‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 212 sur 296 · LIVRE IX ^ CHAP. vni · texte numérisé non relu

LIVRE IX ^ CHAP. vni

aura fait sans doute de ma dureté leur a peut-être c^^usé la mort. Si le del le» a conserrës malgré TindilTéreiice dont j*ai payé leur tendresse, tu leur donneras le sac de doublons^ en les priant de me pardonner si je n'en ai pas mieux usé aycç eux; et, s'ils ne i^espirent plus^ Je te charge d'employer cet argent à faire prier le ciel pour le repos de letups âmes et de la mienne. En disant cela, je lui tendis une main qu'il mouilla de ses larmes sans pouvoii* me répondre un mot, tant le pauvre garçon était affUgé de ma perte. Ce qui prouve que les pleurs d'un héritier ne 9ont pas toujours des ris cachés sous un masquer

Je m'attendais donc à passer le pas; néanmoins mon attente fut trompée. Mes docteurs m'ayant abandonné, et la|ssé le champ libre à la nature, me sauvèrent par ce mayen. La fièvre, qui, selop leur pronostic, devait m'einporter, me quitta comme pour leur en donner le démenti. Je me rétablis peu à peu, par le plus grand bonheur du monde. Une parfaite ti*anquiUité d'esprit devint le fruit de ma maladie. Je n'eus pdnt alors besoin d'être consolé; je gardai pour les richesses et pour les honneurs tout le mépris que l'opinion d'une mort prochaine m'en avaU lait concevoir, et, rendu à moi-même, je bénis mon malheur. X'en remerciai le ciel comme d'une gi*âce particulière qu'il m'avait faite, £t je pris une ferme résolution de ne plus retourner à la cour, quand le duc de Lerme voudrait m'y rappeler. Je me proposai plutôt, si jamais je sortais de prison^ d'acheter une chaumière et d'y aller vivre en philosophe.

Mon confident applaudit à mon dessein, et me dit que. pour en hèier l'exécution, il prétendait retourner à Madrid pour y solliciter m<m élargissement. 11 me vient une idée, ajoutatril. Je connais une personne qui pourra vous servir; c'est la suivante favorite de la nourrice du prince, une iule d'esprit; je veux la faire agir auprès de sa maîtresse. Je vais tout tenter pour vqus tirer de cette tour, qui n'est toujours qu'une prison, quislque bon traitement qu'on vous y fasse. Tu as raison, répondis-je; va, mon ami, sans perdje dé tem|)S, commencer cette négociation. Plût au ciel que uqus fussions déjà dans notre retraite!

partit donc encan pour Muiriii; d mai, en attendant son reloar, je m'attachai à la lectiire. TovdesiHas bk fMiriiissait plus de Imts que je n'en Toolaîa. D les tait d'un TÎenx commandeor qui ne savait pas lire, et ne laissait pas dTaToir une belle biMîotliëq^ pour se donner on air de saTant l'aimais smiont les bons oorraees de mth raie, parce que j'y trourais à tont moment des passages qaà flattaient mon arersion pour la cour et mon go6t poor k solitode.

Je passai trois semaines sans entendre parler de mon négodateor, qui revint enfin, et me dit d'mi air gai : IVmr le coop, seigneor Santillane, je toqs appuie de bonnes non- Telles! Madame la nonnioe slntéresse pour tous. Sa soi- Tante, à ma prière, et pour une centaine de {Nstoles que jlai consignées, a en la bonté de rengager à prier le i«inoe ^HS/t* pagne de toos faire relâdier; et ce prince, qui, comme je vous l'ai dit souvent, ne peut rien loi refoser, a promis de demander au roi son père votre élargissement. Je suis Tenu an plus vite vous en avertir, et je vais retourner sur mes pas pour mettre la dernière main à mon ouvrage. A ces mots, il me quitta pour reprendre le chemin de la cour.

Son troisième voyage ne fut pas long. Au bout de huit jours je y\s revenir mon honune, qui m'apj^t que le prince avait, non sans peine, obtenu du roi ma liberté; ce qui me fut confirmé dès le même jour par le seigneur châtelain, qui vint me dire en m'embrassant : Mon cher Gil Bias, grâce au del, vous êtes libre! les portes de cette prison vous sont ouvertes, mais c'est à deux conditions qui vous feront peut-être beaucoup de peine, et que je me vois à regret oMigé de tous faire savoir. Sa Majesté vous défend de vous montrer à la cour, et vous ordonne de sortir des deux Castilles dans un mois. Je suis ti*ès-mortifié qu'on vous interdise la cour. Et moi, j'en suis ravi, lui répondis-je ; Dieu sait ce que j'en pense ; je n'attendais du roi qu'une grâce, il m'en fait deux.

Étant donc assui'é que je n'étais plus prisonnier, je fis louer deux mules^ sui* lesquelles nous montâmes le tende-

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