‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 114 sur 296 · LIVRE V, CHAP. I · texte numérisé non relu

LIVRE V, CHAP. I

point offensé, et que Tenvie de faire une chose agréaWe au prophète a pu tous engager à hasardet une action si délicate, l'excuse donc votre imprudence, pourvu que ce captif prenne t6ut à l'heure le turban. Aussitôt il fit venir un marabouts Ou me revêtit d'un haMt à la turque. Je fis twit ce qu'on voulut, sans que J^eusse la force de m'en défendre; ou, pour niiein: difiô, je ne savais ce que je faisais, dans le désordre où étaient mes sens. Que de clurétiens auraient été aussi lâches qtie moi dans cette occasion!

Âpre» la cérémonie je sortis du sérail pour all^, sou^ le nom de Sidy Hally*, exerce? tin petit emploi que Soliman me donna* Je ne revis plus la sultane; mais un de ses eunuques vint un jour me trouver. H m'apporta de sa part des pierre-ries pour deux mille sultanins d'or, avec un biUet par lequel la dame m'assurait qu'elle n'oublierait jamais la généreuse complaiS£mce que j'avais eue de me faire mahométan pour lui sauver la vie. Véritablement, outre les présents que j'avais reçus de Farrukhnaz , j'obtins par son canal un emploi pla9 colisidérable que le premier, et je devins em moins de six à sept années un des plus riches renégats de la ville d'Alger.

Vous vous imaginez bien que si j'assistais aux prières que le» musulmans font dans leurs mosquées, et remplissais les autres devoirs de leur religion, ce n'était que par pure gri-^ mace. Je conservais une volonté déterminée de rentrer dan» le sein de l'Église; et, pour cet effet, je me proposais de me retira un jour en Ëspagne^ou en Italie, avec ks richesees que

1 Marabout, eorriiptidn d» mot ambe iMrbofèlkf Itë, adaclié ir Méu. lel Orietttênx ô&t iaiercalë dans le mot anbe un A aphonlqv^ comme dani le mot lidntên on kdrvdne, qa'ils prononcent caravane. Un marabont eii le desservant d'une mo>-^ quëe, suflout en Afrique.

* Siây signifie fnontkvt en arab«. Sfâ o« etrf, eemme Ta étHH GttmeilltB^ est Teqnivalént de «iettr on M*9ti#ttr.

Ils t'ont nommd tons deux leov Cld ea ma présenee. Puisque Cid en levr iaqgne est antaot qne seigneur, etc.

Halty, lisez Aly, nom commun parmi les musulmans, surtout parmi ceux de la secte cbiyte. On connaît leur profondé Ténération pour Aly, gendre de Mahomet. Cette Ténération est teHe, qu'ils passent pour des hérétiques et des impies aux yeut des «unnytes ou sectateurs d'Omar. En effet, on entend les chiytes dire souvent : « Je > né reconnais pas Aly pour Dieu ; mais il ne s'en faut pas de beaucoup qu'il soit >I>iea. >

j*aurai8 amassées. En attendant, je vivais fort agi^éablement. J*ëtais logé dans une belle maison, j'avais des jardins superbes, un grand nombre d'esclaves, et de fort jolies femmes dans mon sérail. Quoique l'usage du vin soit défendu en ce pays-là aux mahométans, ils ne laissent pas pour la plupart d'en boire en secret. Pour moi, j'en buvais sans façon, comme font tous les renégats. Je me souviens que j'avais deux compagnons de dëbaucbe, avec qui je passais souvent la nuit à table. L'un était juif, et l'autre Arabe. Je les croyais honnêtes gens; et, dans cette opinion, je vivais avec eux sans contrainte. Un soir je les invitai à souper chez moi. U m'était mort ce jourlà un chien que j'aimais passionnément; nous lavâmes son «XMrps, et l'enterrâmes avec toute la cérémonie qui s'observe aux funémlles des mahométans. €e que nous en faisicHis n^était pas pour tourner en ridicule la religion musulmane; c*était seulement pour nous réjouir, et satisfaire une folie envie qui nous prit, dans la débauche, de rendre les derniers devoirs à mon chien.

Cette action pourtant me pensa perdre, comme vous l'aUez voir. Le lendemain il vint chez moi un homme qui me dit : Seigneur Sidy Hally*, une affaire importante m'amène chez vous. Monsieur le cadi* veut vous parler; prenez, s'il vous plaît, la peine de venir chez lui tout à l'heure. Apprenez-moi, de grâce^ ce qu'il me veut, lui répondis-je. 11 vous l'apprendra lui-même, reprit-il; tout ce que je puis vous dire, c'est qu'un marchand arabe qui soupa hier avec vous lui a donné avis de certaine impiété par vous commise à roccasion d'un chien que vous avez enterré; vous savez bien de quoi il s'agit: c'est pour cela que je vous somme de comparaître aujourd'hui devant ce juge, faute de quoi je vous avertis qu'il sera procédé criminellement contre vous. 11 sortit en achevant ces paroles , et me laissa fort étourdi de sa sommation. L'Arabe n'avait aucun siyet de se plaindre de moi , et je ne pouvais comprendre pourquoi ce traître m'avait joué ce tour-là. La

' Stigneur Sicly Halty. Les deux premiers mots formcnl un pléonasme, puisque sidy signifie monsieur ou seigneur. Voyex la noie precédcnle.

" Cadi : lisez eddky. Ce root arabe, adopté par les Persans, qui prononcent cdxy, signifie magistrat, Juge. Les cadis sont des magistrats civils, mais avec un pouvoir arbitraire et presque absolu»

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