‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 200 sur 296 · LIVRE IX, CHAI». IV · texte numérisé non relu

LIVRE IX, CHAI». IV

CAkP, tV. -^ ComnM'iit Gil Bias fut traHé datft la tonr dn S^vl^) et de qMlle

inaaière il apprit la ca«se d« sa prison.

On commença par me mettre dans tm cachot où Ton me laissa sur la paille comme un criminel digne du dernier supplice, le passai la nuit, non pas à me désoler, car je ne sen^ tais pas encore tout mon mal, mais à chercher dans mon es-prit ce qui pouvait avoir causé mon malheur. Je ne doutais pas que oe ne fût l'ouvrage de Galderone. Cependant J'avais beau le soupçonner d'avoir tout découvert, je ne concevais pas comment il avait pu porter le duc de Lerme à me traiter si cruellement. Tantôt ie m'imaginais que c'était à l'insu do Son Excellence que J'avais été arrêté ) et tantôt je pensais que c'était elle-même qui, pour quelque raison politique, m'avait fait emprisonner, ainsi que les ministres en usent quelquefois avec leurs favoris.

J'étais vivement agité de mes diverses conjectures, quand la clarté du jour, perçant au travers d'une petite fendre grillée, vint ofiGrir à ma vue toute l'horreur du lieu où je nie trouvais. Je m'affligeai alors sans modération, et mes yeux devinrent deux sources de larmes que le souvenir de ma prospérité rendait intarissables. Pendant que je m'abandonnais à ma douleur, il vint dans mon cachot un guichetier qui m'apportait un pain et une cruche d'eau poiu* ma journée. 11 me regarda, et, remarquant que j'avais le visage baigné de pleurs, tout guichetier qu'il était, il sentit un mouvement de pitié : Seigneur prisonnier, me dit-il, ne vous désespérez point. Il ne faut pas être si sensible aux traverses de la vie. Vous êtes jeune; après ce temps-ci vous en verrez un autre. En attendant, mangez de bonne grâce le pain du roi*

Mon consolateur sortit en achevant ces paroles, auxquelles je ne répondis que pai* des plaintes et des génlissements; et j'employai tout le jour à maudire mon étoile, sans songer à iaire honneur à mes provisions, qui, dans l'état où J'étais, me semblaient moins un présent de la bonté du roi qu'un effet de sa colère, puisqu'elles servaient plutôt à pr<^nger qu'à soulager les peines des malheureux.

La nuit vint pendant ce temps-là, et bientôt un grand bruit de clefs attira mon attention. La porte de mon cachot s'ouvrit, et un moment après il entra ufi homme qui portait une

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bougie. Il s'approcha de moi, et me dit : Seigneur Gil Dlas, vous voyez un de vos anciens amis. Je suis ce don André de Tordesillas qui demeurait avec vous à Grenade, et qui était gentiliiomme de Tarchevêque dans le temps que vous possé^ diez les bonnes grâces de ce prélat. Vous le priâtes, s'il vous en souvient, d'employer sonxrédit pour moi, et il me fit nom* mer pour aller remplir un emploi au Mexique ; mais, au lieu de m'embarquer pour les Indes, je m'arrêtai dans la ville d' Alicante. J'y épousai la fille du capitaine du château, et, par une suite d'aventures dont je vous ferai tantôt le récit, je suis devenu le châtelain de la tour de Ségovie. Cesi un bonheur pour vous, continua-t-il, de rencontrer, dans un homme chargé de vous maltraiter, un ami qui n'épargnera rien pour adoucir la rigueur de votre prison. 11 m'est expressément ordonné de ne vous laisser parler à personne, de vous faire coucher sur la i>aille, et de ne vous donner pour tonte nourriture que du pain et de l'eau. Mais, outre que j'ai trop d'humanité pour ne pas compatir à vos maux, vous m'avez rendu service, et ma reconnaissance remporte sur les ordres que j'ai reçus. Loin de servir d'instiounent à la cruauté qu'on veut exercer sur vous, je prétends vous traiter le mieux qu'il me sera possible. Levez-vous, et venez avec moi.

Quoique le seigneur châtelain méritât bien quelques remercîmenls, mes esprits étaient si troublés que je ne pus lui répondre un seul mot. Je ne laissai pas de le suivre. Il me fit traverser une cour, et monter par un escalier fort étroit à une petite chambre qui était tout au haut de la tour. Je ne fus pas peu surpris, en entiant dans cette chambre, de voir sur une table deux chandelles qui brûlaient dans des flambeaux de cuivre et deux couverts assez propres. Dans un moment, me dit Tordesillas, on va vous apporter à manger. Nous allons souper ici tous deux. C'est ce réduit que je vous ai destiné pour logement ; vous y serez mieux que dans votre cachot. Vous verrez, de votre fenêtre, les bords fleuris de l'Ërêma et la vallée délicieuse qui, du pied des montagnes qui séparent les deux Castilles, s'étend jusqu'à Coca. Je ne douté pas que d'abord vous ne soyez peu sensible à une si belle vue ; mais quand le temps aura fait succéder une douce mélancolie à la vivacité de votre douleur, vous prendrez pjaî-

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