‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 247 sur 296 · LIVRE Xj, CHAP. xn · texte numérisé non relu

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qu'elle en ressentait, Il y eut chez elle un grand repas accompagné de symphonie^ et la fête unit par. un bal où se trouva toute la noblesse de Cordoue de Tun et de Vautre sexe. Sur la On du bat^ nos nouveaux mariés s'échappèrent pour gagner un appartement où ils s'enfermèrent avec une femme de chambre et moi ; ce qui fournit à la compagnie un nouveau sujet d'accuser la marquise d'avoir du tempérament^ mais cette dame était dans une disposition bien différente de celle où ils la croyaient tous. Aussitôt qu'elle se vit en particulier avec mon maître^ elle lui adressa.ces paroles : Don Manrlque, voici votre appartement; le mien est dans im autre endroit de cette maison; nous passerons la. nuit dans des chambres se* parées^ et le jour nous vivrons ensemble comme une mère et son fils. Le chevalier y fut trompé d'abord : il crut que la daim ne parlait ainsi que pour l'engager à lui faire. une douce vio* lence; et, s*imaginant devoir par politesse paraîtrie passionna, il s'approcha d'elle, et s'offrit avec empressen^ent à lui servir de vsîlet de chambre; mais, bien loin de lui permettre de la déshabiller, elle le repoussa d'un air sérieux, jet lui dit : Arrêtez, don Manrique; si vous me prenez pour une de ces tendres vieilles qui se remarient par fragUité, vous êtes dans l'erreur ; je ne vous ai point épousé pour vous faire acheter les avantages que je vous fais par notre contrat de mariage; ce sont des dons purs dé mon cœur, et j.e n'exige de votre reconnaissance que des sentiments d'amitié. A ces mots, elle nous laissa, mon maître çt moi, dans notre appartement, et se retira dans le sien avec sa suivante, en défendant absolument au chevalier de l'accompagner.

Après sa retraite, nous demeurâmes, don Manrique et nK>i, fort étourdis de ce que nous venions d'entendre. Scipion, me dit mon maître, te serais-tu attendu au discours que la marquise vient de me tenir? Que penses-tu d'une pareille dame? Je pense, monsieur, que c'est une femnie comme il n'y en a point. Quel bonheur pour vous de l'avoir! C'est posséder un bénéfice sans être tenu d'acquitter les charges. Poiur moi, reprit don Manrique, j'admire une épouse d'un caractère at estimable, et je prétends compenser par toutes les attentions huaginables le sacrifice qu'elle fait à sa délicatesse. Nous continuâmes à nous entiietenh^ de la dame, et nous allâmes en-

sans doute à tirer de la caisse quelques quartiers d'avance; mais heureusement Tamour sauva la caisse et ma vertu. Un jour, comme je passais auprès de l'église de los Royés^, j'aperçus, au travers d'une jalousie dont les rideaux étaient ouverts, une jeune ûlle qui me parut moins une mortelle qu'une divinité. Je me servirais d'un terme encore plus fort, s'il y en avait, pom' mieux vous exprimer l'impression que sa vue fit sur moi. Je m'informai d'elle, et, à force de perquisitions, j'appris qu'elle se nommait Beatrix, et qu'elle était suivante de dona Julia, fiUe cadette du comte de Polan.

Beatrix interrompit Scipion en riant à gorge déployée ; puis, adressant la parole à ma femme : Charmante Antonia, lui ditelle, regardez-moi bien, je vous prie ; n'ai-je pas, à votre avis, l'air d'une divinité? Vous l'aviez alors à mes yeux, lui dit Scipion ; et, depuis que votre fidélité ne m'est plus suspecte, vous me paraissez plus belle que jamais. Mon secrétaire, après une repartie si galante, poursuivit ainsi son histoire :

Cette découverte acheva de m'enflammer, non à la vérité d'une ardeur légitime. J'en fais un aveu sincère, je m'Imaginai que je triompherais facilement de sa vertu, si je la tentais par des présents capables de Tébranler ; mais je jugeai mal de la chaste Beatrix. J'eus beau lui faire proposer, par des femmes mercenaires, ma bourse et nies soins, elle rejeta fièrement mes propositions. Sa résistance, au lieu d'éteindre mes désirs, les irrita. J'eus recours au dernier expédient; je lui fis offrir ma main, qu'elle accepta lorsqu'elle sut que j'étais secrétaire et trésorier de don Manrique. Comme nous trouvâmes à propos de cacher notre mariage pendant quelque temps, nous nous mariâmes secrètement en présence de la dame Lorença Sephora, gouvernante de Séraphine, et devant quelques autres domestiques du comte de Polan. Je n'eus pas plutôt épousé Beatrix, qu'elle me facilita les moyens de la voir le jour, et de l'entretenir la nuit dans le jardin, où je m'introduisais par une petite porte dont elle me donna une clef; Jamais deux époux n'ont été plus contents que nous Tétions l'un et l'autre. Beatrix et moi, nous attendions avec

■ Dei pères noirs. On distinguait souvent les divers ordres monastiques par la cou* leqr de leurs habits ; ainsi l'op disait à Pans, les moines blancs, les blancs mon» teawB, etc.

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