LIVRE VII, CHAPITRE VII
arentoiB. Je m'attirai les regards de plusieurs cavaliers. Il y en eot qui voulurent sonder le gué. Ils firent parler à ma vieille bôtesse; mais les uns n'avoient pas de quoi fournir aux frais d*un établissement, et les autres n'avoient pas encore pris la robe wile, ce qui suffisoit pour m'ôter toute envie de les écouter, i'en savois les conséquences. Un jour il nous vint en fantaisie, à Dorothée et à moi, d'aller voir jouer les comédiens de Seville, fis avoient affiché qu'ils représenteroient La famosa Comedia^ éi Bmbaxador de si-mismo *, composée par Lope de Vega Garpio.
Parmi les actrices qui parurent sur la scène, je démêlai une
de mes anciennes amies. Je reconnus Phénice, cette grosse réjouie
qoe tu as vue femme de chambre de Florimonde, et avec qui tu
asqudquefois soupe chez Arsénié. Je savois bien que Phénice
âoiihors de Madrid depuis plus de deux ans, mais j'ignorois
qu'elle fût comédienne. J'avois une impatience de l'embrasser
qoi me fit trouver la pièce fort longue. C'étoit peut-être aussi la
inite de ceux qui la représentoient, et qui ne jouoient pas assez
bioD ou assez mal pour m'amuser. Car pour moi \uï suis une
rieuse, je t'avouerai qu'un acteur parfaitement ridicule ne me
divertit pas moins qu'un excellent.
Enfin, le moment que j'attendois étant arrivé, c'est-à-dire la fin de la famosa Comedia, nous allâmes, ma veuve et moi, derrière le théâtre, où nous aperçûmes Phénice qui faisoit la tout aimable et écoutoit en minaudant le doux ramage d'un jeune oiseau qui s'étoit apparemment laissé prendre à la glu de sa déclamation. Sitôt qu'elle m'eut remarquée, elle le quitta d'un air gracieux, vint à moi les bras ouverts et me ût toutes les amitiés imaginables : de mon côté, je l'embrassai de tout mon cœur. Nous nous témoignâmes mutuellement la joie que nous avion: de nous revoir : mais le temps et le lieu ne nous permettant pas de nous répandre en de longs discours, nous remîmes au lendemain à nous entretenir chez elle plus amplem ent.
Le plaisir de parler est une des plus vives passions des femmes, et particulièrement la mienne. Je ne pus fermer l'œil de toute la nuit, tant j'avois envie d'être aux prises avec Phénice et de lui faire questions sur questions. Dieu sait si je fus paresseuse à me lever pour me rendre où elle m'avoit enseigné qu'elle demeuroit! Elle étoit logée avec toute la troupe dans un grand hôtel garni.