LIVRE kY. CHAKTRB X
périls ce qaH y cberchoit, c'est-^-dire Ift fin de sa vie et de sm tounnents.
Après que la dame eut fait ce récit, le caractère singulier de son mari devint le sujet de notre entretien. Nous fûmes interrompus parFarrivée d'un courrier qui vint remettre à Séraphine une lettre du comte de Polan. Elle me demanda permission de la lire; et je remarquai qu'en la lisant elle devenoit pâle et trembUnte. Après l'avoir lue, elle leva les yeux aux ciel, poussa un long soupir, et son visage en un moment fut couvert de larmes. Je ne vis point tranquillement sa douleur. Je me troublai ; et, coffime si j'eusse pressenti le coup qui m'alloit frapper, une crainte mortelle vint glacer mes esprits. Madame, lui dis-je d'âne voix presque éteinte, puis-je vous demander quels malheurs vous annonce ce billet? Tenez, seigneur, me répondit tristement Séraphine en me donnant la lettre ; lisez vous-même ce que mon père m'écrit. Hélas! vous n'y êtes que trop intéressé.
A ces mots qnî me firent frémir, je pris la lettre en tremblant, et j'y trouvât ces paroles : « Don Gaspard, votre frère, se battit « hier an Prado. Il reçut un coup d'épée dont il est mort aujour- « d'haï ; et H a déclaré, en mourant, que le cavalier qui l'a tué <i est fils du baron de Steinbach, officier de la garde allemande. H Pour surcroit de mainour, le meurtrier m'est échap|)é. Il a « pris la fuite; mais en quelque lieu qu'il aille se cacher, je n'é- « pargnerai rien pour le découvrir. Je vais écrire à quelques « gouverneurs qui ne manqueront pas de le faire arrêter, s'il « passe par les villes de leur juridiction, et je vais, par d'autres < lettres, achever de lui fermer tous les chemins.
« Le comte de Polan. »
Figurez-vous dans quel désordre ce billet jeta tous mes sens. Je demeurai quelques moments immobile et sans avoir la force de parler. Dans mon accablement, j'envisage ce que la mort de don Gaspard a de cruel pour mon amour. J'entre tout à coup dans un vif désespoir. Je me jetai aux pieds de Séraphine, et, loi présentant mon épée nue : Madame, lui dis-je, épargnez au comte de Polan le soin de chercher un homme qui pourroit se dérober à ses coups. Vengez vous-même votre frère, immolez-lui son meurtrier de votre propre main : frappez. Que ce môme fer qui lui a ôté la vie devienne 'funeste à son malheureux ennemi. Sâgneur, me répondit Séraphine un peu émue de mon acUoa^
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j'aimois don Gaspard ; quoique vous l'ayez tuë eu brave homme, et qu'il se .soit attire lui-môme son malheur, vous devez être p6^ suadé que j'entre dans le ressentiment de mon père. Oui , don Alphonse, je suis votre ennemie, et je ferai contre vous tout œ que le sang et Tamitié peuvent exiger de moi : mais je n'abuserai point de votre mauvaise fortune ; elle a beau vous livrer à mi vengeance ; si l'honneur m'arme contre vous, il me défend aiiBfii de me venger lâchement. Les droits de l'hospitalité doivoit dkre inviolables, et je ne veux point payer d'un assassinat le service que vous m'avez rendu. Fuyez ; échappez, si vous pouvez, à nos poursuites et à la rigueur des lois, et sauvez votre tôte du péril qui la menace.
Eh quoi 1 madame, repris-je , vous pouvez vous-même vous venger, et vous vous en remettez à des lois qui tromperont peut* être votre ressentiment I Ah I percez plutôt un misérable qd se mérite pas que vous l'épargniez. Non, madame, ne gardez point avec moi un procédé si noble et si généreux. Savez-vous qui je suis? Tout Madrid me croit fîls du baron de Steinbach, et je ne suis qu'un malheureux qu'il a élevé chez lui par pitié. J'ignore même quels sont les auteurs de^ma naissance. N'importe, interrompit Séraphine avec précipitation, comme si mes dernières paroles lui eussent fait une nouvelle peine, quand vous seriez le dernier des hommes, je ferai ce que l'honneur me prescrit. £h bien ! madame, lui dis-je , puisque la mort d'un frère n'est pas capable de vous exciter à répandre mon sang, je veux irriter votre haine par un nouveau crime, dont j'espère que vous n'exco* serez point l'audace. Je vous adore : je n'ai pu voir vos charmes sans en être ébloui, et, malgré l'obscurité de mon sort, j'avois formé l'espérance d'être à vous. J'étois assez amoureux, ou plutôt assez vain pour me flatter que le ciel , qui peut-être me fait grâce en me cachant mon origine, me la découvriroit un jour, et que je pourrois, sans rougir, vous apprendre mon nom. Après cet aveu qui vous outrage, balancerez-vous encore à me punir? Ce téméraire aveu , répliqua la dame , m'offenseroit sans doute dans un autre temps , mais je le pardonne au trouble qui vous agite. D'ailleurs, dans la situation où je suis moi-même, je fiais peu d'attention aux discours qui vous échappent. Encore une fois , don Alphonse, ajouta-t-elle en versant quelques larmes, partez, éloignez-vous d'une maison que vous remplissez de douleur ; chaque moment que vous y demeurez augmente mes peines.