CHAPITRE XI
Quel homme c'étoit que le vieil ermite, et comment Gil Bias s'aperçut qu'il étoit en pays de connoissance.
Quand don Alphonse eut achevé le triste récit de ses malheurs, le vieil ermite lui dit : Mon fils, vous avez eu bien de l'imprudence de demeurer si longtemps à Tolède. Je regarde d'un autre œil que vous tout ce que vous m'avez raconté, et votre amour pour Séraphine me paroit une pure folie. Croyez-moi, ne vous aveuglez point ; il faut oublier cette jeune dame qui ne sauroit être à vous. Cédez de bonne grâce aux obstacles qui vous séparent d'elle, et vous livrez à votre étoile, qui, selon toutes les apparences, vous promet bien d'autres aventures. Vous trouverez sans doute quelque jeune personne qui fera sur vous la même impression, et dont vous n'aurez pas tué le frère.
Il alloit ajouter à cela beaucoup d'autres choses pour exhorter don Alphonse à prendre patience, lorsque nous vîmes entrer dans l'ermitage un autre ermite chargé d'une besace fort enflée. D revenoit de faire une copieuse quête dans' la ville de Cuença. U paroissoit plus jeune que son compagnon, et il avoit une barbe rousse et fort épaisse. Soyez le bienvenu, frère Antoine, lui dit le vieil anachorète : quelles nouvelles apportez-vous d^ \w nnW^'I