‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 305 sur 429 · I . La maSiott dea comédieBa · texte numérisé non relu

I . La maSiott dea comédieBa

S. U n'y a jamaia eu de poète eipagnol qui s'appelât Triaquero. Ce n'est que jMiir avoir lieu d'attaquer Voltaire sous ce nom peu flatteur que Le Sage a conç Idée de l'épisode contenu dans le chapitre qu'on va lire. Triaquero veut dire jendeur de thiriaque, en viaui français, triadeur, et en langage moderne, ekar-

Ô50 GIL OLAS.

Gabriel Triaquero, surnommé le poëte à la mode. Dès que Tai- (iche des comédiens annonce une nouveauté de cet auteur, tenta la ville de Valence est en Tair. Les hommes ainsi que les femme» ne s'entretiennent que de cette pièce : toutes les loges sont retenues ; et le jour de la première représentation , on se tue à k porte pour entrer, quoique toutes les places soient au double, k la réserve du parterre, qu*on respecte trop pour oser le mettre de mauvaise humeur. Quelle rage! dis-je au gouverneur. Cette vive curiosité du public , cette furieuse impatience qu'il a d'entendre tout ce que don Gabriel produit de nouveau , me donne une haute idée du génie de ce poète. N'allez pas si vite, répondit don Alphonse; il faut être en garde contre la prévention; le public s'aveugle quelquefois sur des pièces où il y a de faux brillants, et il n'en connoît le prix qu'après l'impression.

Dans cet endroit de notre conversation, les acteurs parurent. Nous cessâmes aussitôt de parler, pour les écouter avec attention. Les applaudissements commencèrent dès la protase; k chaque vers c'étoit un brouhaha, et à la un de chaque acte on battement de mains à faire croire que la salle s*abimoit. AprèB la pièce, on me montra l'auteur, qui alloit de loge en loge présenter modestement sa tète aux lauriers dont les seigneurs et les dames se préparoient à la couronner.

Nous retournâmes au palais du gouverneur, où bientôt arrivèrent trois ou quatre chevaliers. Il y vint aussi deux vieux auteurs estimés dans leur genre, avec un gentilhomme de Madrid qui avoit de l'esprit et du goût. Ils avoient tous été à la comédie. Il ne fut question pendant le souper que de la pièce nouvelle. ?>ïessieurs, dit un chevalier de Saint-Jacques, que pensez-vous (le cette tragédie? N'en êtes -vous pas affectés comme moi? n'est-ce pas là ce qui s'appelle un ouvrage achevé ? Pensées sublimes, tendres sentiments, versification virile, rien n'y manque. £n un mot, c'est un poëme sur le ton de la bonne compagnie. Je ne crois pas que personne en puisse penser autrement , dit un chevalier d' Alcantara. Cette pièce est pleine de tirades qu'Apollon semble avoir dictées et de situations filées avec un art infini. Je m'en rapporte à monsieur, ajouta-t-il en adressant la parole au gentilhomme castillan ; il me paroît connoisseur; je parie qu'il est de mon sentiment. Ne pariez point, monsieur le chevalier, lui répondit le gentilhomme avec un souris malin. Je ne suis pas de ce pays-ci : nous ne décidons pointa

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