‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 17 sur 103 · LIVRE 1, CHAP, VIII · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP, VIII

de grands chemins, ou je ne m'y connais pas. Le Hentenant et les autres applaudirent à la prédiction, et m’assurèrent que

je ne pouvais manquer de l’accomplir quelque jour. Je les re-

merciai de la haute idée qu'ils avaient de moi, et leur pro-

mis de faire tous mes efforts pour la soutenir,

Après qu'ils m’eurent d'autant plus loué que je méritais moins de l'être, il leur prit envie d'examiner le butin dont je revenais chargé. Voyons, dirent-ils, voyons ce qu’il y a dans la bourse du religieux. Elle doit être bien garnie, continua l'un d’entre eux, car ces bons pères ne voyagent pas en pèlerins. Le capitaine délia la bourse, l'ouvrit, et en tira deux ou trois poignées de petites médailles de cuivre entremélées d'agnus Dei, avec quelques scapulaires*. A la vue d’un larcin si nouveau, tous les voleurs éclatèrent en ris immodérés. Vive Dieu! s'écria le lieutenant, nous avons bien de l'obligation à Gil Blas : il vient, pour son coup d'essai, de faire un vol fort salutaire à la compagnie. Celte plaisanterie en attira d’autres, Ces scélérats, et particulièrement celui qui avait apostasié, commencèrent à s'égayer sur la inatière,

Il leur échappa mille traits qu'il ne m’est pas permis de rapporter, et qui marquaient bien le déréglement de leurs mœurs. Moi seul je ne riais pas. Il est vrai que les railleurs tren otaient l'envie, en se réjouissant ainsi à mvs dépens. Chacun me lança son trait, et le capitaine me dit : Ma foi, Blas, je, te conseille, en ami, de ne te plus jouer aux mines; ce sont des gens trop fius et trop rusés pour toi.

CHAP. IT. — De l'événement sérieux qui suivit cette aventure.

Nous demeurâmes dans le bois la plus grande patie de la journée, sans apercevoir aucun voyageur qui pit payer pour le religieux, Enfin nous cn sortimes pour retourner au souterrain, bornant nos exploits a ce risible événement, qui faisait encore le sujet de notre entretien, lorsque nous dévou-

‘Annes Dei, pâte où cire bénlle, qui représente l'agneau efleste, et qu'on porte pur dérouos. Gremet dit de Vert-Vert :

Ul reposait sar La Loke ox ofans,

"Scapulasre, petite morceanz d'étnfe bénite, joints par des rubans, ct qu'on porte sas le corps quand oa ext de la confrérie de Scapelaire.

#2 Gi MLAS.

- vrimes de loin un carrosse À quatre mules. Il venait à nous au grand trot, et il re get de trois hommes à cheval qui me parurent bien armés et bien disposés & nous recevoir, si nous étions assez hardis pour les insulter. Rolando fit faire balle à la troupe , fre conseil là-dessus, et Je résultat fut qu'on Dre

en bata ss is que fava reçus lement, ot roide

avaient placé 14 por Rolando, remarquant j moi, me regarda de | Beoute, Gil Blas, songe

trop persuadé qu'il Je fers l'avertissement ; e’est las mander mon dime adi

Pendant ce temps-là, Je carrosse € chaient. Ms connurent quelle sorte devinant notre dessein à notre contenance, ils s

carabines et des pistolets. Tandis qu'ils se préparai faire face, il sortit du carrosse un homme bien’ fait et riché=

son siége, ils s'avancèrent vers no

mon effroi. Je ne laissai pas p Hlant de tous mes membres, de me tenir prêt à tirer mon Coup; mais, pour dire les choses comme elles sont, je fermai Tes yeux et tournai la tête en déchargeant ma carabine ; et, de ‘ta maniére que je tirai, je ne dois point avoir co coup-là sur ‘fa conscience.

Jo'ne feral point un détail de l'action : quoique présent, je

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