‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 139 sur 429 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Par quel incident Gil Bias sortit de chez la marquise de GhAves^

et ee qu'il deyint.

Il y avoit six mois que je demeurois chez la marquise de Ghaves, et j'étois fort content de ma condition. Mais la destin'o que j'avois à remplir ne me permit pas de faire un plus long séjour dans la maison de cette dame, ni même à Madrid. Voici Taventure qui m'obligea de m'en éloigner.

Parmi les femmes de ma maîtresse, il y en avoit une qa'«i appeloit Porcie. Outre qu'elle étoit jeune et belle, je la trouvai d'un si bon caractère, que je m'y attachai sans savoir qu'il me faudroit disputer son cœur. Le secrétaire de la marquise, hoonDe fier et jaloux, étoit épris de ma belle. Il ne s'aperçut pas plos tût de mon amour, que, sans chercher à s'éclaircir de quel CÛl Porcie me voyoit, il résolut de me faire tirer l'épée. Pour cet eSèt, il me donna rendez- vous un matin dans un endroit écarté. Gomme c'étoit un petit homme qui m'arrivoit à peine aux épaules, et qui me paroissoit très-foible, je ne le crus pas un rival fort dangereux. Je me rendis avec confiance au lieu où il m'avoit appelé. Je comptois bien de remporter une victoire aisée, et de m'en faire un mérite auprès de Porcie; mais l'événement ne répondit point à mon attente. Le petit secrétaire, qui avoit deux ou trois ans de salle, me désarma comme un enfant, et, me piésentant la pointe de son épée : Prépare-toi, me dit-il, à recevoir le coup de la mort, ou bien donne~moi ta parole d'honneur <pe tu sortiras aujourd'hui de chez la marquise de Ghaves, et que la ne penseras plus à Porcie. Je lui fis volontiers cette promesset et je la tins sans répugnance. Je me faisois une peine de parottre devant les domestiques de notre hôtel après avoir été vaincu, et surtout devant la belle Hélène qui avoit fait le sujet de notre combat. Je ne retournai au logis que pour y prendre tout oe^

1. Le sas est un tamis qu'un charlatan sait faire tourner et arrêter sur la per- Bonae qu'on soupçonne, etc.

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