‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 53 sur 103 · LIVRE Ul, CHAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE Ul, CHAP. V

. is te dire à peu près la méme chose; je n'ai pas souvent La satisfaction de guérir les personnes qui tombent entre mes mains; et, si je n'étais pas aussi sûr de mes principes que je le suis, je croirais mes remèdes contraires à presque toutes les maladies que je traite. Si vous m’en voulez croire, monsieur, repris-je, nous changerons de pratique. Donnons par curiosité des préparations chimiques à nos malades : essayons le kermès : le pis qu'il puisse nous arriver, c'est qu ‘il produise le inème effet que notre eau chaude et nos saignées. Je ferais voloutiers cet essai, répliqua-t-il, si cela ne tirait ! point à conséquence; mais j'ai publié un livre où je vante la fréquente saignée et l’usage de la buisson * : veux-tu que j'aille décrier mon ouvrage? Oh! vous avez raison, lui repartis-je;

il ne faut point accorder ce triumphe à vos ennerms : ils di-

raient que vous vous laissez désabuser ; ils vous perdraient

de réputalion. Périssent plutôt le peuple, la noblesse et le clergé! Allons douc toujours noire train. Après tout, nos eonfrères, malgré l'aversion qu'ils ont pour la saignée, ne savent pas faire de plus grands miracles que nous; et je crois que leurs drogues valent bien nus spécifiques.

Nous continuames à travailler sur nonveaux frais, et nous

y procédimes de manière qu'en mvins de six semaines nous

fimes autant de veuves et d'urphelins que le siége de Troie. .

11 semblait que la peste fût dans Valladolid, tant on y faisait

de funérailles! 11 venait tous les jours au logis quelque père

nous demander compte d'un fils que nous lui aviuns enlevé, ou bien quelque oncle qui nous reprochait la mort de son neveu. Pour les neveux et les fils dont les oncles et les pères s'étaient mal trouvés de nos remèdes, ils ne paraissaient point chez nous. Les maris étaient aussi fort discrets : ils ne nous chicanaient point sur La perte de leurs femmes; mais les persunnes aflligées dont il nous fallait essuyer les reproches avaient quelquefois une douleur brutale ; ils nous appelaient iguorants, assassins, ils ne ménageaicnt point les termes.

* Aco tran, on ne peut méconnaltre le médecia Philippe Hocquet, qui était en eet Pasteur ‘dus livre Inthulé Ferrus de Peau communs, 2 vol. in-t2. C'étant d'ail. leurs on bomme habile et respectable. Ow I aves plaisir sa vie écrite par Rémond de Sarmt-Mare, en Wie de m Mélacins des paueres. Le Sage à ued de ma droit, en

chargennt le portrait du docteur Sengrado; mais le nom de Hecquet ne doit pas être mis on Des d'une telle caricatare sans de justes restrictions. Voyez livre 3, chape L

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