‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 2)Chapitre 61 sur 103 · LIVRE 1, CHAP. Vil. an · texte numérisé non relu

LIVRE 1, CHAP. Vil. an

suadée, quelque talent qu'eût le vieil écuyer qui vous servait, que vous ne perdez rien au change. Je vous serai peut-être encore plus utile que Ini.

Je vous laisse à penser, Diego, continua Mergeline, si je sus bon gré à la duègne de se découvrir à moi si franchement. Je la croyais d’une vertu austère. Voilà comme on juge mal des femmes! Elle me gagna d’ahord par ce caractère de sincérité. Je Pembrassai avec un transport de joie qui lui marqua d'avance que j'étais charmée de l'avoir pour gouvernante. Je lui fis ensuite une confidence entière de mes sentiments, ct je Ja priai de me ménager au plus tôt un entretien secret avec vous, Elle n'y a ine manqué. Dès ce matin elle a mis en campagne cette viellle qui vous a parlé, et qui est une infrigante qu'elle a souvent plane pour la femme de l’apothicaire. Mais ce qu'il y a de plus plaisant dans cette aventure, ajoutat-elle en riant, c'est que Melancia, sur le rapport que je lui ai fait de l'habitude que mon époux a de passer la nuit fort tranquillement, s'est couchée auprès de lui, et tient ma place en ce moment. Tant pis, madame, dis-je alors à Mergeline; je n’applaudis point à l'invention. Votre mari peut fort bien se réveiller, et s’apercevoir de la supercherie. 11 ne s’en apercevra point, répondit-elle avec précipitation : soyez sur cela sans inquiétude, et qu'une vaine crainte n’empoisoune pas le plaisir que vous devez avoir d’être avec une jeune dame qui vous veut du bien.

La femme du vieux docteur, remarquant que ce discours ne m'empéchait pas de craindre, n’oublia rien de tout ce qu'elle crut capable de me rassurer; et elle s'y prit de tant de façons, qu'elle en vint à bout. Je ne pensai plus qu'à profiter de l'occasion; mais dans le temps que le dieu Cupidon, suivi des Ris et des Jeux, se disposait & faire mon bonheur, twus entendimes frapper rudement à la porte de la rue. Aussitôt l'Amour et sa suite s'envolèrent, ainsi que des oiseaux timides qu’un grand bruit effarouche tout à coup. Mergeline ine cacha promptement sous une table qui était dans la salle; elle suufila la lampe; et, comme elle en était convenue avec sa gouvernante, en cas que ce contre-temps arrivat, elle se rendit à la porte de la chambre où reposait son mari. Cependant on continuait de frapper à grands coups redoublés, qui

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