'on recommandait aux malades d'avoir la tête cachée dans le coqueluchon de leur cuculle ; que dans ce même siècle, l'usage de ce vêtement cessa et qu'il resta seulement propre aux moines ; que ceux-ci ne doivent donc pas être taxés d'originalité ou de singularité, pour avoir gardé le costume ordinaire, que les autres hommes ont abandonné par esprit de mode; que c'est une nouvelle preuve du soin que l'Eglise a toujours mis à conserver les anciens usages et les traditions primitives; etc.. Cependant il faut reconnaître que le costume des moines est bien antérieur à saint Benoît , et qu'il n'était pas celui du vulgaire dans les premiers siècles, puisque les empereurs Théodose, Arcade, Honorius et Justinien ont défendu, sous les peines les plus graves, aux laïcs en général et aux comédiens en particulier, de se déguiser avec l'habit monacal.

$ 6. Le costume des anciens chanoines se rapprochait beaucoup de celui des moines. La règle de saint Chrodegang

leur accordait par au une chape ou cuculle, deux tuniques, deux chemises et du cuir pour leur chaussure. Le concile d'Aix-la-Chapelle de 816, en leur permettant l'usage du liuge, leur recommande d'éviter les deux extrêmes, la parure et la négligence, l'affectation de propreté et la saleté.

Article VI. — Cloître. — Hôtes. — Voyages des moines.

% 1 . Ce fut sans doute la grande envie de rentrer dans le monde ou d'être sécularisés, qui fit dire aux moines de Gigny, en 1756, comme on a vu, qu'il n'y avait pas de traces qu'un cloître y eût jamais existé. En effet, on en retrouve même encore quelques-unes aujourd'hui, puisque la porte de ce cloître subsiste toujours h soir, puisque le petit che-

puo f. min au sud de la cour du monastère n'a été pratiqué probablement que peu d'années avant la sécularisation, puis-

u.c. que la porte au nord n'a été ouverte qu'en 1791, année où l'on établit aussi le sentier pour monter entre l'église

u. g. paroissiale et le cimetière. D'un autre côté, ce cloître est

c. us. positivement mentionne, en 1412, dans une de nos preuves, et la porte rouge du prieuré est citée, en 1546, dans un autre

c. m. titre. Enfin, les qualifications de prieur cloltrier et d'officiers claustraux données de tout temps a quelques-uns des religieux ne permettent pas de douter de l'existence d'un ancien cloître.

Cette enceinte comprenait non-seulement les maisons des moines, mais encore leur église, leur cimetière, celui des enfants ou de la paroisse, l'église paroissiale elle-même, avec tous les jardins et vergers. Il n'est pas certain que ri* T. le château y fût aussi compris, car la maison des chantres composant le bas-chœur, démolie depuis 1760 , existait conliguë, entre l'église prieurale et la maison du chambrier, et isolait le château. Cependant, on appelait petite cour eux i tir aîe celle qui se trouvait à malin de cette maison , en montant au château, et grande cour claustrale celle qui était à

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soir. Le mur de ville qui se dirigeait de la porte de Buis à l'orient faisait sans doute la clôture méridionale du cloître.

Dans l'intérieur de celui-ci, conformément à la règle de 1,1 w* saint Benoit, était établie la fontaine où les eaux arrivaient de la Sarrazine par des cors ou conduits souterrains placés n-,, e le long d'un petit chemin qui conduit à cette source. Ce n'est qu'en 1791 que ce beau bassin a été transporté sur la place centrale du bourg, où l'eau a été amenée plus directement.

$ 2. Dans tous les couvents, la porte du cloître était gardée par un moine âgé, sage et discret, pourvu de l'office de por/ter, et qui répondait aux pauvres et aux survenants. L'empereur Justinien prescrit déjà , avant saint Benoit, la plus grande vigilance a ce portier des moines et la c w, u. clôture la plus exacte des monastères. Les hôtes ou étrangers séculiers étaient reçus charitablement par lui. Il les menait prier à l'église; il les traitait avec toute l'honnêteté et l'humanité possibles. L'abbé ou le prieur les faisait même manger avec lui dans la cuisine et à sa table séparée, et en leur considération, il pouvait augmenter les portions alimentaires des moines. Mais, au reste, personne ne parlait avec eux que le religieux chargé de les recevoir. Ils ne logeaient point dans le cloître, mais au dehors, près de la porte du monastère , dans l'appartement dit la maison des hôtes. D'ailleurs, il était défendu de laisser entrer des femmes , à moins , dit-on, qu'elles ne fussent vieilles ou illustres. C'était même une règle générale que les couvents de femmes ne pouvaient être établis a une distance moindre de deux lieues de ceux des hommes. Justinien, en 529, prescrit déjà, avec des dispositions pénales, l'isolement rigoureux des monastères de sexe différent. Tous ces règlements et usages sont observés par les bénédictins de nos jours à l'abbaye de la Trappe.

S 3. Les moines étrangers étaient également reçus avec hospitalité dans les monastères de l'ordre de Cluny. Ou les logeait dans un dortoir séparé, et des frères bien instruits

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étaient désignés pour les recevoir et leur parler. Mais, dans les couvents de l'ordre de Citeaux, on ne recevait que les moines de l'ordre et nullement les moines noirs. Cette exclusion amena encore une controverse entre saint Bernard et Pierre-le- Vénérable. Elle fournit à ce dernier une nouvelle occasion de dire aux moines blancs, dans des lettres pleines d'onction et de pathétique, qu'ils manquaient à la charité et à l'humanité.

On gardait le moine étranger, tant qu'il voulait rester ; on recevait même ses avis, et, si on était édifié de sa conduite, on le priait de demeurer dans le monastère. Mais, au reste, on ne le recevait définitivement que du consentement de son abbé ou supérieur.

S *• Les moines ne pouvaient pas sortir, sans permission, de l'enclos du monastère. S'ils étaient envoyés au dehors , ils ne voyageaient pas seuls et devaient rentrer au cloître avant la nuit, s'il était possible, sinon ne loger que dans d'autres couvents. S'ils étaient absolument forcés de prendre quelque repas hors de ceux-ci, il leur était défendu d'accepter ni vin ni viande. Il leur était aussi interdit de prendre aucun repas dehors, lorsqu'ils pouvaient rentrer avant le coucher du soleil. En route, on leur ordonnait de porter ostensiblement l'habit monastique, même à cheval; et ils devaient réciter, autant que possible, leur office aux heures accoutumées. Enfin, après être rentrés, il leur était défendu de rien dire de ce qu'ils avaient appris.

Les moines en voyage qui n'étaient pas porteurs d'une espèce de passeport, c'est-a-dire, d'une permission par écrit de leur abbé ou prieur, pouvaient être arrêtés, mis en prison, et reconduits , de monastère en monastère , dans le leur , pour y être punis , selon leur règle , comme vagabonds, apostats ou renégats. Les lois romaines du cinquième et du sixième siècles avaient d'abord puai les moines déserteurs de quelques peines pécuniaires et de l'enrôlement militaire,

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