LIVRE 11, CHAP, VII
mais le diable, qui nous obsède toujours, ou plutôt nous possède dans de pareilles conjonctures, me représenta que je serais un grand sot d'en demeurer en si beau chemin. 1l offrit même à mon esprit Mergeline avec de nouveaux charmes, et releva le prix des plaisirs qui m’attendaient. Je résolus de poursuivre ma pointe; et, me promettant bien d’avoir plus de fermeté, je me rendis le lendemain, dans cette belle disposition, à la porte du docteur, entre onze heures et minuit. Le ciel était trés-obscur; je ny voyais pas briller une étoile. Je miaulai deux ou trois fois pour avertir que j'étais dans la rue; et comme personne ne venait ouvrir, je ne me contentai pas de recommencer, je me mis à contrefaire tous les différents cris de chat qu'un berger d’Olmedo m'avait appris; et je m'en acquittai si bien, qu'un voisin qui rentrait chez lui, me prenant pour un de ces animaux dont j'imitais les miaulements, ramassa un caillou qui se trouva sous ses pieds, et me le jeta de toute sa force, en disant : Maudit soit le matou ! Je reçus le coup à la tête, et j'en fus si étourdi dans le moment, que je pensai tomber à la renverse. Je sentis que j'étais bien blessé. Il ne m'en fallut pas davantage pour me dégoûter de la galanterie; et, perdant mon amour avec mon sang, je regagnai notre maison, vil je réveillai ct fis lever tout le monde. Mon maitre visita et pansa ma blessure, qu’il jugea dangereuse. Elle n'eut pas pourtant de mauvaises suites, et il n’y paraissait plus trois semaines après. Pendant tout ce temps-là je n’entendis point parler de Mergeline. Il est à croire que la dame Melancia, pour la détacher de moi, lui fit faire quelque bonne connaissance. Mais c'est de quoi je ne m’embarrassais guere, puisque je sortis de Madrid pour continuer mon tour d'Espagne, d’abord que je me vis parfaitement guéri.
(CHAP. VIL. — De la rencontre qu
qui trempait des croûtes de pain rent avec lal,
s et son compagnoa Brent d'un homme ‘une fontaine, et de l'entretien qu'ils ee
Le seigneur Diego de la Fuente me raconta d’autres aventures encore qui lui étaient arrivées depuis; mais elles me semblent si peu dignes d’être rapportées, que je les passerai sous silence '. Je fus pourtant obligé d'en entendre le récit,
* Ce passage oat fort remarquable. C'est ane cousare indirecte de la Vie de Mere