‹ Histoire de Gil Blas de Santillane (volume 4)Chapitre 279 sur 296 · LIVRE XH, CHAP. VI. 7Î · texte numérisé non relu

LIVRE XH, CHAP. VI. 7Î

la ci'oix d'Alcantai'a, avec-une commandërt6 cte dix rtillle écn*. Peu do temps après, il le fit recevoir gcntîlhomine de la chambre; ensuite, ayant pHs la résolution de le marier, et voulant lui donner une dame de la plus noble maison d'Espagtic, il Jeta les yeux sur dotia Juanna de Velasco, fille du duc de Ca^ tille, et il eut assez d'autorité pour la lui faire épouser en dépit de ce duc et de ses parents.

Quelque^ jours avant ce mariage, motiseigtieur ffi'ayântehvoyé chercher, me dit, en me mettant des papiers entre les mains : 'Hens, Gil Bias, j'ai un nouveau présent à te faire. Je crois qu'il ne te sera: pas désagréable; voici des lettres de no<blesse que j'ai fait expédier pour tm. Monseigneur^ kù répon<dis-je assez surpris de ces paroles^ Votre Exoellence sait que je suis fils d'une duègne et d'un écuyer; ce serait-ce me sem^ ble, profaner la noblesse que de m'y agiéger; et c'est d» toutes les grâces que Sa Majesté me peut faire ^ celle que je inérite et que je désire le moins. Ta iiaissanoe^ reprit le mi-^ nistre, est un obstacle facile à lever, tu as été occupé des af^* faîres de l'Etat sous le ministère du duc de Lerme et soub le mien; d'ailleurs, ajouta-t-il avec un somîs, n'as-tu pas rendti au monarque des service? qui méritent une récompense? En un mot, Santillane, tu n'es pas indigne de l'honneur que j'ai voulu te faire : de plus, et cette raison est sans réplique^ le rang que tu tiens auprès de mon fils demande que tu sois noble; je t'avouerai même que c'est à cause de cela que je t'ai donné des lettres de noblesse. Je me rends, monseigneur^ lui répliquai-je, puisque Votre Excellence le veut absolumenté En achevant cesmots^ je sortis avec mes patentes, que je seiTai dans ma poche.

Je suis donc présentement gentilhomme! dis-je en moi^ même lorsque je fus dans la rue; me voilà noble sans que j'en aie l'obligation à mes parents : je poun^iù, quand il me plaira, me faire appeler don Gil Bias; et, si qu^u'un de ma connaissance s'avise de me rire au nez en me nommant ainsi, je lui ferai signifier mes lettres. Mais lisons-les, continuai-je en les tirant de ma poche; voyons un peu de quelle façon oa y déclasse le vilain. Je lus donc mes patentes, qui portaient en substance que le roi, pour reconnaître le zèle que j'avais fait paraître en plus d'une Occasiojd pour son seryiôé et pour

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k bien de l'État, avaU jiige à propos de me gratifier de lettres de noblesse. Tose dire, à ma louai^, qu'elles ne minspilèrent ancon orgueil. Ayant toii}oars derant les yeux la bassesse de mon migine, cet hooneor mlimniliait an lien de me donner de la xanité : aussi je me promis bien de renfermer mes patentes dans nn tiroir, sans me Tanterd'en être poorm.

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Le poète des Astnries, comme on a dû le remarquer, me nageait asses Tcdontiers. De mcm côté, mes occupations ne me permettaient guère de l'aller tob* ; de sorte que je ne Fanais point rem depuis le jour de la dissertation sur Ylpkigénie d'Euripide. Le hasard me le fit encore rencontrer près de la porte du SoleU. Il sortait d'une imprimerie. Je l'abcMidai en lui disant : Ho ! ho! monsieur ^unez, tous Tenez de dies un imprimeur : cela semble menacer le public d'un noord ouvrage de votre composition.

Cest à quoi il doit en effet s'attendre, me lépondit-il; je te dirai que je me suis avisé de composer une brochure qui est ious la presse actuellement, et qui doit faire grand bruit dans la république des lettres. Je ne doute pas du mérite de ta production, lui répliquai-je; mais je m'étonne que tu t'amuses à composer des brochures : il me semble que ce sont des colifichets qui ne font pas grand honneur à l'esprit, n y en a quelquefois de bonnes, repartit Fabrice. La mienne, par exemple, est de ce nombre, quoiqu'elle ait été faite à la hâte; car je t'avouerai que c'est un enfant de la nécessité. La faim, comme tu sais, fait sortir le loup hors du bois.

Comment! m*écriai-je, la faim! Est-ce l'auteur du Comte de Saldagne qui me tient ce discours? Un homme qui a deux mille ecus de rente peut-il parier ainsi? Doucement, mon ami, interrompit Nunez, je ne suis plus ce poète fortuné qui jouissait d'une pension bien payée. Le désordre s'est mis subitement dans les affaires du trésorier don Bertrand : il a manié, dissipé les deniers du roi; tous ses biens sont saisis, et ma pension est allée à tous les diables. Cela est triste, lui dis-je; mais ne te reste-t-il pas encore quelque espérance de ce côtélà? Pas la moindre, me répondit-il; le seigneur Gomez del

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