‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 185 sur 296 · LIVRE vni, chAlP, tt · texte numérisé non relu

LIVRE vni, chAlP, tt

pour second chaland un imptimeor de litres de èhetaleiië^ qui s'était enrichi en dépit du bon sens. Cet Imprimeur atait contrefait un ouvrage d'un de ses confrères, et son éditloil avait été saisie. Pour trois cents ducats je lui fis avoir main-^ levée de ses exemplaires, «t M sauvai une grosse amende. Quoique cela ne regardât point le t)remier mitiistre, Son Excellence voulut bien à ma prière ititerpdser son autorité. Après rimptimeur, il me passa par les mains utl négticiant; et void de quoi il s'agissait. Ud vaisseatl portu^s avait été pris par un corsaire de Barbcoie, et repris ëiisuité par un atinateur de Cadix. Les deux tiers des marchandises doilt il était chargé appartenaient à un marchand de Lisbotliiei qui, les ayant ihutûement revendiquées, venait à la coût* d*Espagne chercher un protecteur qui eût assez de crédit pour les lui faire reudre. 11 eut le boUhëhr de le trouver en moi* le mlntéreSsaî pour lui, et il rattrapa ses effets moyetmant la somme de quatre cents pistoles, doiit il fit présent à la protect iôn<

Il me semble que j'entends un lecteur qui trife crie ëii cet endroit : Courage, monsieur de Satitillàne! mettej^ du foin dans vos bottes. Vous êtes en bèaU chemin ; (Poussez vôtre fortune. Oh! quis je n*y maUqUèrai pas. le vois, si je né me trompe^ atrivfer mon valet avec un nouveau qnidam qu'il vient d'accrocher. lUstëmeUt, 6'est Scipion. ÉcoUtons-le. Seigneur, me dit-11, souffrez qUe je vous présente ce fameux opérateur. Il demande un privilège pour débiter ses drogués peiidant l'espace de dix années daus toutes les villes de la monarchie d'Espagne, à l'exclusion de tous autres, (c'est-àHiîf e qu'il soit défetMlU aux personnes de sa profession de s'établir dans les lieux où il sera. Par reconnaissance il comptera deux cents pistoles à fcelui qui lui remettra le privilège expédié, le dis au saltimbanque^ ett tfanchaut du protecteur : Allez, mon ami, je ferai votre afifait^. Véritablement, peu de jom^ après, je le renvoyai avec des patentes qtii lui permettaient de tromper le peuple exclusivement dans tous les royaunies d'Espagne *.

l'éprouvai la vérité du proverbe qUi dit que l'appétit vient en mangeant; mais outré que je mé seutais plus avide à mesure que je devenais plus riche, j'avais obtenu de Son Excel-

' En France, ces permitsùmi de trmnper tout le monde par des drogues secrètes ic n'bdaient jadis aa prdfit da |>remier médecin dû roi,

lence si i'acilement les quati*e grâces dont je viens de parler, que je ne balançai point à lui en demander une cinquième. C'était le gouvernement de la ville de Vera, sur la côte de Grenade, pour un chevalier de CaJatrava, qui m'en offrait mille pistoles. Le ministre se prit à rire en me voyant si âpre à la curée. Vive Dieu ! ami Gil Bks, me dit-il, comme vous y allez! Vous aimez furieusement à obliger votre prochain. Écoutez, lorsqu'il ne sera question que de bagatelles, je n'y l'egarderai pas de si près ; mais quand vous voudrez des gouvernements ou d'autres choses considérables, vous vous contenterez, s'il vous plaît, de la moitié du profit; vous me tiendrez compte de l'autre. Vous ne sauriez vous imaginer, continua-t-il, la dépense que je suis obligé de faire, ni combien de ressources il me faut pour soutenir la dignité de mon poste; car, malgré le désintéressement dont je me pare aux yeux du monde, je vous avoue que je ne suis point assez imprudent pour vouloir déranger mes afiaire^ domestiques. Réglez-vous sur cela.

Mon maître, par ce discours, m'ôtant la crainte de l'importuner, ou plutôt m'excitant à retourner souvent à la charge, me rendit encore plus affamé de richesses que je ne l'étais auparavant. J'aurais alors volontiers fait afficher que tous ceux qui souhaitaient obtenir des grâces de la cour n'avaient qu'à s'adresser à moi. J'allais d'un côté, Scipion de l'autre. Je ne cherchais qu'à faire plaisir poiu* de l'argent. Mon chevalier de Calatrava eut le gouvernement de Vera pour ses mille pistoles; et j'en fis bientôt accorder un autre pour le même prix à un chevalier de Saint-Jacques. Je ne me contentai pas de faire des gouverneurs, je donnai des ordres de chevaleiie, je convertis quelques bons roturiers en mauvais gentilshommes par d'excellentes lettres de noblesse. Je voulus aussi que le clergé se ressentît de mes bienfaits. Je conférai de petits bénéfices, des canonicals, et quelques dignités ecclésiastiques. A l'égard des évechés et des archevêchés, c'était don Rodrigue de -Calderone qui en était le collateur. 11 nommait encore aux magistratures, aux conunanderies et aux vice-royautés; ce qui suppose que les grandes places n'étaient pas mieux remplies que les petites; car les sujets que nous choisissions pour occuper les ppstes dont nous faisions un si

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