CHAPITRE lv. Art
mais l'empereur Léon, en l'an 900 environ, ordonna leur réintégration dans le cloître.
$ 5. Les anciens chanoines vivaient aussi dans un cloître bien fermé et gardé par un portier, mais ils avaient la liberté de sortir de jour. Us devaient seulement rentrer au son du couvre-feu, a six heures en été et à huit heures en hiver, pour chanter les complies et prendre le repas du soir. La porte du cloître était dès-lors exactement fermée.
Article VII. — Vie commune.
$ 1. La pratique de la vie commune est plus ancienne que le christianisme lui-même, puisque les disciples de Pythagore l'observaient déjà, mettant tous leurs biens en commun et vivant inséparablement en société, d'où ils ont été nommés cénobite*. Les pythagoriciens observant aussi le cilence , ainsi que l'obéissance absolue et l'abstinence de la viande , du vin et même du mariage, comme les moines chrétiens ont fait par la suite , il est a croire que ceux-ci n'ont fait qu'imiter les sectateurs de l'ancien philosophe. Ce dernier avait peut-être emprunté lui-même ce genre de vie des moines indiens qu'il avait fréquentés. On peut aussi présumer raisonnablement que , chez les Juifs, les thérapeutes dont parle Philon dans les premières années de l'ère (*iré^ tienne, et les esséniens dont parle l'historien José 'ie, n'étaient que des espèces de pythagoriciens ou imi?" i îrs des Indiens, car ils menaient une vie tout-à-fait cénobiti ue.
S 2. La vie commune devint d'une obligation rigoureuse dans les monastères, et tandis que saint Benoit en fit un article de sa règle, Justinicn à la même époque en fit un article de loi (tn>. En conséquence, les moines habitaient en com-
(ila) Dtidam qnidetn scripuroui conttitalianem Tolenlcm im wtmltUudin» exittentei monarhoi in commun» dr%trt% sêcundam quod voctUur canob.orum schéma; *t ntçme propria htiktr* hulilucula ; ntqut subltmnti*$ congregar* \ntqu* mimm Kabtrt sin* ttstinoniot ud commuju'Ur qttidtm ipsos co<m*dêr* ; dJrmir»
36l) HISTOIRE D E GIGNT.
m un dans le même cloître, couchaient tous dans un seul et rojme dortoir, usaieut des mômes aliments , prenaient en* semble leurs repas dans le réfectoire, déposaient leurs habits dans un vestiaire mis a la garde de l'abbé ou du chambrier, mais à l'usage de tous, etc...
Tous les meubles et même les moindres objets, tels qu'un livre, une tablette, un stylet à écrire, un couteau , etc., étaient aussi en commun; mais il y en avait un état ou mémoire entre les mains de l'abbé, pour qu'aucun ne vint a se perdre.
Les religieux ne pouvaient point non plus avoir d'argent ou de pécule en propre, sous peine d'excommunication et de privation de sépulture commune, ainsi que de prières après la mort. L'abbé négligent sur ce point de discipline encourrait la peine de la déposition. Ce ne fut qu'en 1308 que l'abbé de Cluny alloua, par ses nouveaux statuts, une modique somme en propre aux fonctionnaires claustraux.
$ 3. 11 est déjà dit, dans le concordat fait, en 1554, entre le prieur de Gigny et ses religieux, que depuis long-temps ceux-ci vivaient séparément. Deux siècles après, en 1756 , ces moines répétaient que, depuis une époque immémoriale, ils vivaient en leur particulier, comme des prêtres séculiers. Cependant, Bernon leur avait recommandé avec instance, dans son testament, de continuer a vivre en commun dans le mépris de la propriété privée. Ainsi, on ne peut douter que la vie commune n'ait été pratiquée dans ce monastère. D'ailleurs, c'est a cause de ce genre de vie qu'on avait établi des officiers claustraux désignés sous les noms de chambrier, cellérier, pitancier, réfeclurier, infirmier et ouvrier. On ignore l'époque précise a laquelle la vie commune a cessé d'y être en usage, mais on peut présumer avec raison que deux atteintes graves lui ontélé portées dans le quatorzième
vero omntt in commun J ttho—tmm sttari rilmm ; etc. HOVIIX. i33. pref. (auo. |J).)
CIIA TITRE L v. Art. 8. 361
et dans le quinzième siècle. La première résulta de l'allocation déjà mentionnée d'une certaine somme en propre, que l'abbé de Cluny permit, en 1308, en faveur des officiers claustraux de son ordre religieux. Et en effet, on voit qu'en 1336, l'aumônier de Gigny était déjà doté du prieuré de Maynal; qu'à la même époque, ou un peu plus tard , le chambrier fut doté de celui de Chàtel-Chevreau. Il en résulta donc une séparation et un démembrement des revenus du monastère , et par suite l'inégalité fut introduite parmi les religieux. La seconde atteinte, plus grave encore , résulta de la mise en commende opérée en 1472, d'où séparation de la mense du prieur commendataire d'avec la mense capitulaire.
$ 4. Les anciens chanoines suivaient aussi la vie commune, du moins généralement , jusqu'au douzième et au treizième siècle. Mais ils conservaient leur patrimoine, avaient des revenus en propre, possédaient des biens meubles et immeubles, pouvaient en disposer et en recueillir par donation ou succession, étaient habiles a posséder des cures ou bénéfices à charge d'ames, etc...
Article VIII. — Aliments. — Boissons. — Réfectoire. — Jeûnes.
$ 1. Dans le principe, et pendant bien des siècles, les moines bénédictins vécurent très sobrement et furent loin de mériter la réputation de gourmandise qu'on leur a faite par la suite.
Leurs aliments ne consistaient qu'en une livre <183) de pain
(il S) Ou a beaucoup ducat* sur U valeur da la /ivr» de saint Benoit. Bien de* gens ont pensé que c'était la livra de douse oncea seule usitée en Italie, sa pairie. C*ist aussi pour cela qu'aujourd'hui lea bénédictins de la Trappe, qui observent rigoureusement la règle primitive, ne mangent que douze oncea de pain par four, avec un supplément s'il cet jugé nécessaire. Cependant» d'autres auteurs très graves, tels que Mabilton, Catmet, Grappin, etc., jugent que saint Benoit a été l'inventeur et l'instituteur de la livre de seize onces? et que c'est
362 HISTOIRE DE GIGNT.
par jour, des herbes cuites, quelques fruits, et surtout des fèves ou autres légumes préparés principalement en purée ou bouillie. On ajoutait de la graisse aces herbes et légumes, ou bien on les faisait cuire avec du lard qu'on y exprimait ensuite. On retranchait cette graisse tous les vendredis de l'année, et tous les jours pendant la dernière semaine de l'Avent, comme aussi depuis la Septuagésime jusqu'à Pâques. La viande des quadrupèdes n'était permise qu'en cas de maladie, et celle des volailles, pendant quatre jours seulement , aux fêtes de Noël et de Pâques. Le poisson était réservé pour le dimanche et le jeudi (W. Les œufs et le fromage accordés par la suite étaient retranchés pendant le carême depuis la Quinquagésime. Enfin , le vendredi saint , on ne mangeait que du pain et des herbes crues.
Au reste , l'abbé ou le prieur, obligé de manger avec les moines et de vivre a la table commune , pouvait augmenter la portion d'aliments, en cas de travail extraordinaire. II n'était pas permis de rien manger hors des repas réguliers , ni après complies, quelque besoin qu'on éprouvât. On pouvait seulement boire de l'eau , même en carême.
de celle-ci qu'il est question dam m règle. L'argument le plus grave en faveur de cette opinion, se tire de ce que Pierre Damien, auteur mort on 107a, a dit que cette livre pesait neuf œufs de poule. En effet, le poida moyen d'un œuf ordinaire étant d'une once et trots quarts, lea neuf pèsent presque seize onces, tandis que pour n'équivaloir qu'à douze onces, l'œuf ne déviait peser moyennement qu'une once et tiers, ce qui n'est pas. D'ailleurs, une livre de pain de seize onces était déjà bien peu suffisante pour alimenter, même en Italie, une personne livrée aux ttavauz pénibles de l'agi (culture. Lca ouvriers en France qui n'usent d'aucun autre aliment mangent jusqu'à trois, quatre et même cinq livres de pain*
UU) La rivière de Suran, dont la pèche appartenait à l'abbaye de Gigny, fournissait au religieux le poisson nécessaire. Ils avaient en outre les trois étangs ptès de G raye, établis probablement par eux après l'échange de 1194» «* encore l'étang de Monnetay, construit plus tard et appelé tiovt llttan pour ce motif; pins les étangs du Villarfl et celui de Véris, donné en laSS par Humbert de Buenc.