‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 142 sur 296 · LIVRE \\l, CBAP. V · texte numérisé non relu

LIVRE \\l, CBAP. V

cider. Allez, poursuivit-il en me poussant par les épaules hqrs de son cabinet, allez dire à mon trësorîer qu'il vous compte cent ducats, et que le ciel vous conduise avec cettq soninaiM Adieu, monsieur Gil Bias, je vous souhaite toutes sortes da prospérités avec un peu plus de goût.

CHAP. y. — Da parti que prit Gil Bias après qae Tarcbeveqae hii eut êfmaé né ooiigtf. Par quel hasard il rencontra le licencié qui M awÀ taat 4r«Uig9tiMt ^ quelle» marques de rccoonaisMiDee il en reçut.

le sortis du cabinet en maudissant le caprice, cm, pcMGV mieux dire, la faiblesse de l'archevêque, et plus en cokèf» contre hii qu'affligéM'avoir perdu ses bonnes grâces, le doutai même quelque temps si j'irais toucher Bies cent dueats; mids, après y avoir bien réfléchi, je ne fus pas asseï sot pow n'ea rien (kire. Je jugeai que cet argent ne m'ôterait pas le droit it donner un ridicule à mon prélat ; à quoi je me promettais hUm de ne pas manquer toutes les fois qu'on mettrait devant moi ses homélies sur le tapis.

yMei donc demander cent ducats au trésorier, sans lui dire un seul mot de ce qui venait de se passer entre smi maHiH et mol. Je cherchai ensuite Mekbior de la Ronda pMir lui 4ive un étemel adieu. 11 m'aimait trop» pour n^âtiie pa^ aessiUe k mon malheur. Pendant que je lui en faisais la rëcH,. J« remarquais que la douleur s'imprimait sur son lisage. Malgré. tout le respect qu'il devait à l'archevêque, il ne put s'emiiècher de le blâmer; mais, comme dans la odère où j'étai»|B jurai que le prélat me le paierait, et que je r^iûra» toule la ville à ses dépens, le sage Mddûor me dit : Croyes-moi, mon cher Gil Bias, dévorez plutôt votre chagrin. Les boqfanes du commun doivent toujoui*s respect» les persoimes de qualité, quelque sujet qu'ils aient de s'en {riiahidre. Je C(»]i^|^ft8 quil y a de fort plats seigiœurs qui ne méritent guère qu'on ait de la considération pour eux; mais tts peuvent nuire, il faut les craindre.

Je remerciai le vieux valet de chambre du bon conseil qu'il me donnait, et je lui promis à'&a profiter. Après cela il aie dit : Si vous allez à Madrid , voyez-y Joseph Navarro, noon neveu. 11 est chef d'office chez le seigneur de» Baltazar de Zuniga, et j'ose vous dire que c'est un garçon digne de votce amitié. 11 est Irane, vif, officieux, prévenant; je souhaite %ne

TOUS fassiez connaissance ensemble. Je lui répondis que je ne manquerais pas d'aller voir ce Josepli Navarro sitôt que je serais à Madrid^ où je comptais bien de retourner. Ensuite je «ortis du palais episcopal pour n'y remettre jamais le pied. Si j'eusse encore eu mon cheval, je serais peut-être parti surle-champ pour Tolède; mais je l'avais vendu dans le temps de ma faveur, croyant que je n'en aurais plus besoin. Je pris le parti de louer une cMmbre garnie, faisant mon jJan de demeurer encore un mois à Grenade, et de me rendre après cela auprès du comte de Polan.

Comme Theme du dîner approchait , je demandai à mon hôtesse s'il n'y avait pas quelque auberge dans le voisinage. Elle me répondit qu'il y en avait une excellente à deux pas de sa maison , que l'on y était bien servi, et qu'il y allait quantité d'honnêtes gens. Je me la fis enseigner, et je m'y rendis bientôt. J'entrai dans une grande salle qui ressemblait assez à un réfectoire. Dix à douze hommes assis à une longue table couverte d'une nappe malpropre, s'y entretenaient en mangeant chacun sa petite portion. L'on m'apporta la mienne, qui dans un autre temps sans doute m'aurait fait regretter la table que je venais de perdre. Mais j'étais alors si piqué contre l'archevêque, que la frugalité de mon auberge me paraissait préférable à la bonne chère qu'on faisait chez lui. Je blâmais l'abondance des mets dans les repas; et, raisonnant en docteur de Valladolid : Malheur, disais-je, à ceux qui fréquentent ces tables pernicieuses où il faut sans cesse être en garde contre sa sensualité , de peur de trop charger son estomac î Pour peu que l'on mange, ne mange-t-on pas toujours assez? Je louais dans ma mauvaise humeur des aphorisnies que j'avais jusqu'alors fort négligés.

Dans le temps que j'expédiais mon ordinaire, sans craindre de passer les bornes de la tempérance, le licencié Luis Garcias, devenu curé de Gabie de la manière que je l'ai dit cidevant, arriva dans la salle. Du moment qu'il m'aperçut, il vint me saluer d'un air empressé, ou plutôt en faisant toutes les démonstrations d'un homme qui sent une joie excessive. Il me serra entre ses bras, et je fus obligé d'essuyer un trèslong compliment sur le service que je lui avais rendu. 11 me fatiguait à force de se montrer reconnaissant. 11 se plaça près

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