‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 112 sur 429 · LIVRE IV, CHAPITRB IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV, CHAPITRB IV

eroyez plutôt qae vous seule ferez toujours ma joie et mon bonheur. Perdez donc une crainte vaine : faut-il qu'elle trouble des moments si doux? Ah! seigneur, reprit la fille de Léontio, dès que vous serez couronné, vos sujets pourront vous demander pour reine une princesse descendue d'une longue suite de rois, et dont l'hymen éclatant joigne de nouveaux États aux vôtres ; et peut-être, bêlas 1 rëpondrez-vous à leur attente, même aux dépens de vos plus doux vœux. Eh ! pourquoi, reprit Enrique avec emportement, pourquoi, trop prompte à vous tourmenter, vous faire une image affligeante de l'avenir ? Si le ciel dispose du roi, mon oncle, et me rend maître de la Sicile, je jure de me donner à vous dans Palermo, en présence de toute ma cour. J'en atteste tout ce qu'on reconnaît de plus sacré parmi nous.

Les protestations d'Enrique rassurèrent un peu la fille de Siffredi. Le reste de leur entretien roula sur la maladie du roi. Enrique fit voir la bonté de son naturel ; il plaignit le sort de son oncle, quoiqu'il n'eût pas sujet d'en être fort touché ; et la , force du sang lui fit regretter un prince dont la mort lui promettoit une couronne. Blanche ne savoitpas encore tous les malheurs qui la menaçoient. Le connétable de Sicile, qui Tavoit rencontrée comme elle sortoit de l'appartement de son père, un jour qu'il éloit venu au château de Belmonte pour quelques affaires importantes, en avoit été frappé. Il en fit dès le lendemain la demande à Siffredi, qui agréa sa recherche ; mais la maiadie de Roger étant survenue dans ce temps-là, ce mariage demeura suspendu, et Blanche n'en avoit point entendu parler.

Un matin, comme Enrique achevoit de s'habiller, il fut surpris de voir entrer dans son appartement Léontio suivi de Blanche. Seigneur, lui dit ce ministre, la nouvelle que je vous apporte aura de quoi vous affliger ; mais la consolation qui l'accompagne doit modérer votre douleur. Le roi votre oncle vient de mourir ; il vous laisse, par sa mort, héritier de son sceptre. La Sicile TOUS est soumise. Les grands du royaume attendent vos ordres à Palerme : ils m'ont chargé de les recevoir de votre bouche ; et je viens, seigneur, avec ma fille, vous rendre les premiers et les plus sincères hommages que vous doivent vos nouveaux sujets. Le prince, qui savoit bien que Roger, depuis deux mois, étoit attdnt d'une maladie qui le détruisoit peu à peu, ne fut pas étonné de cette nouvelle. Cependant, frappé du changement subit de sa condition, il sentit naître dans son cœur mille mou*

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