chapitre lv. Art
§ 2. L'eau était la boisson ordinaire des moines ; cependant saint Benoît leur avait accordé la permission de boire du vin, h la quantité d'une hémine W) par jour, même davantage en raison du travail et de la chaleur, tout en approuvant et en louant ceux qui pouvaient s'en passer. On permit ensuite la double quantité de bière, dans les pays où le vin n'était pas usité. D'ailleurs, il était expressément défendu de boire de l'bypocras ou vin épicé mêlé de miel.
$ 3. Les bénédictins prenaient leurs repas dans un ré/eclovre commun, et le soin de ces repas occupait trois officiers claustraux, le réfecturier, le celiérier et le pitancier, outre que chaque moine faisait la cuisine a son tour pendant une semaine. On voit que ces officiers existaient dans le prieuré de Gigny dès le treizième et le quatorzième siècle, et leur existence prouve, comme on l'a dit , que la vie commune du cloître et du réfectoire y était autrefois pratiquée , nonobstant l'assertion contraire des derniers religieux réguliers.
Dans les couvents , on ne faisait que deux repas ; on dînait a midi et on soupait le soir, constamment de jour. Depuis le 13 septembre jusqu'au carême , on jeûnait et on ne mangeait qu'à trois heures, ainsi que tous les mercredis et vendredis de l'année. Pendant le carême on jeûnait aussi et on ne prenait qu'un repas qui avait lieu le soir.
Durant tous les repas, on faisait des lectures pieuses , et c. sa. chaque semaine, on choisissait pour lecteur le moine le plus apte.
S 4. La règle hygiénique que saint Benoît avait donnée à ses moines était dure à observer. Elle l'était peut-être trop pour la nature humaine, quoiqu'elle soit à peu près suivie aujourd'hui , sans inconvénients et même avec avantage pour
(il S) I/hénaine de vin e*t évaluée à trotf Terrée* par quelques auteurs* à neuf once* par d'autres, à douze onces par Lancclol, à dix-huit once* par Mabiliou. Selon cette dernière appréciation, l'hémine équivaudrait au deux tiers d'un litre*
964 HISTOIRE DE GIGNT.
la santé , aux monastères de la Trappe. Sa pratique devait surtout être pénible pour les nobles religieux de Gigny, qui avaient été élevés avec sensualité dans les châteaux de leurs pères. Aussi les bénédictins n'ont-ils pas toujours observé exactement celte règle , et des réformes sont-elles devenues successivement nécessaires. On voit par des lettres de saint Bernard et de Pierre-le-Vénérable, que, déjà dans le douzième siècle, la discipline s'était beaucoup relâchée. On fut donc obligé d'en venir à des modifications indulgentes.
Au milieu du treizième siècle , l'abbé de l'Islc-Barbe , visiteur député par le chapitre des abbés de la province de Lyon , introduisit dans son abbaye l'usage de manger de la viande les dimanche, mardi et jeudi de chaque semaine. A la même époque , ce régime pénétra aussi dans l'abbaye de Flavigny, pour deux jours hebdomadaires seulement. Ce lut encore dans le même temps que les moines de Tournus, n'ayant pour pitance qu'une portion de?fromage et trois œufs par jour, l'abbé reconnut l'insuffisance de cette alimentation et leur accorda un supplément. En conséquence , ils obtinrent dèt-lors un potage, un quarteron ou quartier de fromage, et cinq œufs ou leur équivalent en poisson pour le dîner, plus trois œufs ou leur équivalent pour le souper. Quelques années plus tard, cet abbé introduisit aussi l'usage de la viande dans son monastère, a l'imitation de l'abbé de l'Isle- Barbe , de sorte que les religieux de Tournus eurent, jusqu'à leur sécularisation , en 1623, une ration de viande les dimanche, mardi et jeudi , tandis que , les quatre autres jours, ils eurent comme précédemment le potage , les œufs et le fromage.
Ainsi donc , c'est au milieu du treizième siècle que les moines bénédictins commencèrent à manger de la viande. A la fin de ce même siècle, en 1280, l'abbé de Cluny introduisit dans son ordre l'usage de boire du vin pur dans les fêtes solennelles des saints abbés de Cluny et de sainte Marie-