‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 203 sur 296 · LIVRE rt, cÉhP, VI · texte numérisé non relu

LIVRE rt, cÉhP, VI

peines ont excité votre pitié. Que ne dois-je point à votre amie de vous avoir disposée à m'accorde? la satisfactlofl de vous entretenir! Seigneur, me répondit-dle, Tbeodora petit tout sur moi. Elle m'a mise dans vos intérêts; et, si je pouvais fttîre votre bonheur, vous seriez bientôt au comble de vos vœux; mais, avec toute ma bonne volonté, je he sais si je vous serai d^un grand secours. Il ne faut poirit vous flatter • vous n'avez jamais formé d'entreprise plus difficile. Vou^ aimez une dame prévenue pour un autre cavalier, et quelle dame encore ! une dame si flère et si dissimulée, que si, paf votre coriistance et par vos soins, vous parvenez à lui arracher des soupirs, tie pensez pas que sa fierté vous donne le plaisir de les entendre. Ah! ma chère Felicia, m'écriai-je avec douleur, pourquoi me faites-vous connaître tous les obstacles que j'ai à surmonter? Ce détail m'assassine. Trompez-môi plutôt que de me désespérer. A ces mots, je pris Une de se» mains, je la pressai cfntre les miennes, et lui mis au doigt un diamant dé Jtrois cents pistdes, en lui disant des choses si touchantes, que je la fis pleurer.

Elle était trop émue de mon discours et^trop contente de mes manières, pour me laisser sans consolation. Elle aplanit un peu les difficultés. Seigneur, me dit-elle, ce que je viens de vous représenter ne doit pas vou^ ôter toute espérance. Votre rival, il est vrai, n'est pas haï. 11 vient au logis voir libre-» ment sa cousine, il lui parle quand il lui plaît^ et c'est ce qui vous est favorable. L'halntude où ils sont tous deux d'être ensemble tous les jours rend leur commerce un peu langui»* sant. Ils me paraissent se quitter sans peine et se revoir sans plaisir. On dirait qulls sont déjà mariés. En un mot, je ne vois point que ma maîtresse ait une passion violente pour don Augustin. D'ailleurs, il y a entre vous et lui, pour les qualités personnelles, une différence qui ne doit pas être inutilement remarquée par une fille aussi délicate que dona Helena> ?fe perdez donc pas courage; continuez vos galanteries; je ne laisserai pas échapper une occasion dé faire valoir à ma maîtresse tout ce que vous ferez pour lui plaire. Elle aura beau se déguiser, à travers sa dissimulation je démêlerai bien ses sentiments.

Nous nous séparâmes, Felida et mol, fort ^tisfiaits l'un dé

l'autre après cette convei'sation. Je m'apprêtai, sur nouveaux frais, à lorgner la fille de don Georges; je la régalai d'une sëréns^de dans laquelle je fis chanter pai* une belle voix les vers que vous venez d'entendre. Après le concert, la suivante, pour sonder sa maîtresse, lui demanda si elle s'était divertie. La voix, dit dona Helena, m'a fait plaisir. Et les paroles qu'elle a chantées, répliqua la soubrette, ne sont-elles pas fort touchantes? C'est à quoi, repartit la dame, je n'ai fait aucune attention. Je ne me suis attachée qu'au chant; je n'ai nullement pris garde aux vers, ni ne me soucie guère de savoir qtd m'a donné cette sérénade. Sur ce pied-là, s*écria la suivante, le pauvre don Gaston de Cogollos est très-éloigné de son compte, et bien fou de passer son temps à regarder nos jalousies. Ce n'est peut-être pas lui, dit la maîtresse d'un dir froid, c'est quelque autre cavalier qui vient, par ce concert, de me déclarer sa passion; vous êtes dans l'erreur. Pardonnez-moi, répondit Felicia, c'est don Gaston Icd-même, à telles enseignes qu'il m'a ce matin abordée dans la rue ; il m'a même priée de vous dire de sa part qu'il vous adore, malgré les rigueurs dont vous payez son amour; et qu'enfin il s'estimerait le plus heureux de tous les hommes, si vous lui permettiez de vous marquer sa tendresse par ses soins et par des fêtes galantes. Ces discours, poursuivit-elle, vous prouvent assez que je ne me trompe pas.

La fille de don Georges changea tout à coup de visage, et, regardant sa suivante d'un air sévère : Vous auriez bien pu, lui dit-elle, vous passer de me rapporter cet impertinent entretien. Qu'il ne vous arrive plus, s'il vous plajit, de me venir faire de pareils rapports; et si ce jeune téméraire ose encore vous parler, je vous ordonne de lui dire qu'il s'adresse à une personne qui fasse plus de cas de ses galanteries, et qu'il choisisse un plus honnête passe-temps que celui d'être toute la journée à ses fenêtres à observer ce que je fais dans mon appariement

Tout cela me fut fidèlement détaillé, dans une seconde entrevue, pai* Felicia, qui, prétendant qu'il ne fallait pas prendre au pied de la lettre les paroles de sa mmtresse, voulait me pei'suader que mes afiaires allaient le mieux du monde. Pour moi, qui n'y entendais pas finesse, et qui ne croyais pas

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