‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 199 sur 296 · LIVRE IX, CUÀP. HU ^2i · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CUÀP. HU ^2i

excuses, inten'ompU avec hauteur Francillo; je les méprise autant que tes malhonnêtetés. Apprends qu*un sécrétante de ministre doit recevoir honnêtement toute sortes de personnes. Sois, si tu veux, assez vain pour te regarder comme le substitut de ton maître ; mais n'oublie pas que tu n'es que son valet. Le superbe don Rodrigue fut fort mortifié de cet incident. Il n'en devint toutefois pas plus raisonnable^ Pour moi, je marquai cette chasse-là ^ Je résolus de prendre garde à qui je parlerais dans mes audiences, et de n'être insolent qu'avec des muets. Comme les patentes de don Alphonse se trouvaient expédiées, je les emportai, et les envoyai par un courrier extraordinaire à ce jeune seigneur, avec une lettre du duc de Lei*me, pai* laquelle Son Excellence lui donnait avis que le roi venait de le nommer au gouvernement de Valence. Je ne lui mandai point la part que j'avais à cette nomination ; je ne voulus pas même lui écrire, me faisant un plaisir de la lui apprendre de bouche, et de lui causer une agréable surprise lorsqu'il viendi'ait à la cour prêter serment pour son emploi.

CHAP. m. — Des préparatifs qui se firent poor le mariage de Gil Bias, et du grand

événement qui les rendit inutiles.

Revenons à ma belle Gabrielle. Je devais donc Fépouser dans huit jours. Nous nous préparâmes de part et d'autre à cette cérémonie. Salero fit faire de riches habits pour la mariée, et j'arrêtai pour elle une femme de chambre, un laquais, et un vieil écuyer, tout cela choisi par Scipion, qui attendait avec encore plus d'impatience que moi le jour qu'on me devait compter la dot.

La veille de ce jour si désiré, je soupai chez le beau-père avec des oncles et des tantes, des cousins et des cousines. Je jouai parfaitement bien le personnage d'un gendre hypocrite. J'eus mille complaisances pour l'orfèvre et pour sa femme; je contrefis le passionné auprès de Gabrielle; je gracieusai toute la famille, dont j'écoutai sans m'impatienter les plats discours et les raisonnements bourgeois. Aussi, pour prix de ma patience, j'eus le bonheur de plaire à tous les pa-

Métapliore empruntée du jeu de paunie; on y tnarqu» la chaste, c'estrà-dire Tendioit du jeu où est tombée la balle et au delà duquel Taolre joueur doit la ponssety i'i\ veut gagner le coup.

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rents. II n'y en eut pas uti qui ne parût ^'applaudir de inoii alliance.

Lé repas fini, la compagnie passa dans une grande salie où on la régala d'un concert de Ydix et dUnstrumeiits qui ne ftit pas mal exécuté, quoiqu'on n'eût pas choisi les meilleurs sujets de Madrid. Plusieurs airs gais dont nos oreilles furent agréablement Irappées nous mirent de si belle humeur, que nous commençâmes. à former des danses. Dieu sait de quelle façon nous nous en acquittâmes, puisqu'on me prit pour un élève de Terpsichore, moi qui n'avais de principes de cet aït que deux ou trois leçons que j'avais reçues chez la marquise de Chaves, d'un petit maître à danser qui venait montrer aux pages ! Après nous être bien divertis, il falhit songer à se reth-er chez soi. Je prodiguai les révérences et les accolades. Adieu, mon gendre, me dît Salero en m'embrassant, j'irai chez vous demain matin porter la dot en belles espèces d'or. Vous y serez le bienvenu, lui répond is-je, mon cher beaupère. Ensuite, donnant le bonsoir à la famille, je gagnai mon équipage, qui m*attendait à la porte, et je pris le chemin de mon hôtel.

J'étais à peine à deux cents pas de la maison du seigneur Gabriel, que quinze ou vingt hommes, les uns à pied, les autres à cheval, tous armés d'épées et de carabines, entourèrent mon carrosse et l'arrêtèrent, en criant : De par le roi I Ils m'en firent descendre brusquement pour me Jeter dans une chaise roulante, où lé principal de ces cavaliers, étant monté avec moi, dit au cocher de toucher vers Ségovie. Je jugeai bien que c'était un honnête alguazil que j'avais à mon côté. Je voulus le questionner pour savoir le sujet de mon emprisonnement; mais il me répondit sur le ton de ces messieurslà, je veux dire brutalement^ qu'il n'avait point de compte à me rendre. Je lui dis que peut-être il se méprenait. Non, non, repartit-il, je suis sûr de mon fait. Vous êtes le seigneur de Santillane, c'est vous que j'ai ordre de conduire où je vous mène. N'ayant rien à répliquer à ces paroles, je pris le parti de me taire. Nous roulâmes le reste de la nuit le long du Mançanarez dans un profond' silence. Nous changeâmes de chevaux à Colmenar, et nous arrivâmes sur le soir à Ségovie^ où l'on m'enferma dans la tom\

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