LIVRE U1, CHAP. VI
la messagère de galanterie; je vais porter votre réponse. Votre servante, seigneur Diego; que le ciel vous conserve ! Ah! que vous êtes gentil! Par sainte Agnès, je voudrais n'avoir que quinze ans, je ne vous chercherais pas pour les autres! A ces paroles, l'officieuse vieille s’éloigna de moi.
Vous vous imaginez bien que ce message m’agita furieusement : adieu la morale de Marcos. J’attendis la nuit avec impatience; et, quand je jugeai que le docteur Oloroso reposait, je mc rendis à sa porte. Là je me mis à faire des miaulements qu'on devait entendre de loin, et qui sans doute faisaient hon= neur au maitre qui m'avait enseigné un si bel art. Un moment après Mergeline vint elle-même ouvrir doucement la porte, et la referma dès que je fus dans la maison. Nous gagnâmes la salle où notre dernier concert avait été fait, et qu’une petite lampe qui brülait dans la cheminée éclairait faiblement. Nous nous assimes à côté l’un de l’autre pour nous entretenir, tous deux fort émus, avec cette différence que le plaisir seul causait toute son émotion, et qu'il entrait un peu de frayeur dans la mienne. Ma dame m'assurait vainement que nous n'avions rien à craindre de la part de son mari; je sentais un frisson qui troublait ma joie. Madame, lui dis-je, comment avez-vous pu tromper la vigilance de votre gouvernante? Après ce que j'ai oui dire de la dame Melancia, je ne croyais pas qu'il fit possible de trouver les moyens de me donner de vos nouvelles, encore moins de me voir en particulier. Dona Mergelina sourit à ce discours, et me répondit : Vous cesserez d'être surpris de la secrète entrevue que nous avons cette nuit ensemble, lorsque je vous aurai conté ce qui s'est passé entre ma duèyne et moi. Lorsqu'elle entra dans cette maison, mon mari lui fit mille caresses, et me dit : Mergeline, je vous abandonne à la conduite de cette discrète dame, qui est un précis de toutes les vertus; c’est un miroir que vous aurez incessaminent devant les yeux pour vous former à la sagesse. Cette admirable personne a gouverné pendant douze années la femme d’un apothicaire de mes amis; mais gouverné... comme on ne gouverne puint; elle en a fait une espèce de sainte.
Cet éloge, que la mine sévère de la dame Melancia ne démentait point, me coûla bien des pleurs et me mit au déses-
Ate