LIVRE VllI^ CHAP» V
Tentretenait des choses qu'elle avait à faire dans la jouruëe, et lui dictait celles qu'elle avait à dite. Ensuite il se retirait. 11 y retournait aussitôt qu'elle avait 4iné^ non pour lui parler d'affaires; il ne lui tenait alors que des discours réjouissants. Il la régalait de toutes les aventures plaisantes qui arrivaient dans Madrid^ et dont il était toujours le premier instruit par des personnes pensionnées pour cet effet. Et enfin, le soir, il revoyait le roi pour la h*oisième fois, lui rendait compte comme il lui plaisait de ce qu'il avait fait ce jour-là, et lui demandait, par manière d'acquit, ses ordres pour le lendemain. Tandis qu*il était avec le roi , je me tenais dans Fantichambre , où je voyais des personnes de qualité, dévouées à la faveur, rechercher ma convei^ation et s'applaudir de ce que je voulais hien me prêter à la leur. Comment aurais-je pu, après cela, ne me pas croire un homme de conséquence? 11 y a bien des gens à la coui* qui ont encore pour moins cette opinion- là d'eux.
Un jour j'eus un plus grand sujet de vanité. Le roi, à qui le duc avait parlé fort avantageusement de mon style, fut curieux d*en voir un échantillon. Son Excellence me fit prendre le registre de Catalogne, me mena devant ce monarque, ot me dit de lire le premier mémoire que j'avais rédigé. Si la présence du prince me troubla d*abord , celle du ministi'c me rassura bientôt; et je fis la lecture de mon ouvrage, que Sa Majesté n'entendit pas sans plaisir. Elle eut la bonté de témoigner qu'elle était contente de moi, et de recommander même à son ministi*e d'avoir soin de ma fortune. Cela ne diminua rien de l'orgueil que j'avais déjà; et l'entretien que j'eus peu de jours après avec le comte de Lenios acheva de me remplir la tête d'ambitieuses idées.
J'allai trouver ce seigneur, de la part de son (mde, chez le prince d'Espagne ; et je lui présentai une lettre de créance , par laquelle le duc lui mandait qu'il pouvait s'ouvrir à moi comme à un homme qui avait une entière connaissance de leur dessein, et qui était dioisi pour être leur messager commun. Après avoir lu ce billet, le comte me conduisit dans une chambre où nous nous enfermâmes tous deux, et là ce jeune seigneur me tint ce discours : Puisque vous avez ^i confiance du duc de Leiine, je ne doute pas que vous ne la
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méritiez, et je ne dois faire aucune difficulté de Votw donner ]a mienne. Vous saurez donc que les choses Toiit lô miëut du monde. Le prince d*Espagne me distingue de tous led seigneurs qui sont attachés à sa personne^ et (jui s'étttdiënt à lui plaire. J'ai eti ce ihatin une conversation particulièiie fcméc lui, dans laquelle il m'a paru chagrin de se VoiTi paf r*ivàrice du roi, hors d'état de suivre les mouvements de son cœur généreuï, et même de faire une dépense convenable à un prince. Sur cela je n'ai pas manqué de 16 plaindi^;' et, profitant de ce morticiit-là, j'ai proiliis dé lui porter demain à son lever mille pistoles, en attetidant de plUs gros^ sommes qne je me àuis fait fort de lui fournir incessamment. Il a été charmé de ma pttmiesse; et je suis bien sûr de captiver sa bienveillance, si je Ini tiens parole. Allez dire, ajotita*l-il, toutes ces circonstances à mon oiicle^ et revenez m'apprendre ce soir ce qu'il pense là-dessUS.
Je quittai le comte de Lemos dès qu'il m'eut parlé de cette sorte, et je rejoignis le diic de Lérme, qui, sur mon rapport, envoya demander à Calderone mille pistoles > dont on me chargea le soir, et que j'allai remettre au comte, en disant en moi-même : Ho ! ho ! je vois bien à présent quel est l'iri*failMble moyen qu'a le ministre pour t^uSsir dans son entraprise! il a, parbleu! raison; et, selon toutes les apparences, ces prodigalités ne le ruineront point. Je devine ài^'ment dans quels coffres il prend ces belles pistoles : mais, après tout , rt'est-il pas juste que ce soit le père qui entretienhe le fils? Le comte de Letoôs, lorsque je me séparai de Itii, me dit tout bas : Adieu, notre cher confident! Le prince d'Espagne aime uh peu les dames; il faudra que nous ayons, vous et moi, au premier joiu», une conférence là-dessus : je pré^ vois que j'aurai bietitôt besoin de votre ministère. Je m'en retournai en rêvant à ces mots, qui n'étaient nullement am»bigus, et qui me remplissaient de joie. Comment, diable! dlsais-je, me voilà près de devenir le Mercure de l'héritier de là monarchie ! Je n'examinai point si cela était bon ou mauvais; là qualité du galant étourdissait ma morale. Quelle gloire pour moi d*être ministre des plaisirs d'un grand prince ! Oh ! tout beau, monsieur Gil Bias! me dira-t-on : il ne s'agissait pmir Vous que d'être ministre eti second. J'en demeure d'ac-