‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 161 sur 296 · LIVRE VU, CHAP.. XllI. W · texte numérisé non relu

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viettes, du pain, un reste d'épaule de mouto rôti^ une bouteille d'excellent vin, et nous nous mîmes à table avec toute la gaieté de deux amis qui se rencontrent ai»^s une longue séparation. Tu vois, me dit-il, ma vie libre et indépendante. Si je voulais suivre l'exemple de mes confrères^ j'irais tous les jours manger chez les personnes de qualité; mais, outre que l'amour du travail me retient souvent au logis, je suis un petit Aristippe. Je m'accommode également du grand monde et de la retraite, de l'abondance et de la frugalité.

Nous trouvâmes le vin si bon, qu'il fallut tirer de l'armoire une seconde bouteille. Entre la poire et le fromage, je lui témoigncd que je serais bien aise de voir quelqu'une de ses productions. Aussitôt il chercha parmi ses papiers un sonnet, qu'il me lut d'un air emphatique. Néanmoins, malgré le charme de la lecture, je trouvai l'ouvrage si obscur, que je n'y compris rien du tout. Il s'en aperçut. Ce sonnet, me dit-il, ne te parait pas fort clah", n'est-ce pas? Je lui avouai que j'y aurais voulu un peu plus de netteté. 11 se mit à rire à mes dépens. Si ce sonnet, reprit-il, n'est guère intelligible, tant mieux, mon ami! Les sonnets, les odes, et les autres ouvrages qui veulent du sublime, ne s'aecommodent pas du simple et du naturel; c'est l'obscurité qui en fait tout le mérite; il suffit que le poète croie s'y entendre. Tu te moques de moi, interrompis-je. Il faut du bon sens et de la clarté dans toutes les poésies, de quelque nature qu'elles soient; et, si ton incomparable Gongora n'écrit pas plus clairement que toi, je t'avoue que j'en rabats bien. C'est un poëte qui ne peut tout au plus tromper que son siècle. Voyons présentement de ta prose.

Nunez me fit voir une préface qu'il prétendait, disait-il, mettre à la tête d'un recueil de comédies qu'il avait sous presse. Ensuite il me demanda ce que j'en pensais. Je ne suis pas, lui dis-je, plus satisfait de ta prose que de tes vers. Twi sonnet n'est qu'un pompeux galimatias; et il y a dans ta préface des expressions trop recherchées , des mots qui ne sont point marqués au coin du public, des phrases entortillées, pour ainsi dire. En un mot, ton style est singulier. Les livres de nos bons et anciens auteurs ne sont pas écrits comme cela. Pauvre ignorant ! s'écria Fabrice, tu ne sais pas que tout prth

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sateur * qui ààpii'é aujourd'hui à la réputation d'ime plume dé^ licate affecte cette singularité de style, ces eipressidns dé* tournées qui te choquent. Nous sommes cinq ou six novateurs hardis' qid avons entrepris de changer la langue dublano au noir; et nous en viendrons à bout, s'il plaît à Dieu, en dépit de Lope de Vega, de Cervantez, et de tous les autres beaux esprits qui nous chicanent sur nos nouvelles façons dd parler. Nous sommes secondés par un nombre de partisans de distinction; nous avons dans notre cabale jusqu'à des théologiens*.

Après tout, continua-t-il, notre dessein est louable; et, le {H^jugé à part, nous valons mieux que ces écrivains naturels qui parlent comme le commun des hommes. Je ne sais pas pourquoi il y a tant d'honnêtes gens qui les estiment. Cela était fort bon à Athènes et à Rome , où tout le monde était ccoifohdu; et c'est pourquoi Soerate dit à Alcibiade que le peuple est un excellent maître de langue. Mais à Madrid nous avons un bon et un mauvais usage , et nos courtisans s'expriment autrement que nos bourgeois. Tu peilx m'en croire. Enfin notre style nouveau l'emporte sur celui de nos antagonistes. Je veux par un seul trait te faire sentir la différence qu'il y a de la gentillesse de notre dictioti à la platitude de la leur. Us diraient, par exemple, tout uniment : Les intermèdes embellissent un« comédie; et nous^ nous disons plus joliment : Les intermèdes font beauté dans une comédie. Remarque bien ce font beauté. En sens-tu tout le brillant , toute la délicatesse^ tout le mignon?

l'interrompis mon novateur par un éclat de rire. Va, Fabrice, lui dis-je, tu es un original avec ton langage précieux. Et toi, me répondit41, tu n'es qu'une bête avec ton style na-

* Ce mot, aéé par Ménage^ était encore peu usité du temps de Le Sage; aussi Và^ t-U mis en italique.

*Cinq ou six novateurs hardis, etc. Ceci peut s'appliquer sans doute à la tangue espagnole da tempt de Gongora et de Baltazar Graciaq ; mais Le Sage en voulait bleB plus à MM. de La Motte, de Fontenelle, Marivaux, etc. 11 est certain qu'on se plaignaity dans le temps ot il écrivait, de la cormption du stjle et des nëologùmeSf dont on fit un dictionnaire. Il y a une épltredu père Du Cerceau à M. Joly de Fleary, atocat général, sur h Dieaéeneê dk bon g&ût, qui date de la même époque, et rotiie absolument sur le même sujet, comme on le T«rra tout à l'heure.

'Autre trait plus direct contre le style, recherché et à prétention du père Berruyery dé i'abbé HduteYille, ét(h

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iurel. Allez, poursuivit-il en m'appliquant ces paroles de l'archevêque de Grenade, allez^ trouver taon trésorier j quHl peue compte cent ducats » et que le ciel vous amduise avec cetk tomme» Adieu, monsieur Gil Blus; je vous souhaite ^^ peu plus de goAt. Je renouvelai mes ris à cette saillie ; et Fabrice, me pardonnant d'avoir parlé avec irrévérence de ses écrits , ne perdit rien de sa belle humeur. Nous achevâmes de hoirs notre seconde bouteille; après quoi nous nous levâmes de table tous deux assez bien conditionnés. Nous smlimes dans le dessein de nous aller promener au I^ado; mais, en pat* sant devant la porte d'un marchand da liqueurs, il nous prit fantaisie d'entrer chez lui.

n 7 avait ordinairement bonne compagnie dans cet m* droit-là. Je vis dans deux salles séparées des cavaliers qui s'amusaient différemment. Dans l'un^, (m jouait à la prime et aux échecs, et dans l'autre, dix à douze personnes étaient fort attentives à écouter deux beaux esprits de profession qtd disputaient. Nous n'eûmes pas besoin de nous approcher d'eux pour entendre qu'une proposition de métaphysique faisait le sujet de leur dispute ; car ils parlaient avec tant de chaleur et d'emportement, qu'ils avaient l'air de deux possédés. Je m'imagine que si on leur eût mis sous le nez l'anneau â^ÈléazarS on aurait vu sortir des démons par leurs narines. Hé ! bon Dieu, dis-je à mon compagnon, quelle vivacité ! quels poumons! Ces disputeurs étaient nés pour être des crieun publics. La plupart des hommes sont déplacés. Oui vrai-» ment, répondit-il : ces gens^i sont apparemment de la race de Novius, ce banquier romain dont la voix s'élevait au-des? sus du bruit des charretiers '. Mais, ajouta-t-il, ce qui me

* Élëatar était an fameav magicien qni exorcisait les domons en attaolmnt au ara du possédé un certain anneau mystique dont le demon n'avait pas plolAt sent) 1^ puissance, qu'il alMudonnait le patient. Uu jour qu'il déployait tonte sa science dc- Tant Terapereur Ycspnsien, il ordonna au démon de renverser, en s'échapitanl, one grande crncbe pleine d'eau qui so trouvait là : ce que Ifi demon esëcvta tent de suite, au grand étonnement des spectateurs.

* Novius, devenu opulent à force d'usures, avait ct(^ esclave. Horace l'a rendu célèbre. Il lui reproche qu'il n'avait que son organe de stentor :

Il peut vaincre, dit-on, par sa terriUe voix

Le bruit de deux OMts cliars, celui de trois convois.

Les trompettes, les cors, font mohit de tifilaiMfif s

AU es

le piM et lean «acovs, c>«t q^os en

qaà arrirenL Ces trois ■ettie et la partie. Mas, t€b4ii ces àeas. orîpoaiix q«i sortenl? Ce petit personnage basané, sec, et dont les cheiemi plilf et longs U descendent par ^ale portion par devant et y ilmiiii, s'jqipefle don Mien de YlDannno. Cest on jenne gyioi qui tranche do petit-maMie. Nons allâmes, m de mes

et moi, ^ner chez hn Fantre jour. Xons le sarj^îraes occupation asses singidière. D se difeitiaaait dans criânetàjeleretàse finre apporter par on grand lérrier les mes d'an procès dont il est rapporteur, et que le chien déiihiiait à beOes dents. Ce licencié qui raccompagne, cette hte fuWconde, senoooie don Chérubin Tonto^ Cest mi fi>y««™» de Fé^fee de Tolède, le pies imbécile mortd qall y ait an inonde. Cependant, à son air riant et spirituel, tous 1b donneries beanooop d'esprit 11 a des yeux brillants, aTec m lire fin et maliciewT. On dirait qo'Q pense très-fioemenL litron devant loi im ouirage délicat, il l'écoute avec une attention ^pie TOUS croyez pleine dlntelligence, et toutefois il n'y comprend rien. Û était da repas chez ToydcMr. On y dit môle jfi^es choses, une infinité de bons mots. Don Chérubin ne parla pas; mais il afylaadissait avec des grimaces et des démonstrations qui paraissaient supérieures aux saillies mêmes qui nous échappaient.

Connais-tu, di»-je à Nunez , ces deux malpeignés qui , les coudes appuyés sur une table , s'entretiennent tout bas dans ce coin, en se soufflant au nez lairs haleines? Non , me ré-

Toib, eerte, «■ taleat, ■■ ■write biea rare. Il vom criev paUie doit em être pkMx, de

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