LIVRE X, CHAP
veautés, ils trouvaient des juges sévères dans leurs admirateurs, qui ne les onl élevés au comble de la gloire qu'après avoir jugé qu'ils en étaient dignes.
Oh parbleu ! inten*onipit le chevalier de Saint-Jacques, nous ne sommes pas si timides que messieurs les Castillans. Noos n'attendons point, pour décider, qu'une pièce soit imprimée. Dès la première représentation nous eiPconnaissons tout le prix. Il n'est pas même besoin que nous l'écoutions fort attentivement. Il suffît que nous sachions que c'est ime production de don Gabriel, pour être persuadés qu'elle est sans défaut. Les ouvrages de ce poète doivent servir d'époque à la naissance du bon goût. Les Lope et les Calderon n'étaient que des apprentis en comparaison de ce grand maître du théâtre. Le gentilhomme; qid regardait Lope et Calderon comme les Sophocles et les EnrifMdes des Espagnols, fut choqué de ce discours téméraire. Il s'échauffa. Quel sacrilège dramatique! s'écria-t-11 d'un ton animé. Puisque vous m'obligez, messieurs, à juger sur une première représentation, je vous dirai que je ne suis pas content de la tragédie nouvelle de. votre don Gabriel. Loin de la regarder comme un chef-d'œuvre, je la trouve fort défectueuse.. C'est un poème farci de traits plus brillants que solides. Les trois quarts des vers sont mauvais ou mal rimiés ^y les caractères mal formés ou mal soutenus^ et les pensées souvent très-obscures.
Les deux auteiirs qui étaient à table, et qui, par une retenue aussi louable que rai-e, n'avaient rien dit de peur d'être soupçonnés de jalousie^ ne purent s'empêcher d'applaudir des yeux au sentiment du gentilhomme ; ce qui me fit juger que leur silence était moins un effet de la perfection de l'ouvrage que de leur politique. Pour les chevaliers, ils recommencèrent à louer don Gabriel; ils le placèrent même parmi les dieux.
La Barca, antcnr dramatique espagnol, on a de Ini neuf volumes in*4* de coraédiei. dont les dcnoùments sont surtout estimés, et six volumes d'onlot sacrameniaSêi, espèces de compositions dramatiques qui n'ont que des personnages allégoriques pour interlocuteurs.
Ri ]:k>pe de Vega ni Calderon ne sont allégués par Le Sage comme des antenn espagnols, mais comme des emblèmes par lesquels il veut désigner Pierre Corneille et Jean Bacine, pour les mettre au-dessus de ce vtndeur de thériaquêf dont ses admirateurs faisaient le poSU à la mode et le grmd moffr* du théâtre,
'Les vers iiia< riméi étaient en elTet une des censures que Ton articulait le plot comnunéneBt contre Voltaire.
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090 GIL DLAS^.
Cetto apothéose extravagante et cette aveugle idolâtrie firent perdre patience an Castillan^ qui^ levant les mains au del, s'écria tout à coup comme par enthousiasme : 0 divin Lope d^ Yega^rare et sublime génie, qui avez laissé un espace immense entre vous et tous les Gabriels qui voudront vous atteindre ^ 1 et vous, moelleux Galderon, dont la douceur élégante et jHirgëe 4'épique est inimitable ^, ne craignez point tous deux que vos autels soient abattus par ce nouveau nourrisson des Muses! fi sera bien heureux si la postérité, dont vous ferez les dâices OMume vous faites les nôtres, entend parler de Im.
Cette plaisauate apostrophe, à laquelle personne ne s'était attendu^ fit ri^e toute la compagnie, qui se leva de table ea belle hikneur, et s'en alla. On me conduisit, par ordre de d^i Alphonse, à l'appartement qui m'avait été préparé. J'y koi^ fia un bon lit, où ma seigneurie, s'étant couchée, s'endonntt en déplorant, autôi bien que le gentilhomme castillan, Tiajustke que les ignorants faisaient à Lope et à Gaideron.
CHAP. VI. — Gil Bias, en se promenant dans les mes de Valence, réwioulre «à itéHi •gieni qn'il «trail rebootiaUfe ; quel homme c'étail que ce ri'ligiem. -^
Gonune je n'avais pu voir toute la ville le jour pi*â^dènt, je me levai et je sortis le lendemain dans Tintention dé tf^ promener encore. J'aperçus dans la rue un chartreux qui sâfts Monte allait vaquer aux affaires de sa communauté. 11 mat*cjiait les yeux baissés, et il avaitl'air si dévot, qu'il s'attirait les regards de tout le monde. Il passa fort près de moi, et je crus vdr en lui don Raphaël, cet aventurier qui tient une place si honorable dans les deux premiers volumes de mon histoire.
Je fus si étonné de cette rencontre, qu'au lieu d'aborder le moine, je demeurai immobile pendant quelques moments; ce qui lui donna le temps de s'éloigner de moi. Juste ciel ! dis-je en moi-même, vit-on jamais deux visages plus ressemblants? Que faut-il que je pense? dois-je croire que c'est don Raphaël? puis-je m'imaginer que ce n'est pas lui ? Je me sentis trop cuirieux de savoir la vérité pour en demeurer là. Je me fis enseigner le chemin du couvent des chartreux, où je me ren-
■ Dans l'intention de Le Sat^Of Lope de Yega est ici pour le praud CorneiUe.
* Galderan est pour Bacine.
' Gil Bias pui ut d'ubord en 4 vul. in-12. cl ceci rcpoud aux livresi 1, V et VI.