‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 199 sur 429 · LIVRE VII, CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VII, CHAPITRE VI

Après avoir achevé mon récit, que je finis par la chambre que f avois louée, on vint avertir qu'on avoit servi. Je voulus aussitôt me retirer pour aller diner à mon auberge ; mais Laure m'arrêta. Quel est votre dessein, mon frère ? me dit-elle. Vous dînerez avec moi. Je ne souffrirai pas même que vous soyez plus longtemps dans une chambre garnie. Je prétends que vous mangiez dans ma maison, et que vous y logiez. Faites apporter vos hardes ce soir ; il y a ici un lit pour vous.

Le seigneur portugais, à qui peut-être cette hospitalité ne faisoit pas plaisir, prit alors la parole, et dit à Laure : Non, Estelle, vous n'êtes pas logée ici assez commodément pour recevoir quelqu'un chez vous. Votre frère, ajouta-t-il, me paroît un joli garçon ; et l'avantage qu'il a de vous tf)ucher de si près m'intéresse pour lui. Je veux le prendre à mon service. Ce sera celui de mes secrétaires que je chérirai le plus ; j'en ferai mon homme de confiance. Qu'il ne manque pas de venir dès cette nuit coucher chez moi : j'ordonnerai qu'on lui prépare un logement. Je lui donne quatre cents ducats d'appointements ; et si dans la suite j'ai sujet, comme je Tespère, d'être content de lui, je le mettrai en état de se consoler d'avoir été trop sincère avec son archevêque.

Les remercîments que je fis là-dessus au marquis furent suivis de ceux de Laure, qui enchérirent sur les miens. Ne parlons plus de cela, interrompit-il ; c'est une affaire finie. En achevant •ces paroles, il salua sa princesse de théâtre, et sortit. Elle me fit aussitôt passer dans un cabinet, où, se voyant seule avec moi : J'étoufferois, s'écria-t-elle, si je résistois plus longtemps à l'envie que j'ai de rire. Alors elle se renversa dans un fauteuil; et, se tenant les côtés, elle s'abandonna comme une folle à des ris immodérés. Il me fut impossible de ne pas suivre son exepiple : et, quand nous nous en fûmes bien donné : Avoue, Gil Bias, me dit-elle, que nous venons de jouer une plaisante comédie! Mais je ne m'atteadois pas au dénoûment. J'avois dessein seulement de te ménager une table et un logement; et, pour te les offrir avec bienséance, je t'ai fait passer pour mon frère. Je suis ravie que le sort t'ait présenté un si bon poste. Le marquis de Marialva est un seigneur généreux, qui fera plus encore pour ioi qu'il n'a promis de faire. Une autre que moi, poursuivit-elle, n'auroit peut-être pas reçu si gracieusement un homme qui quitte ses amis sans leur dire adieu. Mais je suis de ces bonnes

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pâtes de filles qui revoient toujours avec plaisirim fripon qii*ilfli

ont aimé.

Je demeurai d'accord de bonne foi de mon impolitesse, et ji lui en demandai pardon. Après quoi elle me conduisit dans salle à manger très-propre. Nous nous mîmes à table; et, nous avions pour témoins une femme de chambre et on laqnak, nous nous traitâmes de frère et de sœur. Lorsque nous eûiMi dîné, nous repassâmes dans le même cabinet où nous nous ëtins entretenus. Là mon incomparable Laure, se livrant à toute a gaieté naturelle, me demanda compte de tout ce qui m'ëtoit ani^ depuis notre séparation. Je lui en fis un fidèle rapport; et, quand j'eus satisfait sa curiqsité, elle contenta la mienne, en me fiusiot le récit de son histoire dans ces termes.

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