LIVRE Xy CHAP. I
corde^ était si chaud partisan d'Hippocrate, qu'il M^eni souvent battu contre les empiriques qui ne parlaient pas avec asaes de respect de ce roi de la médecine. Bon sang ne peut mentir : je servirais volontiers de bourreau à ces novateurs ignorants dont vous vous plaignez avec tant de justice et d*éloquenco. Quel <)ésordre ces misérables ne causent-ils pas dans la société civile I ^
Ce désordre, dit le docteur, va plus loin que vous ne pensez. Il ne m^a servi de rien de publier un livre contre lô brigandage de la médecine ^ ; au contraire, il augmente de jour en jour. Les chirurgiens, dont la rage est de vouloir faire les mé^ decins, se croient capables de l'être, dès qu'il ne faut que donner du kermès et de Témétique, à quoi ils joignent des saignées du pied à leur fantaisie. Ils vont même jusqu'à inêler le kermès dans les apozèmes et les potions coi'diales, et les vdlà de pair avec les grands feiiseurs en médecine. Cette contagion se répand jusque da.ns les cloîtres. Il y a parmi les moines des frères qui sont tout ensemble apothicaires et diirurgiens '. Ces singes de médecins s'appliquent à la chimie, et font des drogues pernicieuses avec lesquelles ils abrègent la vie de leurs révérends opères. Enfin il y a dans Valladolid plus de soixante monastères, tant d'hommes que de fillea: jugez du ravage qu'y fait le kermès, avec Témétique ^ et la saignée du pied! Seigneur Sangrado, lui dis-je alors, vous avez bien raison d'être en colère contre ces empoisonneui-s; je gémis avec vous, et partage vos alarmes sur la vie des hommes, manifestement menacée par une méthode si differ
* Le Brigandage de la méd^ne était préciséroeiit le titre d'an ouvrage dn mcdeew Hecquet, publié à Paris en 1732, deux parties iD-12, trois ans avant l'ëdilion des trois derniers livres de Oil Bias, en 17^5.
'En effet, ce fat le frère Shnon, apothicaire des Chartreux de JParis, qui mit le kermrs en vofae au cemnencemeni du dix-huitième siède. Ce religieux tenait la re« celle du chirurgien Laligerie, à qui nn chimiste allemand l'avait donnée ; et il la vendit à Louis XV, dans le temps de la régence du duc d*0rléans. Ces circonstances si precises appaitieiinent donc àj'époque où Le Sage écrivait Gil Bias, ei non à celle oè Sangrado est censé a'éWvtr avec tant de chaleur ooiitre le h«rmès mioéral, dont il ne pouvait avoir aucune connaissance.
* L'émétique n'était sûrement pas connn à Valladolid du temps de Sangrado ; ce remède était si nouveau, même en France, en 1658, que Vallot, premier médecin de Louis XIV, s'opposa de tout son ponvoir à ce qne Ton risqnàt oe remède sur le monarque, tombé dangereusement malade à Calaife. Dasanaol, médecin d' Abbeville, uf sista pour administrer ce breuvage à Louis XIV, et le guérit
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rente de la Tdire. le cnins fort qne la chîDiie n'oGcasiomie un jour la perte de la médecine, comme la fausse mminaie canse la rame des États. Fasse le del que ce jour latal ne soit pas près d'arrîTer!
Dans cet endroit de notre GOOTersation nous Times paraître one Tîeflle sorante qui apportait an docteur une soaooiaçe sur laquelle il y avait un petit pain moDet, un Yenre avec deux carafes, dont Tune était pleine d'eau, et l'autre de vin. Après qu'il eut mangé un morceau, fl but un coup, où il y avait à la vérité les trois quarts d'eau; mais cela ne le sauva point des reproches qu'il me donnait sujet de lui (aire. Âh! ah ! lui ^â'je, monsieur le docteur, je tous prends sur le UôL Yoos buvez du vin, vous qui vous êtes toujours déclaré contre œtle boisson, vous qui pendant les trois quarts de Totre vie n'avez bu que de l'eau, et qui êtes cause que depuis dix ans je n*ai pas bu une goutte de vin ! Depuis quand êtes-vous devenu si contraire à vous-même ? Vous ne sauriez vous excuser sur votre âge, puisque, dans un endroit de vos écrits, tous définissez la vieillesse comme une phtbisie naturelle qui nous dessèche et nous consume; que, sur cette définition, tous déplorez l'ignorance des personnes qui appellent le vin le lajt des vieillards. Que direz-vous donc pour vous justifier?
Vous me faites la guerre bien injustement, me répondit le vieux médecin. Si je buvais du vin pur^ vous auriez raison de me regarder comme un infidèle observateur de ma propi-e méthode; mais vous voyez que mon vin est bien ti*empé. Autre contradiction, lui répliquai-jc, mon cher maître; sour venez-vous que vous trouviez mauvais que le chanoine Sedillo bût du vin, quoiqu'il y mêlât beaucoup d'eau. Avouez de bonne grâce que vous avez reconnu votre erreur, et que le vin n'est pas une funeste liqueur ^, comme vous Favez avancé dans vos ouvrages, pourvu qu'on n'en boive qu'avec modéi*ation.
Ces paroles embarrassèrent un peu notre docteur. Il ne pouvait nier qu'il eût défendu dans ses livres l'usage du vin; mais la honte et la vanité l'empêchant de convenir que je lui faisais un juste reproche, il ne savait que me répondi*e, et il
* Nouvelle aHiwioD précise au niédeciu Hecquel, qui avait publié uu Irailc clenda •ur les vertus de Vecm tommuncy ccmmc nous l'avuus d^jà dil daua lci> uotes du livre n, diapilré 1X«