CHAPITRE LVII. Alt
Aut. VII. — Prieuré de Ch5tel ou de Chevreau.
S 1. Sur la sommité d'un monticule arrondi, escarpé, adossé contre la montagne de la Chalantine, existe l'antique église de Oui/et, autrefois paroissiale, aujourd'hui simple chapelle de Gizia près Cousance. Au revers oriental de ce monticule et peu au-dessous de l'église, se trouve le petit village du même nom qui ne consiste maintenant qu'en sept ménages, d'une population décroissante de 30 à 40 pauvres habitants, comme isolés du reste du monde. De ce point élevé de l'ancienne puissance ecclésiastique, la vue s'étend a soir sur toute la plaine de la Bresse, et n'est bornée que par les montagnes de la Bourgogne. Du côlé du nord, les regards plongent dans l'étroit vallon où la rapide rivière de Gizia fait mouvoir de nombreux moulins; ils s'arrêtent a mi-côte sur l'antique vignoble de Montferrand, autrefois à l'abbaye du Miroir; et au-dessus de la montagne, ils s'étonnent de trouver le village de la Biolave exposé à tous les vents et à toutes les tempêtes. Du côté du sud, l'œil rencontre aussi, à une grande profondeur, le village deDigna avec son clocher pittoresque garni de fer-blanc, puis, sur le monticule qui le domine, les ruines de la puissance séculière féodale, c'està-dire du château de Chevreau, placé là, pour ainsi dire, comme protecteur et exécuteur de la puissance ecclésiastique, et rappelant les illustres maisons de Coligny et de Vienne.
Lorsqu'après avoir ainsi promené ses regards sur ce tableau varié, tout en se reposant à l'ombre du tilleul séculaire, on descend cinq à six degrés pour entrer dans l'antique et silencieuse église, couverte en laves et voûtée en ogive, on se sent saisi de respect et de recueillement. L'esprit se reporte spontanément aux temps primitifs ; on y songe, comme à Monnctay, aux sacrifices sur les hauu-Ueux,
\\0 HISTOIRE DE GIGN Y.
et l'on croit voir les populations inférieures fléchir les genoux et baisser le front devant le ministre de Dieu célébrant, à celte hauteur, les saints mystères, dans des calices de bois, d'étain ou de verre.
§ 2. L'église de Châtel-Chevrel est certainement de la pins haute antiquité. Si l'on en croyait la tradition, elle remonterait aux premiers siècles du christianisme dans les Gaules. Elle aurait été souterraine d'abord, comme les cryptes des premiers chrétiens , comme les anciennes églises de Saint- Valérien à Tournus, de Saint-Étienne à Dijon, de SaintrSulpice a Paris, etc; c'est pour ce motif que son pavé serait encore aujourd'hui bien inférieur au sol voisin. Elle aurait été détruite de fond en comble, en l'année 408, lors de l'irruption des Vandales dans les Gaules. Elle aurait été la seule, dans ces premiers temps , entre la chaîne inférieure des montagnes du Jura et la Saône. L'usage aurait été d'allumer un grand feu, lorsqu'on célébrait à Châtel le saint sacrifice, pour servir de fanal aux populations de la plaine et les inviter à s'unir d'intention aux prières du prêtre. On ajoute qu'un semblable usage aurait existé à Saint-Remi-du-Mont, près Coligny, et a Saint-Étienne-de-Coklres au-dessus de Conliége. On dit que, pour ce motif, les paroisses inférieures auraient toujours été subordonnées à celle de Châtel, et sous le patronage de son desservant. On déduit aussi l'antiquité de cette dernière église de ce qu'elle a été mise sous le vocable du protomartyr saint Etienne, qui y est toujours fété le 3 août , comme tontes les premières églises, celles d'Autun, de Beaune, de Chalon, de Dijon, de Besançon, de Coldres, de Lyon, etc... Enfin, la tradition prétend aussi que cette même église de Chàtel a été fondée ou plutôt reconstruite en l'année 810.
Il faut bien se garder d'accueillir ou de rejeter ces diverses traditions dans leur entier; mais on se bornera ici aux deux observations suivantes. D'un côté, il est établi par des
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chartes authentiques, qu'il existait des églises à Saint-Marcel en 577, à Saint-Amour en 585 et 930, à Louhans en 878, à Fiacey en 951 , à B ranges en 955, à Savigny-sur- Seilleen 960, àHuilly et Jouvençon en 981. D'un autre côté aussi, l'église de Chevrel est certainement très ancienne, puisqu'il résulte d'une de nos pièces justificatives qu'elle existait déjà en l'année 974, lorsqu'elle fut donnée , avec c :4ô. celles de Trcfforl et de Marboz, à l'abbaye de Gigny par Manassès de Coligny, et puisqu'en outre, on lit sur un de ses pilastres septentrionaux un millésime de 1023.
$ 3. L'abbaye de Gigny ayant obtenu cette église, ne tarda pas sans doute d'y envoyer une colonie de moines , pour y faire le service divin et y établir un prieuré. On voit encore les vestiges probables du cloître ou de l'enceinte circulaire de ce monastère isolé, au milieu duquel se trouvait l'église. On voit aussi les ruines du puits ou de la fontaine qui fournissait l'eau aux religieux. Il est à présumer que le petit village de Châtel se construisit, peu à peu ensuite, à leur porte.
On possède peu de documents historiques sur les premiers temps de ce prieuré qui parait néanmoins avoir joué le plus grand rôle, au douzième siècle, dans les graves différends de Gigny etdu Miroir, pour les dîmes de ce dernier lieu qui appartenaient aux moines de Chatel. Ce furent eux probablement qui firent démolir l'abbaye et la mirent au pillage ( voy. p. 47). La tradition rapporte, en effet» mais g. sans préciser d'époques, qu'ils savaient au besoin très bien faire respecter leurs droits et leurs possessions, et que, maintes fois, de petits combats à l'arc eurent lieu entre leurs gens et les hommes d'un petit seigneur qui avait établi son castel sur le sommet d'Agcon, côte pelée entre Gizia, Cuisia et Gousance.
Néanmoins, le titre le plus ancien, à notre connaissance, où il soit positivement question de ce prieuré, est l'acte de c. 75.
cession analysé à la page 69 ci-devant, par lequel on voit qu'en 1236, Barthélémy était titulaire résidant du prieuré de c. toi. Châtel-Chevrel dépendant de Gigny .Une autre de nos chartes, analysée aussi au chapitre XXU, établit qu'Éticnne de Mont" cunm Tétait en 1313, et qu'il fit alors une transaction avec la dame de Chevreau, de l'agrément du chef du monastère supérieur.
S 4. Et. de Moncunin fût probablement le dernier prieur résidant, et il est à croire que c'est après sa mort que le prieuré de Châtel fut réuni à l'office du chambrier de Gigny. En effet, c'est ensuite d'un statut de 1308, que les officiers claustraux des monastères de l'ordre de Cluny ont commencé à être dotés d'un traitement. D'un autre côté, on voit, par un titre cité dans un inventaire de l'office de chambrier, que la cure de Frontenaud, dépendante du prieuré de Châtel, était déjà du patronage de cet officier en 1400, ce qui prouve que le prieuré de Châtel était uni a son office. On trouve g. aussi que notre chambrier Lessot a déjà reçu, en 1443, l'hommage d'un nommé Pyat de Sézéra, pour un meix situé à Châtel <tw>.
c I3i, lio, in Dès-lors, les chambriers de Gigny furent titulaires de ce bénéfice et se qualifièrent prieurs de Châtel, jusques et y compris M. de Montbozon, mort eo 1791, qui fut le dernier, et qui fit, en 1757, avec M."- d'Antigny, le traité dont on a parlé, relatif a la forêt de Collonozay. On peut donc consulter, dans le chapitre précédent, la liste des chambriers pour connaître les prieurs de Châtel. L'union de ce prieuré à l'office en question est déjà mentionnée dans l'ancien cata-
(19O Humbcit Pyat% de Couianre, y reconnut, en 1546, plusieurs héritage! de U directe du chambrier, notamment un verger à Cousance même* et deux vignes, sous le eeos annuel de cioq p«nles d'huile de noix, et d'une seilletle de vin bon, pur el vermeil, à la mesure de Chevreau, le tout portant lod«f vends, retenue, directe et seigneurie. Celle reconnaissance fut renouvelée en ii"'a, i6S5, 1690, etc.
Claude Pyal était notaire à Chevreau eu 161I.