‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 234 sur 296 · LIVRE X, CHAP. X, ôfi · texte numérisé non relu

LIVRE X, CHAP. X, ôfi

tciit de larges lunettes^ et qui avait un air vénjérahte..nRip« procha de moi, et ^ s'il me considéra fort attentivement |i§e Texaminai bien aussi. Mon pttit homme , me dit-il avec un souris, il me semble que nous venons tous deux de nous regarder bien tendrement, et que nous ne ferions point mal de demeurer ensemble dans mon ermitage, qui n'est qu'à deux cents pas d'ici. Je suis votre serviteur, lui répondis-je assez brusquement, je n'ai aucune envie d'être ermite. A cette réponse, le bo|i vieillard fit un éclat de rire, et me dit en m'em^ brassant : Il ne faut pas, mou fils, que mon habit vous fasse peur; s'il n'est pas beau, il est utile; il me rend ligueur ^ d'une retraite charmante et des villages voisins, dont les habitants m'aiment ou plutôt m'idolâtrent. Venez avec moi^ ajouta-t-il, et ne craignez rien; je vous revêtirai d'une jaquette semblable à la mienne. Si vous vous en trouvez bien, v(»is partag»*ez avec moi les douceurs de la vie que je mène; et, si vous tie vous en accommodez point, non-seulement il vous sera permis de me quitter, mais vous pouvez même compter qu'en nous séparant je ne manquerai pas de vous faire du bien. Je me laissai persuader, et je suivis le vieir ermite, qui, chemin faisant, me fit plusieurs questions, auxquelles je répondis avec une ingénuité que je n'ai pas toujours eue dans la suite. En arrivant à l'ermitage» il me présenta quelques fruits, que je dévorai, n'ayant rien mangé de toute la journée qu'un morceau de pam sec , dont j'avais déjeuné le matin à l'hôpital. Le solitaire, me voyant si bien jouer des mâchoires, me dit : Courage, mon enfant, ne ménage point mes fruits; j'en ai, grâce au ciel, une ample provision. Je ne t'ai pas amené ici pour te faire mourir de faim. Ce qui était très-véïîtablej car, une heure après notre arrivée, il alluma du feu, embro^ cha un gigot de mouton; et, tandis que je tournais la broche, il dressa une petite table, qu'il couvrit d'une serviette assez malpropre, et sm* laquelle il mit deux couverts, l'un pour lui, l'autre pour moi.

* L'ermite atait raison : les quètenrs et les meudianls étaient alors les vrats $eigneur$ de tout leur voisinagei sur lequel ils levaient des contributions Teritablerneiit excessives. M. de Ncufcbàteau, ayant un jour calculé, pour l'administration d'un bourg, ce «]uc coûtait à son ressort un seul couvent de franciscains, composé de quinze personnes, vit avec surprise que leur^ dépenses annuelles s'élevaient bien plus liaut que le revenu du «eigneur, la dino du curé» et le rôle des taUles.

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Oulnd là Tiande fut cuite ^ il la tira de la broche^ et en oimpa quelques pièces pour notre souper, qui ne fut pas im repas de brebis, puisque nous bûmes d'un excellent Yin» dont il avait aussi une bonne provision. Ëb bien ! mon poulet, dm dit-il lorsque nous fûmes bors de table, es-tu content de mon ordinaire? ne vaut-il pas bien celui de ton hôpital? YoBà de quelle façon tu seras traité tous les jours, si tu demeures avec moi. Au reste, poiu*suivit-ll, tu ne feras dans cet ermitage que ce' qu'il tie plaira. J'exige de toi seulement que tu m'aecouH pagnes toutes les fois que j'irai quêter dans les villages voisins; tu me serviras à conduire un bourrique! chargé de deux paniers que les paysans charitables remplissent ordinairement d'œufs, de pain, de viande et de poisson. Je ne te demande que cela. Il me semble que ce n'est pas trop exiger de toi. Oh! je ferai, lui dis-je, tout ce que vous voudrez, pourvu que vous ne m'obligiez point à apprendre le latin. Le frère Chrysostome, c'était le nom du vieil ermite, ne put s'empéchei de rire de ma naïveté, et m'assura de nouveau qu'il ne prétendait pas gêner mes inclinations.

Nous allâmes dès le lendemain à la quête avec Tànon, que je menai par le licou. Nous fîmes une copieuse récolte, chaque paysan se faisant un plaisir de mettre quelque chose dans na^ paniers. L'un y jetait un pain entier, l'autre une grosse pièce de lard ; celui-ci une oie farcie, celui-là une perdrix. Que voua dirai-je? Nous apportâmes au logis des vivres pour plus de huit jours, ce qui marquait bien Testirae et Tamitié que les villageois avaient pour le frère. Il est vrai qu'il leur était d'une grande utilité : il leur donnait des conseils quand ils venaient le consulter; il remettait la paix dans les ménages où régnait la discorde, et mariait les ûlles qm lui paraissaient fatiguées du célibat; savait-il que deux riches labom'eurs étaient mal ensemble, il les allait voir, et il faisait si bleu qu'il les réconciliait ; enfin , il avait des remèdes pour mille sortes de maladies, et apprenait des oraisons aux femmes qui souhaitaient d'avoir des enfants.

Vous voyez, par ce que je viens de dire, que j'étais bien nourri dans mon ermitage. Je n'y étais pas plus mal couché: étendu sur de bonne paille fraîche, ayant sons ma tête un coussin de bure, et sur le corps une couveituro (fc la iiièine

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