LIVRE V, CHAPITRE
nplaisance pour vous. Seigneur, me rëpondit-il, j'allois ) la môme prière. Je suis amoureux d*une fîlle que son
soigneusement garder, et qui demeure à vingt pas souhaiterois qu*il n'y eût personne dans la rue. 11 y a,
moyen de nous satisfaire tous deux sans nous incomar, ajoutaî-je en lui montrant sa propre maison, la je s«rs loge là. Il faut môme que nous nous secourions, si autre vient à ôtre attaqué. J*y consens, repartit- il; je m rendez-vous, et nous nous épaulerons, s'il en est be- 3S mots, il me quitta, mais c'étoit pour mieux m*ob- » que l'obscurité de la nuit lui permettoit de faire 3nt.
oi, je m'approchai de bonne foi du balcon de Violante, t bientôt, et nous commençâmes à nous entretenir. Je lai pas de presser ma reine de m'accorder un entretien QS quelque endroit particulier. Elle résista un peu à Qces, pour augmenter le prix de la grâce que je demans me jetant un billet qu'elle tira de sa poche : Tenez, le, vous trouverez dans cette lettre la promesse d'une tt vous m'importunez tant. Ensuite elle se retira, parce re à laquelle son mari revenoit ordinairement approserrai le billet, et je m'avançai vers le lieu où don m'avoit dit qu'il avoit affaire. Mais cet époux, qui t bien aperçu que j'en voulois à sa femme, vint au- I moi, et me dit : Eh bien! seigneur cavalier, ôtes-vous e votre bonne fortune? J'ai sujet de l'être, lui répon- . vous, qu'avez- vous fait? l'amour vous a-t-il favorisé? n, repartit-il : le maudit frère de la beauté que j'aime iour d'une maison de campagne d'où nous avions cru eviendroit que demain. Ce contre-temps m'a sevré du nt je m'étois flatté.
ous fîmes, don Baltazar et moi, des protestations d'ànous nous donnâmes rendez-vous le lendemain matin rande place. Ce cavalier, après que nous nous fûmes mtra chez lui, et ne fit nullement connoitre à Violante de ses nouvelles. Il se trouva le jour suivant dans la ace; j'y arrivai un moment après lui. Nous nous saec des démonstrations d'amitié aussi perfides d'un côté res de l'autre. Ensuite l'artificieux don Baltazar me fit e confidence de son intrigue avec la dame dont il m'^<-
voit parlé la nuit précédente. Il me raconta là-dessus une longue fable qu'il avoit composée, et tout cela pour m'engager à lui dire à mon tour de quelle façon j'avois fait connoissance avec Violante. Je ne manquai pas de donner dans le piège : j'avouai tout avec la plus grande franchise du monde. Je montrai même le billet que j'avois reçu d'elle, et je lus ces paroles qu'il contenoit : « J'irai demain dîner chez dona Inès. Vous savez où elle '( demeure. C'est dans la maison de cette fidèle amie que je '■ prétends avoir un tête-à-tête avec vous. Je ne puis vous ( refuser plus longtemps cette faveur que vous me paroissez A mériter. »
Voilà, dit don Ballazar, un billet qui vous promet le prix de vos feux. Je vous félicite par avance du bonheur qui vous attend. Il ne laissoit pas, en parlant de la sorte, d'être un pen déconcerté ; mais il déroba facilement à mes yeux son trouble et son embarras. J'étois si plein de mes espérances, que je ne me mettois guère en peine d'observer mon confident, qui fut obligé toutefois de me quitter, de peur que je ne m'aperçusse enfin de son agitation. Il courut avertir son beau-frère de cette aventure. J'ignore ce qui se passa entre eux; je sais seulement que don Ballazar vint frapper à la porte de dona Inès dans le temps que j'étois chez cette dame avec Violante. Nous sûmes que c'ëtoit lui, et je me sauvai par une porte de derrière avant qu'il fut entré. D'abord que j'eus disparu, les femmes, que l'arrivée imprévue de ce mari avoit un peu troublées, se rassurèrent, et le reçurent avec tant d'effronterie, qu'il se douta bien qu'on m'avoit caché ou fait évader. Je ne vous dirai point ce qu'il dit à dona Inès et à sa femme; c'est une chose qui n'est pas venue à ma connoissance.
Cependant, sans soupçonner encore que je fusse la dupe de don Baltazar, je sortis en le maudissant, et je retournai à la grande place, où j'avois donné rendez- vous à Lamela. Je ne l'y trouvai point. Il avoit aussi ses petites affaires, et le fripon étoit plus heureux que moi. Comme je l'altendois, je vis arriver mon perfide confident, qui avoit un air gai. Il me joignit, et me demanda en riant des nouvelles de mon tétc-à-tête avec ma nymphe chez dona Inès. Je ne sais, lui dis-je, quel démon jaloux de mes plaisirs se plaît à les traverser; mais tandis que, seul avec ma dame, je la pressois de faire mon bonheur, son mari, que le ciel confonde, est venu frapper k la porte de la maison. Il a fallc
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promptement songer à me retirer. Je suis sorti par une porte de derrière, en donnant à tous les diables le fâcheux qui rompoit toutes mes mesures. J'en ai un véritable chagrin, s'écria don Baltazar, qui sentoit une secrète joie de voir ma peine Voilà un impertinent mari : je vous conseille de ne lui point faire de quartier. Oh I je suivrai vos conseils, lui répliquai-je, et je puis vous assurer que son honneur passera le pas cette nuit. Sa femme, quand je l'ai quittée, m'a dit de ne me pas rebuter pour si peu de chose; que je ne manque pas de me rendre sous ses fenêtres de meilleure heure qu-'à l'ordinaire ; qu'elle est résolue à me faire entrer chez elle, mais qu'à tout hasard j'aie la précaution de me faire escorter par deux ou trois amis, de crainte de surprise. Que cette dame est prudente! dit-il. Je m'offre à vous accompagner. Ah! mon cher ami, m'écriai-je tout transporté de joie, en jetant mes bras au cou de don Baltazar, que je vous ai d'obligation! Je ferai plus, reprit-il; je connais un jeune homme qui est un César : il sera de la partie, et vous pourrez alors vous reposer hardiment sur une pareille escorte.
Je ne savois que dire à ce nouvel ami pour le remercier, tant j'étois charmé de son zèle. Enfin, j'acceptai les secours qu'il m'offroit; et, nous donnant rendez- vous sous le balcon de Violante, à l'entrée de la nuit, nous nous séparâmes. Il alla trouver son beau-frère, qui étoit le César en question; et moi, je me promenai jusqu'au soir avec Lamela, qui, bien qu'élormé de l'ardeur avec laquelle don Baltazar entroit dans mes intérêts, ne s'en défia pas plus que moi. Nous donnions tête baissée dans le panneau. Je conviens que cela n'étoit guère pardonnable à des gens comme nous. Qu^nd je jugeai qu'il étoit temps de me pré» senter devant les fenêtre? de Violante, Ambroise et moi nous y parûmes armés de bonnes rapières. Nous y trouvâmes le mari de ma dame avec un autre homme; ils nous attendoient de pied ferme. Don Baltazar m'aborda, et, me montrant son beau-frère, il me dit : Seigneur, voici le cavalier dont je vous ai tantôt vanté la bravoure. Introduisez-vous chez votre maîtresse, et qu'aucune inquiétude ne vous empêche de jouir d'une parfaite félicité.
Après quelques compliments de part et d'autre, je frappai à la porte de Violante. Une espèce de duègne vint ouvrir. J'entrai ; et, sans prendre garde à ce qui se passoit derrière moi, je m'avançai dans une saiie où étoit cette damo Pendant q^ue [^ la
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saluois, les deux traîtres qui m'avoient suivi dans la maison, el qui en avoient fermé la porta si brusquement après eux qu'Ambroise étoit resté dans la rue, S9 dJcouv rirent. Vous vous imaginez bien qu'il en fallut alors découdre li-^ me chargèrent toos deux en même temps ; mais je leur fis voir du pays. Je les occupai Tun et Tautre de manière qu'ils se repentirent peut-être de n'avoir pas pris une voie plus sûre pour se venger. Je perçai répoux. Son beau-frère, le voyant hors de combat, gagna la porte, que la duègne et Violante a voient ouverte pour se sauver tandis que nous nous battions. Je le poursuivis jusque dans la rue, où je rejoignis Lamela, qui, n'ayant pu tirer un seul mot des femmes qu'il avoit vues fuir, ne sa voit précisément ce qu'il de voit juger du bruit qu'il venoit d'entendre. Nous retournâffles à notre auberge. Nous primes ce que nous avions de meilleur; et, montant sur nos mules, nous sortîmes de la ville sans atteodre le jour.
Nous comprîmes bien que cette affaire pourroit avoir des suites, et qu'on feroit dans Tolède des perquisitions que nous n'avions pas tort de prévenir. Nous allâmes coucher à Villarubia. Nous logeâmes dans iine hôtellerie où , quelque temps après nous, il arriva un marchand de Tolède qui alloit à Ségorbe. Nous soupâmes avec lui. Il nous conta l'aventure tragique du mari de Violante ; et il étoit si éloigné de nous soupçonner d'y avoir part, que nous lui fîmes hardiment toutes sortes de questions. Messieurs, nous dit-il , comme je partois ce matin , j'ai appris ce triste événement. On cherchoit partout Violante; et l'on m'a dit que le corrégidor, qui est parent de don Baltazar, a résolu de ne rien épargner pour découvrir les auteurs de ce meurtre. Voilà tout ce que je sais.
Je ne fus guère alarmé des recherches du corrégidor de Tolède. Cependant je formai la résolution de sortir promptement de la Castille nouvelle. Je fis réflexion que Violante retrouvée avoueroit tout, et que, sur le portrait qu'elle feroit de ma personne à la justice, on mettroit des gens à mes trousses. Gela fut cause que dès le jour suivant nous évitâmes le grand chemin par précaution. Heureusement Lamela connoissoit les trois quarts de l'Espagne, et savoit par quels détours nous pouvions sûrement nous rendre en Aragon. Au lieu d'aller tout droit à Cueoça, nous nous engageâmes dans les montagnes qui S3nt devant cette ville; et, par d'^s sentiers qui n'étoient pas inconnus à mon