LIVRE V, CHAPITRE 1. 28î
Gomme Morales achevoit de parler, Jérôme de Moyadas entra. Je viens, me dit-il, de tout disposer pour votre mariage ; vous serez mon gendre dès ce soir. Votre valet, ajouta-t-il, doit vous avoir conté ce qui vient d'arriver. Que dites-vous de l'effronterie du fripon qui m'a voulu persuader qu'il étoit fils du correspondant de mon frère? Morales étoit bien en peine de savoir eomment je me tirerois de ce mauvais pas, et il ne fut pas peu surpris de m'entendre, lorsque, regardant tristement Moyadas, je répondis d'un air ingénu à ce bourgeois : Seigneur, il ne tiendroit qu'à moi de vous entretenir dans votre erreur et d'en profiter ; mais je sens que je ne suis pas né pour soutenir un mensonge. Il faut vous faire un aveu sincère. Je ne suis point Ois de Juan Vêlez de la Membrilla*. Qu'en tends-je? interrompit le vieillard avec autant de précipitation que de surprise. £hl quoi,
vous n'êtes pas le jeune homme à qui mon frère De grâce,
seigneur, interrompis-je aussi, puisque j'ai commencé un récit fidèle et sincère, daignez m'écouler jusqu'au bout. Il y a huit jours que j'aime votre fille, et que l'amour m'arrête à Merida. Hier, après vous avoir secouru, je me préparois à vous la demander en mariage; mais vous me fermâtes la bouche, en m'apprenant que vous la destiniez à un autre. Vous me dîtes que votre frère, en mourant, vous conjura de la donner à Pedro de la Membrilla; que vous le lui promîtes, et qu'enfin vous étiez esclave de votre parole. Ce discours, je l'avoue, m'accabla; et mon amour, réduit au désespoir, m'inspira le stratagème dont je me suis servi. Je vous dirai pourtant que je me le suis secrètement reproché ; mais j'ai cru que vous me le pardonneriez quand je vous le découvrirois, et quand vous sauriez que je suis un prince italien qui voyage incognito. Mon père est souverain de certaines vallées qui sont entre les Suisses, le Milanez et la Savoie. Je m'imaginois même que vous seriez agréablement surpris lorsque je vous révélerois ma naissance, et je me faisois un plaisir d'époux délicat et charmé, de la déclarer à Florentine après l'avoir épousée. Le ciel, pôursuivis-je en changeant de ton, n'a pas voulu permettre que j'eusse tant de joie. Pedro de la Membrilla paroît; il faut lui restituer son nom, quelque chose qu'il m'en coûte à le lui rendre. Votre promesse vous engage à le choisir pour votre gendre; je ne puis qu'en gémir; je ne puis m'en
1 . C'est ici que commence une nouvelle fourberie, dont il n'y a point trace dans Crispin rival de son Maître,
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plaindre; toi» devez me lé préférer sans avoir ^anf k mon rang, sans avoir pitié de la situation craelleoù'voii» m^àDez réduire. Je ne vous représenterai point que. votre firère n'étoil cp» l'oncle de votre fille, que vous en êtes le père, et qu'il aivoit plus juste de vous acquitter envers moi de Tofaligalioi!» que vous m'avez, que dS vous piquer de Tfaonneur de tenir mie pmlÊtqâ ne vous lie que foiblement.
Oui, sans doute, cela est bien plus juste, 8*éeria Jërtoii db Moyadas ; aussi je ne prétends point balancer entre vous et Pedro de la Membriila. Si mon frère Augustin vivoit encore, il m trouveroit pas mauvais que je donnasse la préférence à m bomme qui m'a sauvé la vie, et, qui plus est, à un prince qui m dédaigne pas mon alliance et veut bien descendre jusqult fl faudroit que je fbsse ennemi de mon bonheur, et que j'( entièrement perdu l'esprit, si je ne vous donnois pas ma fille^ et si je ne pressois pas môme un mariage si avantageux poar aill. Seigneur, repris-je, n'agissez point par impétuosité, ne ftiitt rien qu'après une mûre délibération ; ne consulter que vos seofe
intérêts; et, malgré la noblesse de mon sang Vous vous OMh
quez de moi, interrompit-il, dois-je hésiter un moment T NoB, mon prince; et je vous" supplie de vouloir bien, dès ce soir, ha*norer de votre main Theureuse Florentine. Eh bien I lui di&^ soit : allez vous-même lui porter cette nouvelle, et l'instruire- de son destin glorieux.
Tandis que le bon boui^eois s'empressoit d'aller dire à sa fifie qu'elle avoit fait la conquête d'un prince. Morales, qui avait entendu toute la conversation, se mit à genoux devant moi, €t me dit : Monsieur le prince italien, fils du souverain des vallées qui sont entre les Suisses, le Milanez et la Savoie, souffrez qae je me jette aux pieds de Votre Altesse, pour lui témoigner le ravissement où je suis. Foi de fripon, je vous regarde comme m prodige. Je me croyois le premier homme du monde; mais firaichement je mets pavillon bas devant vous, quoique vous ayei moins d'expérience que moi. Tu n'as donc'plus, lui dis-je, d'inquiétude? Ohl pour cela, non, répondit-il; je ne crains plus le seigneur Pedre; qu'il vienne présentement ici tûnt qu'il lai plaira. Nous voilà, Morales et moi, fermes sur nos étriers. Nons commençâmes à régler la route que nous prendrions avec la dot» sur laquelle nous comptions si bien, que, si nous l'eussions déjà touchée, nous n'aurions pas cru être plu? sûrs, de l'avouRs Noos