CHAPITRE V[I
Histoire de don Pompeyo de Castro.
Don Alexo, poursuivit-il, sait qu'au sortir de mon enfance je voulus prendre le parti des armes, et que, voyant notre pays tranquille, j'allai en Pologne, à qui les Turcs venoient alors de déclarer la guerre. Je me fis présenter au roi, qui me donna de l'emploi dana son armée. J'étois un cadet des moins riches d'Espagne ; ce qui m'imposoit la nécessité de me signaler par des eiploiis 4|ui m'attirassent l'attention du générai. Je fis si bien mon devoir, qu'après une assez longue guerre, la paix ayant été faite, le roi, sur les bons témoignages que les officiers généraux
loi rendirent de moi, me gratifia d*une pension considérable. Sensible à la gënërositë de ce monarque, je ne perdois pas une occasi<)p de lui en témoigner ma reconnoissance par mon assiduité. i*étois devant lui à toutes les heures où il est permis de se présenter à ses regards. Par cAte conduite, je me fis insensiblement aimer de ce prince, et j'en reçus de nouveaux bienfaits.
Un jour que je me distinguai dans une course de bague et dans un combat de taureaux ^ qui la précéda, toute la cour loua ma force et mon adresse; et lorsque, comblé d'applaudissements, je fus de retour chez moi, j'y trouvai un billet par lequel on me mandoit qu'une dame, dont la conquête devoit plus me flatter que tout l'honneur que je m'étois acquis ce jour-là, souhoitait de m'en- Irelenir, et que je n'avois, à l'entrée de la nuit, qu'à me' rendre à certain lieu qu'on me marquoit. Cette lettre me fît plus de plaisir que toutes les louanges qu'on m'avoit données, et je m'imaginai que la personne qui m'écrivoit devoit être une femme de la première qualité. Vous jugez bien que je volai au rendez-vous. Une vieille, qui m'y attendoit pour me servir de guide, m'introduisit par une petite porte du jardin dans une grande maison, et m'em* ferma dans un riche cabinet, en me disant : Demeurez ici ; je vais avertir ma maîtresse de votre arrivée. J'aperçus bien des choses précieuses dans ce cabinet qu'éclairoient une grande quantité de bougies ; mais je n'en considérai la magnificence que pour me confirmer dans l'opinion que j'avôis déjà conçue de la noblesse de la dame. Si tout ce que je voyois sembloit m'assurer que ce ne pouvoit être qu'une personne du premier rang, quand elle parut elle acheva de me le persuader par son air noble et majestueux. Cependant ce n'étoit pas ce que je pensois.
Seigneur cavalier, me dit-elle, après la démarche -que je fais en votre faveur, il seroit inutile de vouloir vous cacher que j'ai de tendres sentiments pour vous. Le mérite que vous avez fait paroître aujourd'hui devant toute la cour ne me les a point inspirés; il en précipite seulement le témoignage. Je vous ai vu plus d'une fois ; je me suis informée de vous, et le bien qu'on m'en a dit m'a déterminée à suivre mon penchant. Ne croyez pas, poursuivit-elle, avoirfait la conquêted'une altesse ; je ne suis que
t . Les courses de bague et les combats de taureaux étuent les divertissements et les spectacles Tavoris des grands et du peuple en Espagne et en Portugal ; mais on n'a pas d'idée qu'il y ait jamais eu des toréadors en Pologne, où le lieu de 1» icône se trouve trausporté*