LIVRE vin> ciïAP. IV
qtié j^ëtais exttêmeraent surpris de ce que j*eii tendais, me dît : Je vois bien, Santillane , je vols bieti ce iqui félonne. H te semble fort étrange que je préfère mon névetl au diic dIJzède, mon propre fils. Mais apprends que ce dernier aie génie tfdp ' borné pour occuper nia placé, et que d'ailleurs je suis Bon ennemi; Il a trouvé lé secret de plaire au roi , qui en veut faire son favori; et c'est ce que je ne puis sbuffrif. La faveur d'un souverain ressemble à la possession d'une femme qu'on adore; c'est un bonheur dont on est si jaloux qu'on ne peut se résoudre à le partager avec un rival, quelque uni qu*on soît àvet lui far le sang où par l'amitié;
Je te montre ici, cbntlnua-t-il, le fond de mon coeur, l'ai déjà tenté de détruire le dut d'Uzèdè dans l'esprit du roi; et, comme je n'ai pu en venir à bout, j'ai dressé uâe autre batterie, je veux que lé comte de Lemos, de son côté, s'insinue dans les bonnes grâces du prince d'Espagne. Étant gentilhomme de sa chambre, il a occasion de lui parlél* à toute heure; et, outl^ qu'il a de l'esprit, je sais un moyen sûr de le faire réussir dans cette entreprise. Par ce stratagème, j'opposerai mon neveu à mon fils. Je ferai naître entre ces cousins une division qui les obligera tous deux à rechercher mon appui, et le besoin qu'ils auront de moi me les rendra soumis l'un et l'autre. Voilà quel est mon projet, ajouta-t-il ; ton entremise ne m'y sera pas inutile. Cest toi que j'enterrai secrètement au comte de Lemos^ et qui me rapporteras de sa pSlrt tout ce qull aura à me faire savoir *.
' Cô plan da duc de Lerme, qui vent sacrifier ion fils et lui opposer son neveu, ne vient pas de l'Invention de l'auteur du roman : c'est un fait blstoHque et généralement connu. Voici ce qa^en dit VHiitoirt univenelU imprimée en HoUande (tome XXIX, in-4*) :
« Od convie&t généralement qne Te duc de Lerme se distinguait plus par ta pru-
> dcBCe consommée que par la capacité de son génie. Ce fut paT là qtt'il rendit sou
> ministère pacifiqae et durable, et ce ibt néanmoins ce qui fut à la fia cause de ta
> disgrâce. Il s'aperçut bien que le comte d'Uzède, son fils, avait moins de capacité
> que lui; mais ce fils avait les manières et la politesse de la cour : le duc forma
> donc 1a dessein d*en fbire son successeur dans la faveur du roi. Son but était que
> ton fils gouvernât là cour ; pour le cabinet, il jeta les yeux sur le comte de LeAoa, » fils de sa sœur, qui avait de grands talents; mais, comme le duc lui-même n'était » pas pressé de quitter le ministère, il plaça le comte de Lemos auprès du prince
> d'Espagne, afin qd'il pût voir le soleil levant et s'élever avec lui. Le comte réussit,
> et gagna l'amitié de son jeune maître au plus haut point. La prévoyance du duc
> alla plus loin epcore : il choisit pour confesseur du roi le père Louis d'Aliaga^ re«
Après cette confidence, que je regardai, comme de l'argent, comptant , je n'eus plus d'inquiétude. Enfin , disais-je, me voici sous la gouttière ; une pluie d'or va tomber sur moi. Il est impossible que le confident d'un homme qui gouverne la monarchie d'Espagne ne soit pas bientôt comblé de richesses. Plein d'une si douce espérance, je voyais d'un œil indifi'érént ma pauvre bourse tirer à sa fin.
CHAP. V. — Où Ton -verra 6il Bias comble de joie, d'honneur et de misère*
On s'aperçut bientôt à la cuur de l'affection que le ministre avait pour moi. 11 afl'ecta d'en donner des marques publiquement en me chargeant de son portefeuille , qu'il avait coutume de poller lui-même lorsqu'il allait au conseil. Cette nouveauté, me faisant regarder comme un petit favori, excita Tenvie de plusieurs personnes , et fut cause que je reçus de IVau bénite de cour. Mes deux voisins les secrétaires ne furent pas des derniers à me complimenter sur ma prochaine grandeur, et ils m'invitèrent à souper chez leur veuve, moins par représailles que dans la vue de m'engager à leur rendre service dans la suite. On me faisait fête de toutes parts. Le fier don Rodrigue même changea de manièi^s avec moi. Il ne m'appela plus que seigneur de Sanlillane ^, lui qui jusqu'alors ne m'avait traité que de vous , sans jamais se servir du tenne de seigneurie. Il m'accablait de civilités, surtout lorsqu'il jugeait que notre patron pouvait le remarquer. Mais je vous assure qu'il n'avait pas affaire à un sot. Je répcmdis à ses honnêtetés d'autant plus poliment que j'avais plus de haine pour lui : un vieux courtisan ne s'en serait pas mieux acquitté que moi.
J'accompagnais aussi le duc mon seigneur lorsqu'il allait chez le roi, et il y allait ordinairement trois fois le jour. Il entrait le matin dans la chambre de Sa Majesté lorsqu'elle était éveillée. Il se mettait à genoux au chevet de son lit,
> ligieux, de la vertu duquel il avait une haute opinion. Tout le fruit qu'il recueillit
> de ses soins et de son habileté, ce fut que son fils et le confesseur conspirèrent » contre lui, et devinrent ses plus grands ennemis. Le comte d'Uzcde ne pouvait par*
> donner à son père le peu de cas qu'il avait fait de ses talents et de sa capacité, et » le confesseur comptait qu'il avail pins à espérer d'un ministre qui lui devrait i>oii
> élévation que de celui qui l'avait élevé lui-même. >
' Le uou) de S^li|lauc est celui ^'unc ville cl d*uuc uucionnc famille.