LIVRE I, fllAK XV
lui contai VMstoire 4e domi Mençia, qu*U écouta fort attentivement. Je lui dis ensuite Tétat de mes affaires ; et , comme il paraissait entrer dans mes intérêts^ je le priai de m*aider de set conseils. H rêva quelques moments; puis 11 me dit d*un air séneux : Seigneur Gil BlasJ^ai de Finclination pour vous; etpuisque vous avez assez de confiance en moi pour fne parler à cœur ouvert y je vais vous dire sans flatterie à quoi je vont cjpois propre. Vous me semblez né pour !a cour; je vous conseille d*y aller ^ et de vous attacher à quelque grand seigneur | mais tâches de vous niéler de ses affaires, ou d'entrer dans ses plaisirs | autrement , vous perdrez votre temps chez lui. Je oMinals les grinds, ils comptent pour rien le zèle et l'attaciiêiiienl d\m hénnète homme; ils ne se soucient que des penKmaer qui leur sent nécessaires. Vous avez encore une leisofiroe^ eontiqua-t-il; ve«is êtes jeune, bien fait, et quand veut n'aorief pas d^esprit, c'est plus qu'll^n'en faut pour entêter «e lîdiie veiive ea qu^ue jolie flemme mal sàariée. Si FasMur mine des hommes qui ont du bien, il en fait souvent subsister d^utres qui n'en ont pas. Je suis donc d'avis que voua «iliei à Madrid; mais U ne faut pas que vous j paraissez sans suite. On juge, là comme ailleurs, sur les apparenées^ et vous n'y serez çonsidâ^ qu'à proportion de la figure qu\>n voua verra iàiré. Je veux vous donner un valet, un domestique fidèle, un garçon sage, en un mot, un homme de ma B^aio. Achetez ^ux mules, IHme pour vous, Fautre pour lui, et parles le plus tèt qu'il voas sera passible.
Ce cona^ était trop de mon goût pour ne pas le suivre. Dès le lendemain, j^adietai deux belles mules, et j'arrêtai le valet dont m m'avait parlé. C'était un garçon de trente ans, qui avait l'air simple et dévot. Il me dit qu'il était du royaume de Giiliee, éi qu'il se nommait Ambroise de Lamela. Ce qui me parut singulier, c'est qu'au lieu de ressembler aux autres domestiques, qui sont ordinairement fort intéressés, cehii-cî ne se souciait point de gagner de bons gages ; il me témoigna mèvie qu'il était homme à se eaqtenter de ce que je voudrais bien avoir la bonté de lui donner. J'achetai aussi des bottines, avec une valise pour serrer mon Imge et mes ducats. Ensuite je satisfis mon hdte; et, le jour siûvant^ je partis de Burgos avant l'aurore pour aUer à Madrid.
CHAP. XVI. — Qui fait voir iiu'on ne doit foa trop compter tur la prosp^rit^
Nous couchâmes à Duengnas la première jouraée^ et nous arrivâmes la seconde à Valladolid, sur les quatre heures w^rès . midi. Nous descendîmes à une hôtellerie qui me seoibla de-, voir être une des meilleures de la ville. Je laissai le soin des mules à mon valet^ et montai dans une chambre où je fis porter ma valise par un garçon du logis. Comme je me sentais, un peu fatigué^ je me jetai sur mon lit sans ôter mes bottines^ et je m*endormis insensiblement, 11 était presque nuit lorsque je me réveillai. J'appelai Ambroise. Il ne se trouva point dans ThôteUerie; mais il y arriva bientôt. Je lui demandai d*oCi il venait : il me répondit d*un air pieux qu'il sortait d'une église, où il était allé remercier le del de nous avoir préservés de tout mauvais accident depuis Burgos jusqu'à Valladolid. J'approuvai son action ; ensuite je lui ordonnai de faille mettre à la broche un poulet pour mon souper.
Dans le temps que je lui donnais cet ordre^ mon hôte entra dans ma chambre un flambeau à la main. 11 éclairait une dame qui me parut plus belle que jeune^ et très-richement vêtue. Elle s'appuyait sur un vieil écuyer, et un petit Maure lui portait la queue. Je ne fus pas peu surpris quand cette dame, après m'avoir fait une profonde révérence, me demanda si par heisard je n'étais point le seigneur Gil Bias de Santillane. Je n'eus pas sitôt répondu que oui, qu'elle quitta la main de son écuyer pour venir m'embrasser avec un transpoi't de joie qui redoubla mon étonneinent. Le ciel, s'écriat-elle, soit à jamais béni de cette aventure ! C'est vous, seigneur cavalier, c'est vous que je cherche. A ce début, je me ressouvins du parasite de Pegnaflor, et j'allais soupçonner la dame d'être une franche aventurière; majs ce qu'elle ajouta m'en fit juger plus avantageusement. Je suis, poursuivit-elle, cx)usine germaine de dona Mencia de Mosquera, qui vous a tant d'obligations. J'ai reçu ce matin une lettre de sa part. Elle me mande qu'ayant appris que vous alliez à Madrid, elle me prie de vous bien l'égaler, si vous passez par ici. Il y a deux heures que je parcours toute la ville. Je vais d'hôtellerie en hôtellerie m'informer des étrangers qui y sont; et j'ai jugé, sur le portrait que votre hôte m'a fail de vous, que