CHAPITRE LXV. 5to
qu'Eusèbe et Sulpicc Sévère affirment qu'il n'y en a pas eu avant la persécution de l'empereur Marc-Aurèle. 7.0 II mentionne la messe, les anges gardiens, les parrains, les filleuls, le dimanche, le culte de la sainte Vierge et autres usages ou cérémonies religieuses probablement non établies, ou autrement dénommées, dans les premières années du second siècle. 8.° Use sert des mots parœcia paroisse, fMolut filleul, senior seigneur, canonicus chanoine, cuttus couteau, et autres qui sont plutôt du moyen âge que de l'époque citée. 9.0 II emploie une latinité qui ne peut pas être celle du second siècle. 10.° Il se sert déjà des chiffres arabes qui n'ont été connus en Europe que dans le dixième siècle. 11.* Si S. Denis l'aréopagite eût sacré S. Taurin évoque à l'âge de 40 ans, il aurait été âgé lui-même, non pas de 90 ans, comme il le dit dans le récit de Déodat, mais au moins de 135 ans. 12.° S. Taurin qualifié déjà vieux, lors de sa flagellation, et âgé déjà de 40 ans, lors de sa consécration épiscopalc, ne serait cependant mort qu'à l'âge de 35 ans, s'il était mort du temps du pape Sixte I. 13.° L'historien Grégoire de Tours dit positivement que S. Denis, évêque de Paris, n'est venu dans les Gaules qu'après le milieu du troisième siècle, de sorte que Déodjt a confondu S. Denis l'aréopagite, disciple de S. Paul, dont on fait la fête le 3 octobre, avec S. Denis, évêque de Paris, postérieur de près de deux siècles et qui estfeté le neuvième jour du même mois. 14.0 Enfin, cet hagiographe fait prédire à S. Taurin que le lieu de sa sépulture sera long-temps inconnu.
Il est donc évident que les actes de notre saint patron écrits par Déodat n'inspirent point de confiance, et qu'ils sont l'ouvrage de quelque imposteur du moyen âge. Cependant , ces actes existaient déjà avant le douzième siècle et peutêtre avant le onzième , puisque Ordcric Vital , moine de Cluny, né en 1075, qui a écrit une histoire ecclésiastique finissant à l'année 1147, en a donné un abrégé très exact.
546 iiistoike n e r.icïsr.
D'un autre côté, comme la confusion des deux saints du nom de Denis n'a commencé que depuis la biographie écrite, en 83*, par Hilduin , moine de S. Denis de Paris; comme aussi Déodat a employé des chiffres arabes inconnus avant la fin du dixième siècle, on peut présumer que les actes de S. Taurin n'ont été fabriqués qu'au commencement du on* zième siècle, probablement par quelque moine de l'abbaye d'Evreux.
Époque à laquelle a vécu S. Taurin d'Evreuz
En quel temps S. Taurin a-t-il donc vécu ? Les uns, comme l'auteur du martyrologe romain et comme l'annac> 5 ,o. liste Baroniu3, ont adopté pour véridiques les actes de Déo- ■dat, et ont fixé la mission de S. Taurin, dans les Gaules, à l'an 95 de J.-C, sous le pontiticatdu pape Clément. D'autres ont présumé que S. Taurin avait été envoyé en Neuslrie, dans le milieu du troisième siècle, à la même époque où S. Saturnin fut envoyé à Toulouse ; S. Paul à Narbonne ; S. Trophime à Arles ; S. Gatian à Tours ; S. Martial à Limoges ; S. Stremoine en Auvergne, et S. Denis a Paris. Mais l'historien Grégoire de Tours, qui parle de cette mission, à la date de l'an 250, sous l'empereur Dèce, ne fait aucune mention de S. Taurin. Ces mêmes auteurs , voulant trouver au moins quelque chose de vrai dans le récit de Déodat, au risque de contredire le père de l'Histoire de France, ont attribué cette mission au pape Sixte II , sous le règne de l'empereur Gallien, en l'an 264, lorsque les Allemands envahirent les Gaules , sous la conduite de leur roi Chrocus.
De son côté , l'auteur de l'histoire de S. Taurin, publiée, en 1685, par les religieux de Gigny, pense que cet apôtre a vécu encore plus tard et peut-être sous l'empereur Probus,