‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 54 sur 103 · LIVRE 11, CHAP. VI · texte numérisé non relu

LIVRE 11, CHAP. VI

d’un mariage trés-avantageux pour lui, ne se contenta pas de jeter feu et flamme contre moi; il jura qu’il me passerait son épée au travers du corps, et m’exterminerait à la première vue. Un voisin charitable m'avertit de ce serment; la connaissance que j'avais de Mondragon, bien loin de me faire mépriser cet avis, me remplit de trouble et de frayeur. Je n'osais sortir du logis, de peur de rencontrer ce diable d'homme, et je m'imaginais sans cesse le voir entrer dans notre maison d'un air furieux : je ne pouvais goûter un moment de repos. Cela me détacha de la médecine, et je ne songeai plus qu’à m'affranchir de mon inquiétude. Je repris mon habit brodé; et, après avoir dit adien à mon maitre, qui ne put me retenir, je sortis de la ville à la pointe du jour, non sans crainte de trouver don Rodrigue en mon chemin.

CHAP. VI. — Quelle route fl prit en sortant de Valladolid, et quel homme le joigait ea chemin,

Je marchais fort vite, et regardais de temps en temps derrière moi, pour voir si ce redoutable Biscayen ne suivait point mes pas : j'avais l'imagination si remplie de cet homme-à, que je prenais pour lui tous les arbres et les buissons : je sentais à tout moment mon cœur tressaillir d’eftroi. Je me rassurai pourtant après avoir fait une bonne lieue, et je continuai plus doucement mon chemin vers Madrid, où je me proposais d'aller. Je quittais sans peine le séjour de Valladolid ; tout mon regret était de me séparer de Fabrice, mon cher Pylade, à qui je n'avais pu même faire mes adieux. Je n’étais nullement faché d'avoir renoncé à la médecine; au contraire, je demandais pardon à Dieu de l'avoir exercée. Je ne laissai pas de compter avec plaisir l'argent que j'avais dans mes poches, bien que ce fût le salaire de mes assassinats. Je ressemblais ” aux femmes qui cessent d’être libertines, mais qui gardent toujours à bon compte le profit de leur libertinage. J'avais, en réaux, à peu près la valeur de cinq ducats : c'était lA tout mon bien. Je me prometlais, avec cela, de me rendre à Madrid, où je ne doutais point que je ne trouvasse quelque bonne condition. D'ailleurs, je souhaitais passionnément d'être dans celte superbe ville, qu’on m'avait vantée comme l’abrégé de toutes les merveilles du monde.

ton sur Jequel mon oncle le prenait. Je me retiral les larmes aux yeux, et fort touché de Ja dureté qu'il avait pour mol. Cependant, comme j'ai toujours été vif et fer de mon natu-

; Mientôt mies pleurs, Je passai mème de la douleur à l'indignation , et je résolus de laisser là ce matvais parent dont je m'étais bien passé jusqu'à ce jour.

Je ne pensai plus qu'à cultiver mon talent : je m’attachai au travail. Je rasais toute la journée, et le soir, pour donner quelque réeréation à mon esprit, j'apprenais à jouer de la Guitare. J'avais pour maître de eet instrument un vieux senor ‘esoudero *, à qui je faisais la barbe. 11 ‘Musique, qu'il savait parfaitement. IL est vrai qu’il avait été chantre autrefois dans une cathédrale, 11 se nommait Marcos de Obregon *. C'était un homme sage, qui avait autant d'esprit que d'expérience, ct qui m'aimait comme si j'eusse été sou fils, 11 servait d'écuyer à la femme d'un médecin qui demeurait à trente pas de notre maison. Je l'allais voir sur la fin du jour, aussitôt que j'avais quitté l'ouvrage, et nous fai sions tous deux ; assis sur le seuil de la porte, un pelit concert qui né déplaisait pas au voisinage. Ce n'est pas que nous eussions des voix [ort agréables; mais, en raclant le boyau, nous chantions l'un et l'autre méthodiquement notre partie; eteela suffisait pour donner du plaisir aux personnes qui nous écoutaient, Nous divertissions particulièrement dona Mergelina, femme du médecin ; elle venait dans l'allée nous entendre, et nous obligeait quelquefois à recommencer les airs ‘qui se trouvaient le plus de son goût. Son mari ne l'emipèchait pas de prendre ce divertissement. C'était un homme qui, bien qu'Espagnol et déjà vieux, n'était nullement ja- Joux: d'ailleurs, sa profession l'occupait tout entier; et, comme revenait le soir, fatigué d'avoir été chez ses malades, il se Couchait de très-bonné Leure, sans s'inquiéter de l'attention que sa femme donnait à nos concerts. Peut-être aussi qu'il

| Seigeenr Jcuyes, = de Ollregan eat He pam du béron det Vincent Espiocl à écrit sagement eh que Volisiro à er mal à Fariginal du romaa de Gi He. Ca hae bal qe be Rige alt tnd du Uvre Espioel. 11 ne la iiilé qu'uves dis: crêtes, ef en l'ambellissant beancosp. Co d'est pas Wuulefois un dé om ples beureux

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