LIVRE fX, CHAP. Vin
heitrc, rcprit-il, je souhaite que vous jugiez sainement de Son Excellence. Implorez donc son secours par une lettre fort touchante; je la lui porterai, et je vous promets de la lui remettre en main propre. Je demandai aus^tôt du papier et de l'encre ; je composai un morceau d'éloquence que Scipion trouva pathétique, et que Tordesillas mit au-dessus des liomélies mêmes de Tarchevêque de Grenade.
Je me flattais que le duc de Lerme serait ému de compassion en lisant le triste détail que je lui faisais d*im état mi^ sérable oii je n*étais point ; et, dani cette confiance, je fis partn* mon courrier, qui ne fut pas sitôt à Madrid qu'il alla chez eè ministre. Il rencontra un valet de chaml»« de mes amk qui lui ménagea Toccasion de parler au duc. Monseigneur^ dit Scipion à Son Excellence, en lui présentant le paquet dont il était chargé, un de vos plus fidèle serviteurs, qui est cou-^ ché sur la paille dans un sonore cachot de la tour de Ségovie, vous supplie très-humblement de lire cette lettre, qu'un guichetier, par pitié, lui a donné le moyen d'écrire. Le ministre ouvrit la lettre et la parcourut des yeux. Mais quoiqu'il y vît un tableau capable d'attendrir l'âme la pins dure, bien Imn d'en paraître touché, il éleva la voix, et dit d*un air furieux au courrier, devant quelques personnes qui pouvaient l'entendre : Ami, dites à Santillane que je le trouve bien hardi d'oser s'adresser à moi, après l'indigne action qu'il a faite et pour laquelle il est si justement châtié. C'est un malheureux qui ne doit plus compter sur mon appui, et que j'abandonne au ressentiment éa roi.
Scipion, tout effronté qu'il était, fut troublé de ce discours. 11 ne laissa pourtant pas, malgré son trouble, de vouloir intercéder pour moi. Monseigneur, répliqua-t-il, ce pauvre prisonnier mourra de douleur quand il apprendra la réponse de Votre Excellence. Le duc ne repartit à mon intercesseur qu'en le regardant de travers et lui tournant le dos. C'est ainsi que ce ministre me traitait, pour mieux cadier la part qu'il avait eue à l'amoureuse intrigue du prince d'Espagnte; et c'est à quoi doivent s^attendre tous les petits agents dont les grands seigneurs se servent dans leurs secrètes et périlleuses négociations.
Lorsque mon secrétaire fut de retour à Ségovje et qu'il
B54 CIL BLAfl.
indent appris le succès de sa commission^ me vdlà reploogé dans l'abime afireux 011 je m'étais trouYé le premier jour de ma prison. Je me crus même encore plus malheureux, pui»* que je n*aYais plus la protection du dbic de Lerme. Mon cou» rage s'abattit; et» quelque chose qu'on me pût dire pour le relerer^ je redevins la proie des plus yih chagrins» qui me causèrent insensiblement une maladie aiguô.
Le sagneur châtelain, qui s'intâressait à ma ams^^ation, s'imaginant ne pouToir mieux flaire que d'appeler des médecins à mon secours, m'ea amena deux qui avaient tout fair d'être de grands serviteurs de la déesse Ulràtine K Seigneur Gil Bias» dit-il en me les présentant, voici deux Hippocrates qui viennent vous voir, et qui vous remettront sur pied en peu de temps» J'étais si prévenu contre tous las docteurs c& médecine, que j'aurais certainement fort mal reçu ceux-là^ pour peu que j'eusse été attaché à la vie; mais je me sentds alors si las de vivre, que je sus bon gré à Tordesillas de me vouloir mettre entfe leurs mains.
Seigneur cavalier, me dit un de ces médecins, îl faut, avant tcAite dK)8e> que vous ayei de là confiance en nous. I'mk ai une parfaite, lui répondls-je; avec votre assistance» je suis $ût que je serai dans peu de jours guéri de tous mes maux. Oui^ Dieu aidant, reprit-il, vous le êerex; nous ferons du moiiA ce qu'il faudra faire pour cela. Efifectivetnent, ces messieurs s'y prirent à merveille, et me menèrent si bon train, que je m'en allais dans l'autre monde à vue d'œiL Déjà don André, désespérant de ma guérison, avait fait venir un religieux de Saint- François pour me disposer à bien mourir; déjà ce bon père, après s'être acquitté de cet emploi, s'était retiré ; et moi-même, croyant que je touchais à ma dernière heure, je fis signe 4 Scipion de s'approdier de mon lit. Mon cher ami^ lui dis-je d'une voix presque éteinte, tant les médecines et les saignées m'avaient affaibli, je te laisse un des sacs qui sont chez Gabriel, et te conjure de porter l'autre dans les Astaries> à mon p^ et à ma mère, qui doivent en avoir besoin s'ils sont encore vivants. Mais> hélas ! je crains bien qu'ils n'aient pu tenir contre mon ingratitude ; le rapport que Muscada leur
•Q'^il b àéeÈÊB.HfÊi ptëtiihil m» fraënUeB. Banee eq a mm>6M parlé.