I. L'ambassadeur de soi-mcme
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Une servante que je rencontrai en ratrant, et qoe je priai de 00 conduire à Tappartement de Phénice, me fit monter à un emàor, le long duquel régnoient dix à douze petites chambres, sé^ parées seulement par des cloisons de sapin et occupées par la bande joyeuse. Ma conductrice frappa à une porte que niénce, à qui la langue démangeoit autant qu'à moi, vint ouvrir. A peioe nous donnâmes-nous le temps de nous asseoir pour caquelor. Nous voilà en train d'en découdre. Nous avions à nous inteno» ger sur tant de choses, que les demandes se succédoient vrae une volubilité surprenante.
Après avoir raconté nos aventures de part et d'autre et «m être instruites de l'état présent de nos affaires, Phénice me demanda quel parti je voulois prendre; car enfin, me dit^Ile,il faut bien faire quelque chose : il n'est pas permis à une persomiB de ton âge d'être inutile dans la société. Je lui répondis ip» j'avois résolu, en attendant mieux, de me placer auprès de qjîelque fille de qualité. Fi donc 1 s'écria mon amie, tu n'y pemn pas. Est-il possible, ma mignonne, que tu ne sois pas encoredégoûtée de la servitude? N'es-tu pas lasse de te voir sowa^ aux volontés des autres, de respecter leure caprices, de f eatendre gronder, en un mot d'être esclave? Que u'embraases-ta plutôt, à mon exemple, la vie comique? Rien n'est plus convenable aux personnes d'esprit qui manquent de bien et de naissance. C'est un état qui tient un milieu entre la noblesse et la bourgeoisie, une condition libre et affranchie des bienséances les plus incommodes de la vie civile. Nos revenus nous sont payés en espèces par le public qui en possède le fonds. Nous vivons toujours dans la joie et dépensons notre argent comme nous le gagnons.
Le théâtre, poursuivit-elle, est favorable surtout aux femmes. Dans le temps que je demeurois chez Florimonde, j'en rougis quand j'y pense, j'étois réduite à écouter les gagistes de la troape du prince ; pas un honnête homme ne faisoit attention à ma figure. D'où vient cela ? C'est que je n'étois point en vue. Le plus beau tableau qui n'est pas dans son jour ne frappe point Mais depuis que je suis sur mon piédestal, c'est-à-dire sur la scène, quel changemeat I Je vois à mes trousse la plus brillante jeunesse des villes par où nous passons. Une comédienne a donc beaucoup d'agrément dans son métier. Si elle est sage, je veu: dire que si elle ne favorise qu'un amant à la fois, cela lui ait