‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 277 sur 429 · S <£^H. BLIS · texte numérisé non relu

S <£^H. BLIS

Ramire s'acquitta de sa commission avec tant de diligeiioe, qu'il arriva trois heures après moi à Plazencia. II me dit que dona Eleonor avoit été plus réjouie qu'affligée d'un combat qui réparoit l'affront que j'avois reçu au premier, et qu'elle m'envoyoit tout son or et toutes ses pierreries pour me faire voyager agréablement dans les pays étrangers, en attendant qu'elle eàt i accommodé mon affaire.

Pour supprimer les circonstances superflues, je vous dirai que je traversai la Castille nouvelle pour aller dans le royaume de Valence m'embarquer à Dénia. Je passai en Italie, où je me mis en état de parcourir les cours et d'y paroitre avec agrément.

Tandis que, loin de mon Hélène, je me disposois à tromper, autant qu'il me seroit possible, mon amour et mes ennuis, cette dame, à Coda, pleuroit en secret mon absence. Aulieud'applaodir aux poursuites que sa famille faisoit contre moi au sujet de la mort d'Olighera, elle souhaitoit au contraire qu'un prompt accommodement les fit cesser et hâtât mon retour. Six mois s'étoient déjà écoulés depuis qu'elle m' avoit perdu, et je crois que sa constance auroit toujours triomphé du temps, si elle n'eât eu que le temps à combattre; mais elle eut des ennemis encore plus puissants. Don Bias de Gombados, gentilhomme de la côte occidentale de Galice, vint à Coria recueillir une riche succession qui lui avoit été vainement disputée par don Miguel de Caprara, son cousin, et il s'établit dans ce pays-là, le trouvant plus agréable que le sien. Gombados étoit bien fait. Il paroissoit doux et poli, et il avoit l'esprit du monde le plus insinuant, li eut bientôt fait connoissance avec tous les honnêtes gens do la ville, et sut toutes les affaires des uns et des autres.

Il n'ignora pas longtemps que don George avoit une fille dont la beauté dangereuse sembloit n'enflammer les hommes quepour leur malheur. Cela piqua sa curiosité; il eut envie de voir une dame si redoutable. Il rechercha pour cet effet l'ami de son père, et sut si bien la gagner, que le vieillard, le regardant déjà comme un gendre, lui donna l'entrée de sa maison, et la liberté de parler en sa présence à dona Helena. Le Galicien ne tarda guère à devenir amoureux d'elle : c'étoit un sort inévitable II ouvrit son cœur à don George, qui lui dit qu'il agréoit sa recherche, mais que ne voulant pas contraindre sa fille, il la laissoit maitresse de sa main. Là-dessus, don Bias mit en usage toutes les

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