‹ Histoire de GignyChapitre 307 sur 356 · CHAPITRE LXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXV

Après y être demeurés quelque temps, ils gagnèrent l'amitié des religieux à tel point, que l'un d'eux, plus instruit, (ut nommé d'abord chanoine et ensuite custode ou sacristain de l'église. Cet office rendit donc bien facile l'exécution du projet qu'il méditait depuis son arrivée. En conséquence , les trois compagnons, s' étant concertés, entrèrent dans l'église, une certaine nuit , et trouvèrent séparées dans une chasse les reliques des trois bienheureux de Neustrie ; savoir celles de S. Aquilin et de Ste. Florence dans deux sacs de cuir, et celles de S. Taurin dans un sac de soie de Gonstantinople , avec l'inscription rencontrée dans le sarcophage, lors de l'invention des reliques à Evreux. Par un pieux larcin, ils se chargèrent chacun de l'un de ces précieux fardeaux et se hâtèrent de quitter Lezoux, h la faveur de la nuit (*u). Cependaut, craignant d'être poursuivis, ils ne reprirent pas le chemin direct de la Normandie; mais ils se dirigèrent a l'orient, passèrent la Saône à une journée au-dessus de Lyon, et voyageant plus de nuit que de jour , ils gagnèrent les montagnes de la haute Bourgogne (216) ou Franche-Comté et arrivèrent a Gigny.

(a 14) C'est au moyen d'an pareil larcin et parmi stratagème fort analogue, que les reliques de S. Florent furent enlevéea , en 94 S, de l'abbsve de Touroui.

( ai S) La trgendequi est ici analysée porte que la Saône sépare le Royaume de l'Empire des Romains. Et en effet, cette ri vibre fut la limite des états paitagcs, en 84 J, entre Charles-le-Chauve qui eut le royaume de Fiance à l'occident de la Saône, et Lolhaire qui eut l'empire de* Romains à l'orient de cette rivière. De là Ici noms de Terré de roi ou Je France el de Terre d'empire ; de là le* épithète* de ro yal ou de an royaume données à quelques villages à soir de la Snônc, comme Lessard et Châlenoy près Cbalou, pour les distinguer des communes homonymes situéea à l'orient dans la Bresse. De la, enfin, les expressions Tourne* h l'empire, tiret au royaume* employées encore de nos jour* dans la navigation de In Saône. De ce que la légende porte que cette rivière sépare encoie le royaume de l'empiic, on pourrait induire qu'elle aurait été écrite avant le milieu du onzième siècle, épique uii l'empire cessa de po<*éder le rivage oriental. Mais elle qualifie aus»i Cluny do Honatlkrt des monastères, qualifie** tiou que celte abbaye n'a piise qu'un peu plus lard.

(a 16) La légende di: qu'en ces lieux on n'avait pas à craiudic les Normands

HISTOIRE DU OICNY.

Ils y logèrent chez un pauvre homme qui leur donna une hospitalité cordiale. Mais, grande fut leur surprise à tous lorsque, le lendemain, après avoir voyagé toute la journée, ils se retrouvèrent de nuit à la porte de la même chaumière, où ils osèrent à peine demander un nouveau gîte. Le second et le troisième jour, la même chose étant encore arrivée, ils ne doutèrent plus que les bienheureux dont ils emportaient les reliques ne voulussent que celles-ci fussent déposées en ce lieu. Ils s'informèrent donc du monastère établi depuis peu d'années, et ils allèrent raconter à Bernon et à ses corcligicux ce qui leur était arrivé ttnK Or, ceux-ci, après un sage examen et une mûre délibération, accueillirent avec reconnaissance les précieuses reliques envoyées si miraculeusement par la Providence. Ils les déposèrent en grande jubilation dans leur nouvelle église , et S. Taurin fut adopté comme patron et protecteur de Gigny. Dès-lors môme ou peu de siècles après, l'abbaye ou le prieuré fut placé sous son vocable, et le sceau de cet insigne monastère offrit son effigie avec l'inscription : Sigill. Sci Tiutrini Oigniaci. Trois c. 01, too, 108. de nos chartes de 1279, 1310 et 1356, en font foi. (Voyez la note 35.)

Ainsi furent transportées et installées à Gigny les reliques de l'apôtre de Normandie, cl ce transport eut probablement lieu en Tannée 915, avant que Bernon allât prendre l'administration de l'abbaye de Gluny. Toutefois, comment concilier cette translation avec l'existence de ces mômes reliques, en 950, à Chcvignes, hameau de Prissé, au soir de Maçon? On lit, en effet, qu'en cette année, l'évéque de cette ville, à la sollicitation de l'abbé de Cluny qui possédait, depuis 939, un prieuré en ce lieu, y consacra une église en l'honneur de

dont od ne parlait même pa*. Ainsi, malgré la paix, il y avait donc encore de« parliuni qui inquiétaient le» autre» pay»;

(a 17) La légende d'il un éloge emphatique de Bernon et de «es moines, ce qui donne à penici qu'un de ceux ci en est l'auteur.

CHAPITH K LX V.

S. Taurin, parce que, dit-il, il n'est pas convenable qu'un si glorieux confesseur, qui y repose avec ses syncelles ou compagnons, reste long-temps sans recevoir la bénédiction épiscopale tai8>. La qualification de confesseur, donnée dans la charte au saint personnage, doit empêcher de croire qu'il s'agisse du martyr S. Taurin d'Ostieou d'Autun. D'un autre côté, on peut présumer que, lors de leur fuite de Lezoux, les ecclésiastiques d'Evreux, avant de traverser la Saône, ont passé par Chevignes qui n'est guère qu'à une grande journée au-dessus de Lyon, et y ont peut-être déposé quelque portion de leurs reliques. Cependant, l'auteur de cette histoire s'est assuré qu'il n'existe actuellement, en cette localité, aucun indice que S. Taurin y ait jamais eu un culte quelconque : plus de reliques, plus de chapelle, point de vocable ni de patronage pour les habitants en particulier, point de tradition, point de féle, etc. Il a môme constaté que, sur le bréviaire manuscrit de Maçon du treizième siècle, qui existe à la bibliothèque de Lyon , il n'est fait aucune mention de S. Taurin au calendrier, à la date du 11 août, mais seulement de S. Tiburce.

Chapelle de S. Taurin à GiRay.

La maisonnette du pauvre homme, où les reliques s'obstinèrent trois fois à ramener les pieux larrons qui les emportait) Anna 9S0, M*imbodus Maiisconensis prce$ul% rognnJe Heymardo, abbate Cluaiao»nsi% eerlesimm in honorent sancii Taurini, in villa Cavannia exstrttetam, quant Clunincenses Rodulfi régis tempore oblinutrant, dedicavit co quod non e«t cengruam. inqui/,ui lam glni lotus conFesnor et iync«llit« inibi commorantc» diu sine benedictione epiaoopali persistèrent. Ueymardus abbas et quidam • ex monachis suis terras in dotent eccUsia conférant, ubi Obedientia est, ui votant, abbatiœ Cluniaeensis. MàBiiXOR. Act . jinctorum, tome V, page J19. (D'aprct le caitulairc de Cluny.)

55S HISTOIRE DR GIGNT.

c w. taicnt, demeura, dit-on , bien long-temps intacte an milieu des incendies et des ruines du voisinage. Elle fut ensuite changée en une chapelle sous le vocable de S. Taurin. Plan u. Cette chapelle, qui existait proche le nouvel hôpital, a été vendue avec ce dernier, en 1793, comme bien national, et dès-lors livrée h des usages profanes; mais elle n'a été démolie que depuis vingt ans environ. Son architecture n'était pas antique; les portes et les fenêtres en étaient ceintrées, arrondies et non en ogives; le toit en laves. On n'y lisait ni date ni inscription quelconque, et on n'y voyait de remarquable que la sculpture des armoiries de la maison de Ronchaux, au sommet des deux jambages de la porte. Ces armoiries étaient, comme on sait, d'azur, à deux croissants acculés d'argent, accompagnés de quatre besans d'or en croix. Comme on trouve, parmi les membres de notre monastère , deux infirmiers et un aumônier du nom de Thon-Ronchaux, à la (in du seizième et dans le courant du dix-septième siècle, on peut penser raisonnablement que cette chapelle fut reconstruite à cette époque. C'est sans doute d'elle que l'histoire de notre saint patron, publiée en 1685, fait mention.

Au reste , les reliques de S. Taurin ont toujours été déposées dans l'église de l'abbaye ou du prieuré et jamais dans cette chapelle. Les vieillards actuels disent qu'on y allait en procession et qu'on y célûbrail la messe, l'un des jours des rogations, comme encore le jour de la féte du patron, ainsi que dans les temps de calamités.

Incendie de Gigny. — Transport des reliques à Clunj, à Lyon, etc., et retour

à Gigny.

c oo En l'année 1157, un incendie, animé par un vent du nord impétueux, réduisit en cendres le bourg de Gigny et son mo-

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