‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 3)Chapitre 343 sur 429 · Î98 «II · texte numérisé non relu

Î98 «II

Quand j'aurai mis là dedans du poivre, du 8el, du vin, unpaqoH do fines herbes et quelques autres ingrédients que j'emploie dans mes sauces, j'espère que je vous servirai un ragoût digne d'an contador mayor.

L'Iiôte, après avoir ainsi fait son éloge, commença d'appréler le souper. Pendant qu'il y travailloit, j'entrai dans une 6aUe,eà, m'étant couché sur un grabat que j'y trouvai, je m'endormis de fatigue, n'ayant pris aucun repos la nuit précédente. Au bout di deux he^îres, le muletier vint me réveiller : Mon gentilhornsM, me dit-il, votre souper est prêt ; venez, s'il vous plaît, vmi mettre à table. Il y en avoit, dans la salle, une sur laqaeb étoient deux couverts. Nous nous y assîmes, le muletier et noi, et l'on nous apporta le civet. Je me jetai dessus avidement; je h trouvai d'un goût exquis, soit que la faim m'en fît juger trop favorablement, soit que ce fût véritablement un effet des ii^r^ dients du cuisinier. On nous servit ensuite un morceau de mouton rôti, et, remarquant que le muletier ne faisoit honnoor qu'à ce dernier plat, je lui demandai pourquoi il ne touchoit point I Tdutre. Il me répondit en souriant qu'il n'aimoit pas les ragoâls. Celle réponse, ou plutôt le souris dont ili'avoit accompagnée ob parut mystérieux. Vous me cachez, lui dis-je, la véritable raison qui vous empêche de manger de ce civet; faites-moi le plaisir de me l'apprendre. Puisque vous êtes si curieux de le savoir, repril-il, je vous dirai que j'ai de la répugnance à me bourrv l'eslomac de ces sortes de ragoûts, depuis qu'en allant de Tolède à Cuença, on me servit un soir dans une hôtellerie, pour ui lapin de garenne, un matou en hachis : cela m'a dégoûté des Dricassées.

Le muletier ne m'eut pas sitôt dit ces paroles, que, malgré h faim qui me dévoroit, l'appélit me manqua tout à coup. Je me mis en lôte que je venois de manger d'un lapin supposé, et je ae regardai plus le ragoût qu'en faisant la grimace. Mon compagnon ne me guérit pas l'esprit là-dessus, en me disant que ks maîtres d'hôtellerie en Espagne faisoient assez souvent ce qui' proquo^ de môme que les pâtissiers. Ce discours, comme vous voyez, éloit fort consolant; aussi je n'eus plus aucune envie de retourner au civet, pas même de toucher au plat de rôti, de poor que le mouton ne fût pas mieux vérifié que le lapin. Je me levai de table en maudissant le ragoût, l'hôte et l'hôtellerie; et, m'étant recouché sur le grabat, j'y passai la nuit plus tranquille

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