LIVRE 1, CHAP. VIII
eux, d'une carabine, de deux pistolets, d’une épée et d’une baïonnette, et je montais assez bon cheval, qu'on avait pris au même gentilhomme dont je portais les habits. Il y avait si longtemps que je vivais dans les ténèbres, que le jour païsant ne manqua pas de m'éblouir; mais peu à peu mes Yeux s’accoutumèrent à le souffrir.
Nous passdmes auprès de Pontferrada, et nous allämes nous mettre en embuscade dans un petit bois qui bordait le grand chemin de Léon, dans un endroit d'où, sans être vus, nous pouvions voir tous les passants. Là, nous attendions que la fortune nous offrit quelque bon coup à faire, quand nous apergQmes un religieux de l’ordre de Saint-Dominique, monté, ! contre l'ordinaire de ces bons pères, sur une mauvaise mule. Dieu soit loué! s’écria le capitaine en riant, voilà le chefd'œuvre de Gil Blas. Il faut qu'il aille détrousser ce moine : voyons comme il s’y prendra. Tous les voleurs jugérent qu’effectivement cette commission me convenait , et ils m’exhortèrent à m’en bien acquitter. Messieurs, leur dis-je, vous serez contents; je vais mettre ce père nu comme la main, et vous amener ici sa mule. Non, non, dit Rolando, elle n'en vaut pas la peine : apporte-nous seulement la bourse de Sa Révérence ; c’est fout ce que nous exigeons de toi. Je vais donc, repris-je, sous les yeux de mes maitres, faire mon coup d’essai ; j'espère qu'ils m'honoreront de leurs suffrages. La-dessus, je sortis du bois et poussai vers le religieux, en priant le ciel de me pardonner l'action que j'allais faire; car il n’y avait pas assez longtemps quegélais avec ces brigands pour la faire sans répugnance. J'aurais bien voulu m'échapper dès ce moment-là; mais la plupart des voleurs étaient encore mieux montés que moi : s'ils m’eussent vu fuir, ils se seraient mis à mes trousses, et m’auraient bientôt rattrapé, ou peut-être auraient-ils fait sur moi une di e de leurs carabines, dont je me serais fort mal trouvé. Je n'osai donc hasarder une démarche si délicate. Je joignis le père , et lui demandai la bourse en lui présentant le bout d’un pistolet. It s’arrèta tout court pour me considérer ; et, sans paraitre effrayé : Mon enfant, me dit-il, vous tes bien jeune; vous faites de bonne heure un vilain métier. Mon père, lui répondis-je, tout vilain qu'il est, je voudrais l'avoir commencé plus tôt. Ah! mon fils,
M NAN je sais sûr que vous en conviendres. Je dots à tine paysanne des environs de Séville. Trois semaines ‘qu'elle m'eut mis aa monde (elle était jeune, propre, bonne nourrice), on lui proposa un nourrisson, C'était an enfant de qualité, un fils unique qui venait de naitre dans Séville, Ma mère accepta volontiers la proposition; elle alla “chercher l'enfant. On le lui confia; et elle ne l'eut pas silôt apporté dang son village, que, trouvant quelque ressemblance ‘entre lui et moi, cela Jui inspira le dessein de pour l'enfant dé qualité, dans l'espérance qu ‘un jour je reeon= maitrais bien co bon M re Serupuleux qu'un autre | ‘sorte qu'après nous avoir
lier parfait, ils me donnèrent toute
plus habiles ont quelquefcis à d'honneur. d'étais un de ces heureux éc
beaucoup mieux jouer avec les valels, que j'allais chercher à tous moments dans les cuisines ou dans les écu=
grosse joufllue, dont l'enjout=
ment et l'embonpoint me plaisaient fort. Je lui faisais l'amour D nr creme, que don Rodrigue même s'en pros digrement, me reprochn .a bassessé
pet, de peur que la vue de l'objet aimé De inutiles, il mit ms princesse à la
me déplut; je résolus de m'en venger, Je volai