LIVRE fi, CHAP. I
prendre mes mesures là-dessus. L'avis me troubla : je ma représentai que si la chose était véritable, je courais risque de voir les prisons de Madrid, que je ne croyais pas plus agréables que les autres. Mon innocence ne pouvait me rassurer : mes disgrâces passées me faisaient craindre la justice. J'avais éprouvé deux fois que, si elle ne fait pas mourir les innocents, du moius elle observe si mal à leur égard les lois de l'hospitalité, qu'il est toujours fort triste de faire quelque séjour chez elle.
Je consultai Melendez dans une conjoncture si délicate. Il ne savait quel conseil me donner. S’il ne pouvait croire que mon maître fat un espion, il n'avait pas lieu non plus d’être ferme sur la négative. Je résolus d'observer le patron, et da Je quitter si je m'apercevais que ce fût effectivement un ennemi de l'État ; mais il me sembla que la prudence et l'agrément de ma condition demandaient que je fusse auparavant bien sûr de mon fait. Je commençai donc à examiner ses actions; et, pour le sonder : Monsieur, lui dis-je un soir, en le déshabillant, je ne sais comment il faut vivre pour #9 mettre à couvert des coups de langue. Le monde est bien méchant! Nous avons, entre autres, des voisins qui ne valent pas le diable. Les mauvais esprits! Vous ne devineries jamais de quelle manière ils parlent de nous. Bon, Gil Blas! me répondit-il. Eh! qu'en peuvent-ils dire, mon ami? Ah! vraiment, repris-je, la médisance ne manque point de matière; la vertu même lui fournit des traits. Nos voisins disent que nous sommes des gens dangereux, que nous méritons l'attention de la cour; en un mot, vous passes ici pour un espion du roi de Portugal !. En prononçant ces paroles, j‘envisageai mon maitre, comme Alexandre regarda son médecin *, et j'employai toute ma pénétration k déméler l'effet que mon
T'spagne. Voyes eur ortio époque ot les anschreniemes du mire note da chapitre v1, Livre IIL, el-aprés, l'avis en tte
‘Alexandre le Grand, ayant regu wpe lettre par laquelle on accusait sou médecin de voaloir l'empoisoaner en lei donnant une médecine, n'en prit pas moins le brun vage: et, apres l'avoir ba sens bésiter, ce prince remit la kllre as médacie, ec Le repardani sement, alla de Lire dans ses yeux La preuve de son crime ou de soa nao œuce.