LIVRE V, CHAPITRE I. 3i
Ut de s'approprier finement le bien du prochain. Us voulurent ivoir si j*avois des principes ; mais je leur montrai bien des iurs qu'ils ignoroient, et qu'ils admirèrent. Ils furent encore lus étonnés, lorsque, méprisant la subtilité de ma main, comme De chose trop ordinaire, je leur dis que j'excellois dans les foureries qui demandent de l'esprit. Pour le leur persuader, je leur acoDtai l'aventure de Jérôme de Moyadas, et, sur le simple récit pie j'en fis, ils me trouvèrent un génie si supëriour, qu'ils me choisirent d'une commune voix pour leur chef. Je justifiai bien leur choix par une infinité de friponneries que nous fîmes, et dimt je fus, pour ainsi parler, la cheville ouvrière. Quand nous avions besoin d'une actrice pour nous seconder, nous nous servions de Camille, qui jouoit à ravir tous les rples qu'on lui donnoit.
Dans ce temps-là, notre confrère Ambroise fut tenté de revoir SI patrie. Il partit pour la Galice, en nous assurant que nous pouvions compter sur son retour. Il contenta son envie ; et comme flfifen revenoit, étant allé à Burgos pour y faire quelque coup , «n hôtelier de sa connoissance le mit au service du seigneur Gil Has de Santillane, dont il n'oublia pas de lui apprendre les aflkires. Seigneur Gil Bias, poursuivit don Raphaël en m'adres- 8int la parole, vous savez de quelle manière nous vous dévalisâmes dans un hôtel garni de Valladolid ; je ne doute pas que vous n'ayez soupçonné Ambroise d'avoir été le principal instrument de ce vol, et vous avez eu raison. Il vint nous trouver en arrivant; il nous exposa l'état où vous étiez, et messieurs les entrepreneurs se réglèrent là-dessus. Mais vous ignorez les suites <le cette aventure ; je vais vous en instruire. Nous enlevâmes, Ambroise et moi, votre valise; et, tous deux, montés sur vos œules, nous prîmes le chemin de Madrid, sans nous embarnaser de Camille ni de nos camarades , qui furent sans doute anssi surpris que vous de ne nous pas revoir le lendemain.
Nous changeâmes de dessein îa seconde journée. Au lieu d'aller à Madrid, d'où je n'étois pas sorti sans raison, nous passâmes parZebreros, et continuâmes notre route jusqu'à Tolède. Notre premier soin, dans cette ville, fut de nous habiller fort proprement; puis, nous donnant pour deux frères galiciens qui voyageoient par curiosité, nous connûmes bientôt de fort honnêtes gens.. J'étois si accoutumé à faire l'homme de qualité, qu'on s'y méprit aisément ; et, comme on éblouit d'ordinaire pax \^ ^<^
pense, nous jetâmes de la poudre aux yeux de tout le monde par les fêtes galantes que nous commençâmes à donner aux dames. Parmi les femmes que je voyois, il y en eut une qui me toucha. Je la trouvai plus belle que Camille et beaucoup plus jeune. Je voulus savoir qui elle éloit ; j*appris qu'elle se nommoit Violante, et qu'elle avoit épousé un cavalier qui, déjà las de ses caresses, couroit après colles d'une courtisane qu'il aimoit. Je n'eus pas besoin qu'on m'en dit davantage , pour me déterminer à établir Violante dame souveraine de mes pensées.
Elle ne tarda guère à s'apercevoir de sa conquête. Je commençai à suivre partout ses pas, et à faire cent folies pour lui persuader que je ne demandols pas mieux que de la consoler des infidélités de son époux. La belle Qt là-dessus ses réflexions, qui furent telles, que j'eus enOn le plaisir de connoitre que mes intentions étoient approuvées. Je reçus d'elle un billet en réponse de plusieurs que je lui avois fait tenir par une de ces vieilles, qui sont d'une si grande commodité en Espagne et en Italie. La dame me mandoit que son mari soupoit tous les soin chez sa maîtresse, et ne revcnoit au logis que fort tard. Je compris bien ce que cela signifioit. Dès la même nuit j'allai sous le» fenêtres de Violante, et je liai avec elle une conversation des plus tendres. Avant que de nous séparer, nous convînmes que toutes les nuits, à pareille heure, nous pourrions nous entretenir de la même manière, sans préjudice de tous les autres actes de galun* terie qu'il nous seroit permis d'exercer le jour.
Jusque-là don Baltazar (ainsi se nommoit l'époux de Violante) en avoit été quitte à bon marché; mais je voulois aimer physiquement, et je me rendis un soir sous les fenêtres de la dame, dans le dessein de lui dire que je ne pouvois plus vivre, si je n'avois un tête-à-tête avec elle dans un lieu plus convenable à l'excès de mon amour; ce que je n'avois pu encore obtenir d'elle. Mais comme j'arrivois, je vis venir dans la rue un homme qui sembloit m'observer. En effet, c'étoit le mari qui revenoit de chez sa courtisane de meilleure heure qu'à Tordinaire, et qui, remarquant un cavalier près de sa maison, au lieu d'y entrer, se promenoit dans la rue. J'y demeurai quelque 'temps incertain de ce que je devois faire. Enfin, je pris le parti d'aborder don Baltazar, que je ne connoissois point, et dont je n'étois pas connu. Seigneur cavalier, lui dis-je, laissez-moi, je vous prie, la rue libre pour cette nuit; j'aurai une autre fois la